Au Libéria, une ex-vice-présidente inculpée pour narcotrafic

L’ancienne vice-présidente du Libéria Jewel Howard-Taylor a été formellement inculpée pour trafic de drogue, blanchiment d’argent et plusieurs autres infractions. Cette inculpation intervient dans un contexte de vaste offensive des autorités libériennes contre le narcotrafic, marquée en juillet par la saisie de près de quatre tonnes de cocaïne.
Le 19 août 2026, le ministère libérien de la Justice a annoncé l’inculpation de Jewel Howard-Taylor, ancienne vice-présidente du pays de 2018 à 2024. Elle avait été arrêtée après avoir été empêchée de quitter le Libéria à l’aéroport international Roberts, puis conduite au quartier général de la Police nationale.
Selon l’avis officiel du procureur général et ministre de la Justice, elle est poursuivie notamment pour importation illégale de substances contrôlées, vente, trafic, administration, distribution et transport sans licence, ainsi que pour trafic illégal de drogues et d’articles contrôlés.
Les accusations comprennent également des faits de blanchiment d’argent, sollicitation criminelle, facilitation criminelle et conspiration criminelle. Trois ressortissants étrangers, deux Croates et un Ukrainien, ont également été inculpés par contumace dans le cadre de l’enquête.
Une enquête qui intervient après une saisie record
L’inculpation intervient alors que les autorités libériennes ont intensifié leur lutte contre les réseaux internationaux de cocaïne.
Le 21 juillet, les services de sécurité avaient annoncé la découverte de 3 971 kilogrammes de cocaïne, soit près de quatre tonnes, dans une propriété à Duazon, près de Monrovia. La valeur de la cargaison était estimée à 317,68 millions de dollars. Deux suspects avaient été arrêtés sur place.
Une autre saisie avait été réalisée quelques semaines auparavant à l’aéroport international Roberts. Elle portait sur 237,6 kilogrammes de cocaïne, pour une valeur estimée à plus de 19 millions de dollars.
Cette cargaison provenait de Sierra Leone et était destinée au Royaume-Uni. Reuters précise que les autorités n’avaient pas établi de lien entre cette saisie et celle des près de quatre tonnes découvertes à Duazon.
Plus de quatre tonnes détruites

Le 30 juillet, les services de sécurité conjoints ont procédé à la destruction des deux cargaisons. Au total, environ 4,2 tonnes de cocaïne, représentant une valeur estimée à quelque 336 millions de dollars, ont été brûlées.
Le 31 juillet, les autorités ont diffusé des images du déchargement de la drogue sur le site de destruction ainsi que des photographies et une vidéo de l’opération.
La saisie des 3 971 kilogrammes avait été présentée comme la plus importante saisie de drogue jamais réalisée au Libéria.
Des soupçons de complicité au sein des forces de sécurité
L’enquête sur cette saisie record avait également conduit les autorités à s’intéresser à plusieurs responsables de l’appareil sécuritaire.
Selon les enquêteurs, certains policiers auraient facilité le déplacement et l’escorte de la cocaïne après son arrivée au Libéria. Le chef de la Highway Patrol et celui de la Major Crimes Division ont notamment été inculpés dans le cadre de cette affaire, tandis que d’autres responsables étaient visés par les investigations.
Les autorités affirment vouloir remonter l’ensemble de la chaîne du trafic : dirigeants, financiers, logisticiens, transporteurs, facilitateurs et éventuels protecteurs institutionnels.
Deux dossiers à ne pas confondre
Malgré leur proximité dans le temps et l’ampleur des opérations antidrogue, les autorités ne présentent pas la saisie des 3 971 kilogrammes de cocaïne comme étant liée au dossier judiciaire de Jewel Howard-Taylor.
L’Associated Press souligne explicitement que les deux affaires sont distinctes. L’inculpation de l’ancienne vice-présidente relève d’une enquête séparée portant sur un réseau transnational de narcotrafic, dans laquelle trois ressortissants étrangers ont également été inculpés par contumace.
L’affaire Jewel Howard-Taylor constitue néanmoins une nouvelle étape majeure dans la campagne antidrogue engagée par Monrovia. Elle concerne désormais une ancienne responsable située au plus haut niveau de l’État et donne une dimension politique supplémentaire à l’enquête.
Le gouvernement libérien affirme qu’aucune fonction, relation politique ou position institutionnelle ne doit permettre d’échapper à la justice.
Les autorités rappellent toutefois que l’inculpation ne constitue pas une condamnation. Jewel Howard-Taylor et les autres personnes mises en cause restent présumées innocentes jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie par une juridiction compétente.
i-sahel





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