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Ce que dit une vidéo d'« un combattant soudanais du JNIM » de l'emprise armée sur les sites d'orpaillage

28 août
3 min de lecture



Une vidéo, une voix, un nom d'emprunt. Filmé en train de haranguer la caméra en peul, c'est lui-même qui tient le téléphone et se filme, un homme qui se présente sous le nom de « Sheybani » circule depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux, présenté comme un combattant soudanais du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM/JNIM). La séquence porte, en incrustation, une mention en arabe : « قناة عاجل مالي 1 », soit « Chaîne Mali Urgent 1 ».


L'homme y évoque le Mali et le Burkina Faso, cite plusieurs noms, Arouna Abou Yahya, Amirou Dicko, Mokhtar Aboul Ghassim, dont l'identité et le rôle exact au sein du groupe n'ont pu être vérifiés de façon indépendante à ce stade.


Mais selon des sources bien renseignées sur le JNIM, contactées par i-Sahel, l'homme qui se filme n'est pas venu du Soudan pour combattre au Sahel. Il serait, disent-elles, un ancien orpailleur du site d'Intahaka, dans la région de Gao, brièvement rallié au JNIM avant de regagner son pays d'origine.



Ni la date exacte de son ralliement, ni les circonstances précises qui l'ont conduit des chantiers d'Intahaka jusqu'aux rangs jihadistes n'ont pu être établies avec certitude.


Car Intahaka, à plus de 3000 kilometres du Soudan, n'est pas un site aurifère comme les autres. Depuis décembre 2021, il était contrôlé par le CSP-DPA (Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l'Azawad), qui y taxait la vente de l'or ainsi que la circulation des biens et des personnes, selon une étude de l'initiative ouest-africaine OCWAR-T publiée en 2023. Cette coalition s'est transformée, depuis novembre 2024, en Front de libération de l'Azawad (FLA), le mouvement qui, aux côtés du JNIM, mène aujourd'hui une guerre ouverte contre les autorités maliennes.


Le site attirait des milliers d'orpailleurs venus de toute la région et au-delà, dont des ressortissants soudanais, une diversité qui explique la présence, sur ce type de site, de profils comme celui identifié dans la vidéo. La sécurité y restait limitée, et le JNIM y pénétrait déjà occasionnellement, selon l'étude, « pour régler des litiges ». Un site voisin plus petit, N'Abaw, était quant à lui placé sous contrôle total du JNIM, qui y prélevait une zakat sur l'or et y assurait lui-même la sécurité.


C'est dans ce contexte, celui d'un site tenu pendant près de quatre ans par des groupes armés, traversé par des travailleurs venus de toute la région, avant d'être remis aux autorités étatiques maliennes en octobre 2025, que s'inscrirait la trajectoire de l'homme filmé dans cette vidéo.

Les deux pays qu'il cite, le Mali et le Burkina Faso, sont précisément ceux où le JNIM a le plus étendu son emprise ces derniers mois.


Selon le trente-huitième rapport de l'Équipe de surveillance des sanctions de l'ONU, remis au Conseil de sécurité le 10 août 2026, le groupe compte entre 7 000 et 8 000 combattants, dont environ la moitié au Mali, et a lancé le 25 avril une offensive coordonnée dans plusieurs régions du pays en collaboration avec le FLA, l'ex-CSP-DPA qui gérait autrefois Intahaka.


Reste une question, à laquelle ni le témoignage recueilli par i-Sahel ni les documents consultés n'apportent de réponse définitive : celle de savoir combien d'orpailleurs, passés par ce type de site, ont pu, à un moment ou un autre de leur parcours, rejoindre, brièvement ou plus durablement, les rangs d'un groupe armé avant de reprendre une vie civile, au Sahel ou ailleurs.


i-Sahel


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