Drones, rançons, financement : le Nigeria dresse le portrait d'un terrorisme en mutation

Devant le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, réuni en session ministérielle virtuelle mardi 21 juillet, la ministre nigériane des Affaires étrangères, l'ambassadrice Bianca Odumegwu-Ojukwu, a réaffirmé l'engagement du Nigeria dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme violent, appelant à une coopération régionale renforcée, des partenariats internationaux consolidés et un financement durable des dispositifs de sécurité africains.
Une menace de plus en plus sophistiquée
Selon un communiqué du ministère nigérian des Affaires étrangères, la ministre a souligné l'urgence d'une action collective face à une menace jihadiste en constante évolution sur le continent, tout en exprimant sa solidarité avec les victimes d'attaques et en saluant le courage des forces de sécurité africaines engagées sur le terrain. Elle a observé que les groupes terroristes exploitent désormais des technologies émergentes — drones, plateformes numériques — tout en s'appuyant sur des réseaux de financement illicites, les enlèvements contre rançon et l'exploitation illégale de ressources naturelles pour financer leurs activités, appelant à des réponses coordonnées, innovantes et fondées sur le renseignement.
Le bilan nigérian mis en avant
L'ambassadrice Odumegwu-Ojukwu a mis en avant l'expérience nigériane en matière de contre-terrorisme, présentée comme une stratégie combinant mesures cinétiques et non cinétiques. Elle a affirmé que des opérations soutenues avaient significativement dégradé les capacités opérationnelles de Boko Haram et de la province ouest-africaine de l'État islamique (ISWAP), permis de restaurer l'autorité gouvernementale dans plusieurs communautés affectées, perturbé les réseaux de financement du terrorisme, et facilité la déradicalisation ainsi que la réintégration d'anciens combattants repentis.
Elle a par ailleurs insisté sur la nécessité de s'attaquer aux causes profondes de l'extrémisme violent, citant les investissements du Nigeria dans l'éducation, les infrastructures critiques, l'autonomisation de la jeunesse et la résilience communautaire, en impliquant chefs traditionnels et religieux, femmes et jeunes dans la prévention de la radicalisation.
Coopération régionale et recommandations pour l'UA
La ministre a réaffirmé le soutien du Nigeria à la Stratégie régionale de lutte contre le terrorisme de la CEDEAO, au Réseau d'alerte précoce et de réponse de l'organisation, ainsi qu'à la Force multinationale mixte (MNJTF), qu'elle a présentée comme un modèle de coopération sécuritaire régionale sur le continent. Elle a également soutenu les recommandations du rapport présenté au Conseil de paix et de sécurité, notamment le renforcement du partage de renseignement entre États membres, la lutte contre les réseaux de financement du terrorisme, le renforcement du Système continental d'alerte précoce et de la cybersécurité, ainsi que l'élaboration de lignes directrices continentales pour un usage responsable et éthique de l'intelligence artificielle dans la lutte antiterroriste.
Une mise en garde contre la stigmatisation
Tout en plaidant pour une action continentale renforcée, l'ambassadrice a mis en garde contre les récits présentant le terrorisme comme un phénomène exclusivement africain, estimant que de telles caractérisations risquent de stigmatiser injustement des Africains innocents et de les exposer à des discriminations et mauvais traitements dans les aéroports internationaux et autres points d'entrée. Elle a réitéré que le terrorisme demeure une menace mondiale appelant une responsabilité internationale partagée.
Appel à la communauté internationale
La ministre a appelé les partenaires internationaux à faire preuve de tolérance zéro envers le terrorisme, notamment en empêchant le transfert d'armes, de munitions, de drones et de technologies à double usage vers des acteurs non étatiques, ainsi qu'à renforcer la coopération internationale pour lutter contre les flux financiers illicites, recouvrer les avoirs volés et priver les groupes terroristes d'accès au financement et à la logistique.
Elle a également plaidé pour un financement adéquat, prévisible et durable des opérations de soutien à la paix conduites par les Africains, appelant à intensifier le plaidoyer pour l'opérationnalisation de la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations unies et son application à des opérations telles que la MNJTF et la future Force antiterroriste de la CEDEAO.
L'unité comme condition de la victoire
L'ambassadrice Odumegwu-Ojukwu a conclu en réaffirmant l'engagement du Nigeria à travailler étroitement avec les États membres de l'Union africaine, les organisations régionales et la communauté internationale pour endiguer la propagation du terrorisme sur le continent, estimant que seules l'unité, une coopération soutenue et une résolution collective permettront à l'Afrique de vaincre durablement le terrorisme et l'extrémisme violent.
i-sahel





Commentaires