Depuis Bamako, Diomaye Faye appelle à dépasser « nos divisions » face au terrorisme

Reçu ce mardi 28 juillet 2026 par le Général Assimi Goïta, le Président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a livré, au sortir de leur entretien, un message dont la portée dépasse le cadre strictement bilatéral : « Les menaces ne connaissent pas de frontières et se renforcent avec nos divisions. » Un appel à l'unité qui résonne particulièrement au lendemain de la bataille d'Anéfis et dans un contexte où la fragmentation institutionnelle CEDEAO-AES continue de peser sur la réponse régionale au terrorisme.
Un constat partagé sur une menace sans frontières
Au cœur de sa déclaration, Bassirou Diomaye Faye a insisté sur le caractère transnational de la menace jihadiste qui frappe le Sahel. Après avoir présenté les condoléances du Sénégal à la suite des récentes attaques ayant coûté la vie à plusieurs soldats maliens et condamné « avec la plus grande fermeté » ces « actes odieux, lâches et barbares », le chef de l'État sénégalais a livré l'essentiel de son message : « Je l'ai redit, la disponibilité du Sénégal à accompagner le Mali dans cette épreuve, pour faire face ensemble aux défis multiples ainsi qu'aux menaces à la paix et à l'instabilité dans toute la région et au-delà, dans tout le Sahel. Parce que ces menaces, nous en avons convenu, ne connaissent pas de frontières et se renforcent avec nos divisions. »
Cette formule, prononcée depuis Bamako, prend un relief particulier au regard de l'actualité sécuritaire du nord du Mali. La bataille d'Anéfis (4-13 juillet 2026) et la coordination opérationnelle croissante entre la FLA et le JNIM, documentée depuis le 25 avril jusqu'aux événements de Tabrichat le 18 juillet, illustrent précisément cette capacité des groupes armés à exploiter les failles et les fractures régionales pour étendre leur emprise territoriale, y compris au-delà des frontières maliennes.
Un discours qui fait écho aux tensions CEDEAO-AES
L'appel à dépasser « nos divisions » ne peut se lire indépendamment du contexte institutionnel dans lequel s'inscrit la visite du président sénégalais. Bassirou Diomaye Faye s'exprime en effet quelques jours seulement après son élection à la présidence en exercice de la Conférence des chefs d'État de la CEDEAO, lors du sommet de Lungi du 19 juillet 2026, un sommet dont le communiqué final a réaffirmé que le dialogue sécuritaire avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger devait se poursuivre exclusivement avec l'AES en tant que bloc unifié, à travers le négociateur en chef Lansana Kouyaté.
Cette architecture à deux blocs, CEDEAO d'un côté, AES de l'autre, constitue précisément l'une des « divisions » que la déclaration présidentielle semble viser, fût-ce implicitement. Alors que les groupes jihadistes opèrent sans se soucier des appartenances institutionnelles, la fragmentation de la réponse régionale entre deux organisations distinctes, avec des mécanismes de coordination antiterroriste encore balbutiants, demeure l'un des angles morts de la lutte contre le terrorisme au Sahel, un constat que semblent partager, chacun à sa manière, Dakar et Bamako.
Une convergence de vues au service d'une coopération élargie
Selon Bassirou Diomaye Faye, les échanges avec le Président Goïta ont permis d'aboutir à « une parfaite convergence de points de vue sur les principales questions abordées, dans un esprit de fraternité et de solidarité, en mettant ensemble nos forces ». Le président sénégalais a réaffirmé à son homologue malien « le soutien indéfectible du Sénégal », ainsi que son « engagement aux côtés du Mali, ainsi que de tous les autres pays, pour relever ensemble les défis communs », une formulation qui, sans nommer explicitement l'AES, semble s'adresser à l'ensemble des pays sahéliens confrontés à la même menace.
Les deux chefs d'État ont par ailleurs évoqué le renforcement de la coopération « que ce soit dans le cadre bilatéral ou dans le cadre des instances régionales où le Mali et le Sénégal sont membres », ainsi que la perspective d'un sommet des chefs d'État consacré à la relance de la coopération monétaire au sein de l'UEMOA et à la gestion partagée du fleuve Sénégal dans le cadre de l'OMVS, deux instances où, à la différence de la CEDEAO politique, le Mali demeure pleinement engagé aux côtés du Sénégal.
Un message à double lecture
L'appel de Bassirou Diomaye Faye à dépasser « nos divisions » peut ainsi se lire à deux niveaux : un plaidoyer immédiat pour une solidarité renforcée face à l'expansion jihadiste dans le nord du Mali et au-delà, mais aussi, en filigrane, une invitation à surmonter les fractures institutionnelles qui, depuis la sortie du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, compliquent la mise en cohérence des réponses sécuritaires régionales. Reste à savoir si cette déclaration, prononcée dans le cadre d'une visite qualifiée de « purement fraternelle », trouvera une traduction concrète dans les mois à venir, notamment à travers le mandat du négociateur en chef de la CEDEAO ou par une initiative bilatérale propre à Dakar et Bamako.
i-Sahel poursuit le suivi de ce dossier et reviendra avec des précisions sur les suites données à cette visite.
i-sahel





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