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Burkina : Ibrahim Traoré affirme que l'armée a repris des zones perdues depuis 2017-2018 et « se prépare à de grandes guerres »

il y a 11 heures
4 min de lecture

Dans un entretien diffusé dimanche sur la RTB, le capitaine Ibrahim Traoré affirme que l'armée burkinabè a reconquis des localités perdues depuis plusieurs années, décrit une armée devenue « aguerrie » depuis le départ des troupes françaises et annonce que le pays se prépare à des conflits qui ne se limitent pas à la lutte contre le terrorisme.




Interrogé par la télévision nationale sur les acquis de la reconquête territoriale, le chef de l'État burkinabè a dressé un bilan positif de la situation sécuritaire depuis 2022.


Des zones reprises, des populations maintenues à l'arrière


Répondant à une question sur les progrès de la reconquête, Ibrahim Traoré a expliqué que les pourcentages généralement avancés par les responsables militaires sont, selon lui, largement dépassés. Il assure que l'armée a repris position dans des zones perdues « depuis peut-être 2017-2018 », y compris des localités éloignées, jusqu'aux limites du territoire national.


Il précise toutefois que les populations n'ont pas encore été autorisées à regagner ces zones. Dans certaines d'entre elles, dit-il, elles ont été maintenues à l'arrière dans un premier temps, et un « grand travail » reste à faire à la fin de la saison pour permettre leur retour. Le président reconnaît aussi qu'« une portion du terrain » reste difficile, et affirme que l'armée se prépare à l'aborder, exprimant l'espoir que la menace devienne à terme « une affaire du passé ».


Des axes routiers qui auraient été rouverts


Pour illustrer ces avancées, le chef de l'État burkinabè évoque la situation de plusieurs axes routiers. Il affirme que, il y a quelques années, l'axe reliant Ouagadougou à Bobo-Dioulasso était coupé et que des localités situées sur cet axe, dont Koumbia, étaient attaquées en permanence. Il cite aussi les sorties de la capitale vers Koudougou et Dédougou, ainsi que les axes Bobo-Dioulasso – Dédougou et Ouagadougou – Ouahigouya, où l'on « ne pouvait plus circuler ». Les groupes armés se trouvaient alors, dit-il, « presque à Ouagadougou ». Aujourd'hui, assure-t-il, « les gens circulent librement », ce qui témoigne à ses yeux d'un net recul du terrorisme.


« Une grande armée » dotée de dizaines de bataillons


Interrogé sur la question de savoir si l'armée a atteint ses pleines capacités opérationnelles, Ibrahim Traoré répond qu'une armée n'atteint jamais toutes ses capacités, car elle « grandit de jour en jour ». Il affirme cependant que le Burkina dispose désormais d'une « grande armée », dont la force tient d'abord, selon lui, à la qualité de la ressource humaine et à l'organisation, avant le matériel.


Il décrit une évolution organisationnelle majeure. Autrefois, affirme-t-il, l'envoi d'une unité nécessitait de rassembler d'abord les hommes, puis l'armement et les équipements, ce qui prenait des jours. Il dit qu'il n'en va plus de même : le pays dispose aujourd'hui de « des dizaines et des dizaines de bataillons » pouvant être projetés « en un claquement de doigts ».


Une armée « aguerrie » depuis le départ des troupes françaises


Le président du Burkina revient sur la période 2023-2024, qu'il qualifie de difficile après le départ des troupes françaises. Il affirme que les soldats ont combattu avec « une rusticité incroyable » et avec peu de moyens, ce qui aurait forgé, dit-il, une armée aguerrie, disposant d'un moral « d'acier ». Les équipements récemment acquis viennent, selon lui, s'ajouter à cette base en apportant un « bonus ».


« On se prépare à de grandes guerres »


Ibrahim Traoré affirme que la montée en puissance de l'armée ne se limite pas à la lutte contre le terrorisme. « On se prépare à de grandes guerres », déclare-t-il, ajoutant que c'est la raison pour laquelle le pays acquiert du matériel et cherche à développer sa propre industrie de défense.


À une question sur le lien entre l'avancée des groupes armés et l'absence de l'État dans certaines zones, Traoré répond qu'il ne pense pas que ce soit une bonne lecture. Il estime que l'administration ne peut de toute façon pas s'installer si les forces de défense ne sont pas présentes au préalable.


Ces déclarations s'inscrivent dans un environnement sécuritaire complexe, que i-Sahel a documenté à plusieurs reprises.


Le JNIM est actif sur une large partie du territoire burkinabè. Dans son analyse « Burkina Faso : Entre revendications du JNIM et riposte des FANs : anatomie d'une guerre asymétrique », i-Sahel recensait au moins quatorze opérations revendiquées par le groupe entre le 1er et le 25 juin 2026. Elles couvraient six régions, sur plus de 800 kilomètres d'est en ouest, le Centre-Nord apparaissant comme la zone de plus forte activité. Le 30 juin, des attaques revendiquées contre Gayéri, Solhan et Sebba ont été suivies d'un communiqué de l'état-major général des armées faisant état de plus de 400 combattants neutralisés et de trois soldats tués.


De son côté, l'État islamique au Sahel (EIS) vise en priorité son rival. Dans « Burkina : l'EIS épargne-t-il vraiment l'armée ? Notre enquête exclusive », fondée sur 30 numéros d'Al-Naba publiés entre août 2025 et juillet 2026, i-Sahel relevait que le JNIM est la principale cible de l'EI au Burkina Faso. L'enquête cite notamment une prise de position près de Tigou, avec 36 morts revendiqués, et des combats dans le Soum autour de Béléguédé.


Le JNIM développe enfin son propre discours. Dans « JNIM : comment Jafar Dicko tente de construire un récit autour des soutiens extérieurs et du rejet du nationalisme », i-Sahel rapportait la diffusion, le 1er août, d'un entretien avec Jafar Dicko, présenté par le groupe comme son responsable au Burkina Faso. Celui-ci y rejette le nationalisme comme cadre politique et affirme que la victoire du groupe vient « avant tout et avant toute chose d'Allah seul ».


i-Sahel

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