Face au JNIM, le Bénin muscle sa cellule antiterroriste avec l'appui américain
Washington a remis à la Police républicaine béninoise des locaux rénovés et du matériel d'enquête antiterroriste, alors qu'un rapport d'i-Sahel fait état d'au moins 156 pertes militaires revendiquées par le JNIM en dix-huit mois dans le nord du pays.

À Cotonou, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Djibril Mama Cissé, et le chargé d'affaires de l'ambassade américaine ont inauguré ce jeudi 24 septembre les nouveaux locaux de la Cellule d'investigation antiterroriste de la Police républicaine.
La cérémonie s'est accompagnée de la remise d'un important lot de matériel d'enquête.
Du matériel de pointe pour la police scientifique
Washington a fourni des ordinateurs, des outils d'investigation, des technologies de traitement des scènes de crime, du mobilier de bureau et des écrans grand format pour l'analyse criminelle. L'objectif affiché est de donner aux enquêteurs antiterroristes et aux analystes du renseignement béninois les moyens de mener pleinement leurs missions.
Le chargé d'affaires américain y voit la preuve d'un engagement partagé pour « promouvoir la stabilité » et « protéger la vie des citoyens », dans un pays confronté, comme ses voisins, à la criminalité et au terrorisme. De son côté, le ministre Cissé a salué une coopération de longue date avec les États-Unis, censée permettre à la Police républicaine de travailler « avec efficacité, discrétion et professionnalisme ».
Une menace jihadiste qui monte en puissance dans le nord
Cette cérémonie tombe à point nommé. Un rapport de situation compilé par i-Sahel, à partir des propres revendications du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), dresse un tableau préoccupant. Entre janvier 2025 et juin 2026, le groupe jihadiste dit avoir mené 20 attaques distinctes au Bénin, pour un bilan cumulé d'au moins 156 militaires béninois tués.
A relever que depuis février 2026, le rythme des attaques s'accélère nettement, avec cinq incidents revendiqués en moins de quatre mois, contre un rythme plus espacé tout au long de 2025. Deux départements du nord du pays concentrent l'essentiel des violences, l'Alibori et l'Atacora, où plusieurs casernes et postes militaires ont été visés à répétition, notamment autour de Kandi et Kérémou.
Autre enseignement du rapport, la communication des Forces armées béninoises a évolué. Longtemps discrète, elle s'est faite plus transparente à partir de 2025. Après l'attaque du 8 janvier contre la position Mirador du Point Triple, à la frontière entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso, l'armée avait reconnu 28 morts. Quelques mois plus tard, le porte-parole du gouvernement annonçait un bilan de 54 militaires tués lors d'attaques survenues le 17 avril. Il s'agit du bilan le plus lourd jamais reconnu officiellement depuis le début de la menace terroriste dans le pays.
Le Bénin, un front secondaire mais actif
Le rapport d'i-Sahel remet toutefois ces chiffres en perspective. Comparées au bilan que le JNIM revendique à l'échelle de toute sa zone d'opération pour l'année écoulée, soit plus de 4 259 pertes essentiellement concentrées au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les pertes revendiquées au Bénin ne représentent qu'environ 3,7 % du total. Le pays reste donc, aux yeux mêmes du groupe jihadiste, un théâtre secondaire par rapport au cœur du Sahel. Il n'en demeure pas moins, avec le Togo, l'un des fronts où l'expansion vers les pays côtiers du golfe de Guinée est la plus active.
C'est dans ce climat de pression sécuritaire croissante, documentée à la fois par la propagande jihadiste et par la communication de plus en plus assumée de l'armée béninoise, que s'inscrit ce coup de pouce américain à la lutte antiterroriste.
i-Sahel





Commentaires