Avant Dakar, l'AES affûte sa position face à la CEDEAO
À quelques jours du prochain round de négociations entre la Confédération des États du Sahel et la CEDEAO à Dakar, les experts du Mali, du Niger et du Burkina Faso se sont réunis à Ouagadougou pour arrêter les axes prioritaires de la position de l'AES. Leurs conclusions seront examinées par les ministres des Affaires étrangères le 16 octobre. Le Premier ministre malien avait récemment relevé la faiblesse des échanges commerciaux entre les trois.

Les hauts fonctionnaires de la Task force confédérale de l'AES se sont réunis mercredi dans la capitale burkinabè, selon le ministère nigérien des Affaires étrangères. L'objectif est de préparer la participation des ministres des Affaires étrangères de l'espace confédéral à la prochaine rencontre de négociations avec la CEDEAO, prévue « dans les jours à venir » à Dakar.
Définir les priorités de l'AES
La Task force réunit des experts des trois pays. Ils doivent identifier les axes et les questions prioritaires qui constitueront la position de l'AES lors des négociations.
Leurs conclusions seront examinées par les ministres en charge des Affaires étrangères de la Confédération, et serviront de « boussole » aux discussions avec la CEDEAO, a indiqué le chef de la délégation malienne, l'ambassadeur Amadou Maïga.
Celui-ci a cité plusieurs sujets attendus à cette réunion préliminaire : « la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, l'intégration des peuples et les questions diplomatiques et institutionnelles ».
Trois délégations, un même message
Le chef de la délégation nigérienne, l'ambassadeur Ousmane Alhassane, a félicité l'AES et la CEDEAO, qu'il dit animées du même esprit de préservation des intérêts des populations ouest-africaines. Il a salué la mise en place effective de la Task force, appelée à harmoniser la feuille de route des consultations et des négociations de Dakar.
Le chef de la délégation burkinabè, l'ambassadeur Yirigouin Hermann Toé, également secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, a présenté l'enjeu en ces termes : « Ce rendez-vous engage l'avenir des relations entre deux espaces que l'histoire, la géographie, les échanges et les peuples continuent de relier. Notre responsabilité est donc de préparer une position rigoureuse, cohérente et pleinement conforme aux orientations du Collège des chefs d'État de notre Confédération. »
Selon lui, ces échanges doivent permettre de mutualiser les forces pour construire à terme une intégration adaptée aux aspirations des peuples des deux espaces sous-régionaux.
Présidant la cérémonie d'ouverture, il a appelé les experts à favoriser une lecture et une compréhension mutuelles des enjeux et des dispositions qui seront soumises à la négociation.
Avant Dakar, les ministres des Affaires étrangères du Mali, du Niger et du Burkina Faso se réuniront à leur tour le vendredi 16 octobre à Ouagadougou. Ils examineront les conclusions et les recommandations des experts.
Une présidence sénégalaise attendue sur le dialogue avec l'AES
Le prochain round se tiendra à Dakar, capitale du pays qui assure la présidence en exercice de la CEDEAO depuis le sommet de Freetown, en juillet. Le président Bassirou Diomaye Faye y a succédé à Julius Maada Bio, et le général Birame Diop dirige la Commission pour le mandat 2026-2030. Comme l'avait relevé i-Sahel, les relations avec les pays de l'AES comptent parmi les premiers défis de ce tandem. Avant le sommet, le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait indiqué qu'une présidence sénégalaise pourrait favoriser un rapprochement entre l'organisation et les trois États.
Le commerce, un point faible côté AES
Parmi les sujets que la Task force doit préparer, le commerce occupe une place particulière. Lors de l'ouverture de la cinquième réunion des ministres de l'Industrie et du Commerce de la Confédération à Bamako, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, avait lui-même relevé un chiffre peu flatteur. À peine 17 % des échanges commerciaux du Mali, du Burkina Faso et du Niger se font entre ces trois pays. Le reste, soit plus de 2 000 milliards de FCFA, part vers le reste de l'UEMOA, comme l'avait rapporté i-Sahel.
Le chef du gouvernement malien avait ajouté que les discussions engagées avec la CEDEAO renforçaient la nécessité de bâtir un espace économique intégré. La feuille de route annoncée à Bamako repose sur trois axes : fluidifier les corridors, lever les barrières non tarifaires et produire et transformer davantage sur place.
Un poids croissant de l'AES chez ses voisins
Ce constat contraste avec la place que l'AES occupe dans le commerce de ses voisins côtiers. Les rapports nationaux de la CEDEAO publiés en mars 2026, analysés par i-Sahel, indiquent que la part des pays de l'AES dans les exportations intrarégionales de la Côte d'Ivoire est passée de 39,7 % en 2014 à 65,9 % en 2023. Le Togo leur envoie 44 % de ses exportations vers la CEDEAO. L'AES pèse donc dans le commerce de ses voisins, mais commerce peu entre ses propres membres. Les trois pays ont quitté la CEDEAO en janvier 2025 : la libre circulation et le commerce figurent parmi les points que les négociateurs de Dakar devront trancher.
i-Sahel






Commentaires