Burkina Faso : que sait-on de la disparition de l’Espagnol Gomez Miralles Juan ?

Un ressortissant espagnol, identifié comme Gomez Miralles Juan, est porté disparu à Bobo-Dioulasso. Les forces armées burkinabè seraient mobilisées pour tenter de le retrouver, alors que l’hypothèse d’un enlèvement par un groupe jihadiste est évoquée. À ce stade, aucune responsabilité n’est officiellement établie.
Une disparition à Bobo-Dioulasso
Selon avis de disparition consultée par i-Sahel, Gomez Miralles Juan, ressortissant espagnol, a quitté son domicile à Bobo-Dioulasso le mercredi 26 août 2026 vers 20 heures. Il circulait alors à bord d’une moto de couleur bleue, de marque Sirius. Depuis, il n’est pas rentré chez lui.
Des informations rapportées par l’agence de presse EFE font par ailleurs état d’une mobilisation des forces armées burkinabè pour retrouver le ressortissant espagnol, qui aurait été enlevé le vendredi 4 septembre par un groupe jihadiste.
Les autorités burkinabè n’avaient pas encore réagi officiellement au moment où ces informations ont été recueillies.
Le JNIM plaide non coupable
La piste d’un enlèvement jihadiste est évoquée, mais sans qu’une responsabilité puisse être établie.
Un expert des groupes jihadistes contacté par i-Sahel estime que l’affaire ne serait pas liée au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Selon lui, les auteurs pourraient être des bandits qui pourraient ensuite remettre l’otage à l’État islamique au Sahel (EIS).
Un observateur des conflits au Sahel, également contacté par i-Sahel, confirme la non-implication du JNIM. Pour lui, si l’hypothèse jihadiste devait se confirmer, il faudrait alors regarder du côté de l’EIS.
Le JNIM et l’EIS constituent les deux principaux groupes jihadistes armés actifs au Burkina Faso et au Sahel. Des enlèvements par des trafiquants ou des bandits suivis d’une revente à des groupes jihadistes sont également évoqués.
Pourquoi l’EIS pourrait-il s’intéresser aux otages ?
L’une des explications avancées concerne le financement.
Selon l’expert interrogé par i-Sahel, l’EIS a notamment recours au vol de bétail pour financer ses activités. Mais cette pratique aurait été poussée à un niveau tel que le bétail serait devenu plus difficile à trouver.
Un rapport du Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC, juin 2025) sur la zone trifrontalière Burkina Faso–Côte d'Ivoire–Ghana confirme que le vol de bétail demeure l'une des sources de financement les plus résilientes et lucratives pour les groupes armés du Sahel. Le rapport souligne toutefois que cette économie illicite est surtout documentée du côté du JNIM et des VDP, la région ghanéenne de l'Upper West étant devenue une plaque tournante clé du blanchiment de bétail volé vers ces réseaux. Un atelier régional organisé par la FAO à Saint-Louis (Sénégal) en décembre 2024 a par ailleurs souligné l'ampleur économique du phénomène : les pertes annuelles liées au vol de bétail sont estimées à 432 millions de dollars au Nigeria et à 32 millions de dollars au Mali entre 2016 et 2022. Les experts de la FAO relèvent qu'en une décennie, cette pratique est passée d'une activité relativement peu violente à un crime organisé à grande échelle, étroitement lié à l'économie de guerre dans des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger.
L’observateur des conflits au Sahel explique pour sa part que des propriétaires de bétail ont quitté certaines zones avec leurs troupeaux, notamment en direction de la Mauritanie ou de la Côte d’Ivoire. Le vol de bétail serait également devenu difficile dans les zones contrôlées par le JNIM, qui dispose d’un contrôle territorial plus important que l’EIS.
Cette différence de contrôle territorial s’inscrit dans une rivalité plus large entre les deux organisations. Cette guerre entre le JNIM et l’EIS a été documentée par une enquête d’i-Sahel, accompagnée d’un rapport détaillé disponible pour les abonnés d’i-Sahel Plus, consacré à leur confrontation et à l’évolution de leurs affrontements au Sahel.
Dans le prolongement de cette guerre fratricide, des affrontements ont récemment été rapportés dans le Gourma malien. Selon les informations recueillies, l’EIS aurait lancé une offensive pour venger la mort de deux de ses cadres éliminés par le JNIM.
Parmi eux figurait Abou Sidi, présenté comme le chef de l’EIS au Burkina Faso, où il aurait remplacé Sadou Tongomayel.
Dans ce contexte, la prise d’otages pourrait constituer, selon les sources interrogées, un moyen pour l’EIS de générer des revenus nécessaires notamment à l’achat d’armes.
Les précédents des deux anciens de Wagner et de Kevin Rideout
La disparition de Gomez Miralles Juan intervient alors que deux affaires récentes de personnes détenues dans la région ont connu leur dénouement.
Deux anciens combattants de Wagner, Vassili Nagalev, 30 ans, originaire de Nijni Novgorod, et Alexandre Efremov, 38 ans, originaire de Stavropol, avaient été capturés à Tinzaouatène, dans le nord du Mali, en juillet 2024. Ils ont ensuite été libérés et sont arrivés à Benghazi, en Libye.
Des images publiées par le média libyen Al-Unwan, proche des autorités de Benghazi, montraient leur arrivée ainsi que leur prise en charge médicale. Les deux hommes y remerciaient notamment les forces spéciales libyennes et Saddam Khalifa Haftar.
Concernant les conditions financières de leur libération, des sources proches du FLA ont confié à i-Sahel qu’une rançon avait été versée. Selon ces sources, le montant se situerait entre 3 et 4 millions d’euros, très loin des dizaines de millions d’euros évoquées par certaines rumeurs.
Cette question n’est pas sans précédent dans la région. En 2025, une rançon de près de 50 millions de dollars aurait été payée au JNIM pour obtenir la libération de trois personnes, parmi lesquelles figurait un dignitaire émirati capturé près de Bamako. De quoi aiguiser l’appétit des groupes et de leurs éventuels intermédiaires ?
Autre cas récent, l’Américain Kevin Rideout, un missionnaire de 49 ans, avait été enlevé à Niamey le 21 octobre 2025. Il a été libéré le 14 août 2026 après plus de neuf mois de captivité.
Rideout a indiqué avoir été conduit à moto au Mali et avoir été détenu pendant environ dix mois par l’État islamique au Mali. Après sa libération, il a notamment remercié Saddam Haftar et les forces spéciales libyennes.
L’expert Emadeddin Badi, du Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), avait indiqué à i-Sahel que les conditions exactes de la libération et le trajet de l’otage restaient en partie difficiles à établir. Il avait évoqué une libération négociée plutôt qu’une opération militaire, avec l’intervention d’un intermédiaire malien, Cherif Ould Taher, dit « El Chapo du Sahel ».
Depuis, des informations ont fait état du paiement d’une rançon, probablement par les autorités libyennes pour obtenir sa libération. Quelques semaines plus tard, le même groupe qui avait détenu l’Américain est désormais soupçonné d’être impliqué dans ce nouveau rapt, replaçant la question des enlèvements et de leur financement au centre des débats dans le Sahel.
Mais dans le cas de Gomez Miralles Juan, les circonstances restent encore largement incertaines. Si la piste de l’EIS est évoquée, notamment en raison de ses besoins croissants de financement et de sa rivalité avec le JNIM, aucune information disponible à ce stade ne permet d’établir que le groupe est effectivement à l’origine de sa disparition.
i-Sahel





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