CEDEAO : les premiers défis du tandem Diomaye Faye–Birame Diop
L'élection du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO et la désignation du général d'armée Birame Diop à la tête de la Commission ouvrent une nouvelle séquence pour l'organisation ouest-africaine. Entre rapprochement avec les pays de la Confédération des États du Sahel (AES), lutte contre le terrorisme, réformes institutionnelles et mise en œuvre des décisions communautaires, le tandem sénégalais hérite d'une organisation confrontée à de profondes recompositions régionales.

La 69ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO, tenue à Freetown, en Sierra Leone, marque un renouvellement de la gouvernance de l'organisation. Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye succède à Julius Maada Bio à la présidence tournante de la Conférence, tandis que le Sénégal prend également la direction de la Commission de la CEDEAO avec la nomination du général d'armée Birame Diop pour le mandat 2026-2030.
Cette double responsabilité intervient dans un contexte où la Communauté est confrontée à des défis sécuritaires sans précédent, à la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais réunis au sein de la Confédération des États du Sahel, mais aussi à la nécessité de repenser son fonctionnement afin de préserver son ambition d'intégration régionale.
Le dialogue avec l'AES parmi les premières attentes
Le premier défi du nouveau leadership concerne les relations entre la CEDEAO et les pays de l'AES.
Depuis plusieurs semaines, plusieurs signaux témoignent d'une décrispation progressive entre les deux espaces. Le Bénin et le Burkina Faso ont relancé leur coopération sécuritaire le long de leur frontière commune. Le Niger et le Bénin poursuivent leurs discussions en vue de la réouverture de leurs frontières. Le Mali et le Nigeria ont également décidé de renforcer leur coopération bilatérale.
Avant même le sommet de Freetown, cette perspective avait été évoquée par Dakar. Lors d'une intervention devant l'Assemblée nationale sénégalaise, le ministre de l'Intégration africaine et des Affaires étrangères, Cheikh Niang, avait indiqué qu'une présidence sénégalaise de la CEDEAO pourrait contribuer à favoriser un rapprochement entre l'organisation et les États de l'AES.
Les premiers déplacements du président Bassirou Diomaye Faye à Freetown avaient également retenu l'attention. Arrivé parmi les premiers chefs d'État, aux côtés de ses homologues de Gambie et du Cabo Verde, il avait participé à l'inauguration du Centre international de conférences Julius Maada Bio, théâtre du sommet.
La sécurité au cœur du mandat
Au-delà du dialogue politique, la question sécuritaire devrait constituer l'un des principaux dossiers du nouveau tandem.
Dans son discours d'investiture à la tête de la Conférence, Bassirou Diomaye Faye a appelé à accélérer l'opérationnalisation de la Force en attente de la CEDEAO, à renforcer la mutualisation des moyens entre les États membres et à consolider les mécanismes régionaux de lutte contre le terrorisme.
Ces orientations interviennent alors que les groupes jihadistes poursuivent leur expansion dans plusieurs zones du Sahel et exercent une pression croissante sur les États côtiers, notamment le Bénin, le Togo et le Ghana.
Au-delà de la réponse militaire, le président sénégalais a également plaidé pour une réforme des institutions communautaires, un renforcement de leur autonomie financière et une restauration de la confiance entre les peuples et les dirigeants de la région.
Des convergences avec les positions de l'Union africaine
Ces priorités rejoignent plusieurs messages portés ces derniers jours par le président de la Commission de l'Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, lors de sa tournée au Sahel.
À Bamako, il a exprimé la solidarité de l'Union africaine avec le Mali après les récentes attaques terroristes, saluant la résilience des autorités et des forces armées maliennes. Il a estimé que la menace terroriste dépassait désormais le seul cadre sahélien et concernait l'ensemble du continent, appelant à une réponse collective.
Le président de la Commission a également indiqué vouloir engager un dialogue avec les autorités maliennes afin d'identifier les modalités d'un accompagnement de l'Union africaine, tout en rappelant que le processus politique demeurait du ressort des autorités maliennes.
Quelques heures plus tard, à Ouagadougou, Mahmoud Ali Youssouf a poursuivi cette démarche auprès des autorités burkinabè. Reçu pendant plus de deux heures par le ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, il a affirmé vouloir relancer la coopération entre l'Union africaine, le Burkina Faso et, plus largement, la Confédération des États du Sahel.
Les discussions ont porté sur la situation sécuritaire, les relations entre l'Union africaine et l'AES, le dialogue en cours entre la CEDEAO et les pays sahéliens ainsi que sur les réformes susceptibles de renforcer la confiance entre les différentes organisations régionales.
Le président de la Commission a présenté la stratégie de l'Union africaine pour le Sahel, articulée autour de trois piliers : la gouvernance, la sécurité et le développement. Il a également annoncé sa volonté de renforcer la présence des agences spécialisées de l'Union africaine au Burkina Faso.
De leur côté, les autorités burkinabè ont appelé l'organisation continentale à adapter ses mécanismes aux nouvelles réalités régionales, à renforcer son autonomie financière et à accompagner davantage les initiatives portées par les États de l'AES. Le ministre burkinabè a également salué le travail du chef de la Mission de l'Union africaine pour le Mali et le Sahel (MISAHEL), Mamadou Tangara, qu'il a présenté comme un fin connaisseur du contexte sahélien.
Birame Diop face au défi de la mise en œuvre

Si Bassirou Diomaye Faye assure désormais la présidence politique de la Conférence des chefs d'État et de gouvernement — l'instance suprême de décision de la CEDEAO, chargée de définir les grandes orientations de l'organisation en matière d'intégration, de sécurité et de gouvernance —, la mise en œuvre de ces décisions reposera largement sur le général d'armée Birame Diop.
À la tête de la Commission de la CEDEAO, celui-ci dirigera l'organe exécutif de la Communauté. Basée à Abuja, au Nigeria, la Commission est chargée de mettre en œuvre la vision, les missions et les objectifs de l'organisation. Depuis la réforme institutionnelle de 2007, qui a remplacé l'ancien Secrétariat exécutif, elle constitue le principal instrument d'exécution des politiques communautaires.
Le président de la Commission veille à l'application des décisions adoptées par la Conférence des chefs d'État et des règlements du Conseil des ministres. Il supervise également les institutions communautaires, prépare les projets de budget et les programmes d'activités, coordonne leur exécution et présente régulièrement les rapports sur les actions de la Communauté.
La Commission est également chargée de promouvoir les programmes de développement régional, les projets d'intégration économique, les entreprises communautaires et la coordination des politiques sectorielles entre les États membres.
Fort de son expérience comme ancien ministre sénégalais des Forces armées et ancien conseiller militaire du secrétaire général des Nations unies, le général Birame Diop devra notamment accompagner la mise en œuvre des réformes institutionnelles, accélérer les projets d'intégration régionale et donner une traduction concrète aux engagements pris par les chefs d'État en matière de sécurité.
Transformer les engagements en résultats
Le tandem Diomaye Faye–Birame Diop prend ainsi les commandes d'une organisation appelée à répondre à des attentes particulièrement élevées.
Le rapprochement avec les pays de l'AES, l'opérationnalisation effective de la Force en attente de la CEDEAO, le renforcement de la coopération régionale contre le terrorisme, les réformes institutionnelles et la consolidation de l'intégration économique devraient constituer les principaux chantiers des prochains mois.
Au-delà du renouvellement de ses dirigeants, la CEDEAO sera désormais jugée sur sa capacité à traduire ces orientations en résultats concrets, conformément à son ambition de bâtir, à l'horizon 2050, une « CEDEAO des peuples », fondée sur la paix, la libre circulation, une intégration renforcée et une prospérité partagée pour les quelque 300 millions de citoyens de la région.
i-sahel





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