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FSG-A : enquête sur cette mystérieuse unité de drones suédoise qui affiche sa présence au Sahel

il y a 6 jours
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours



Un tweet du journaliste français Georges Malbrunot mardi 22 septembre qu'il a supprimé un peu plus tard, a mis en lumière, une offre d'emploi pour le moins inhabituelle, celle d'une « société de sécurité privée, probablement ukrainienne, basée en Suède, avec des sociétés écrans en Bulgarie », recherchant un « spécialiste de la reconnaissance expéditionnaire et de l'identification de cibles » pour une mission « au nord du Ghana / sud du Burkina Faso ».


Une enquête partie d'un tweet


Ce tweet a poussé i-Sahel à effectuer une recherche qui a mené jusqu'au compte Instagram de la société en question : Fjärrstridsgrupp Alfa (FSG-A), un nom suédois signifiant « Groupe de combat à distance Alfa ».


Le compte, qui affiche plus de 6 400 abonnés, publie notamment des photos d'hommes armés en tenue de camouflage, dont l'une est géolocalisée « Sahel », accompagnée de la mention « We are recruiting 2026 » (Nous recrutons en 2026).



Cependant, cette photo a quelque chose d'étrange. Elle a un aspect qui ressemble plus à une peinture ou à une bande dessinée qu'à une vraie photo. Les combattants portent tous des tenues de camouflage qui se ressemblent presque trait pour trait. La scène est aussi trop parfaitement symétrique.


Mais le détail le plus troublant concerne le véhicule, on voit bien l'avant, avec la cabine et le pare-brise, mais l'arrière du pick-up (la benne, les roues arrière) a tout simplement disparu, comme si le véhicule s'arrêtait au milieu. Ce genre de défaut ne se voit pas sur une vraie photo, c'est le genre d'erreur que l'on retrouve souvent sur des images créées ou modifiées.


Mais une visite minutieuse de ce compte a mené i-Sahel à découvrir le lien d'un site internet qui semble lié à la société. En s'y rendant, notre rédaction a pu consulter un wiki détaillé, présenté comme une « encyclopédie ouverte », dont plusieurs captures d'écran ont été extraites.


Une unité née de la guerre en Ukraine, reconvertie en Afrique


Selon les informations publiées sur ce site, FSG-A se présente comme « une unité d'élite d'opérateurs de drones, fondée par des Suédois et composée d'opérateurs d'origines occidentale et ukrainienne, créée suite à son engagement dans la guerre en Ukraine et opérant désormais sous contrat en Afrique ».


Le site précise que « le centre opérationnel du FSG-A s'est déplacé du front ukrainien vers l'Afrique », où l'unité mène des « opérations de drones sous contrat à travers le continent, en collaboration avec des partenaires occidentaux et ukrainiens », afin de « protéger les intérêts occidentaux » : protection d'infrastructures et de personnel, capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR), lutte anti-drones, et neutralisation de « drones hostiles » et d'« activités menées par des groupes interposés dans les zones contestées ».


Une offre de recrutement précise pour le Sahel


L'annonce repérée par Georges Malbrunot correspond à une offre publiée sur le compte Instagram de l'unité pour un poste de « Spécialiste en reconnaissance expéditionnaire et en ciblage (ERTS) », dans une zone d'opération (AOR) définie comme la « Frontière Nord Ghana / Sud Burkina », rémunérée 360 dollars par jour selon un rythme de rotation de 60 jours de mission pour 60 jours de congé. La mission décrite consiste à « exécuter une reconnaissance bas en vue, une fusion HUMINT/SIGINT et cibler le développement contre les forces expéditionnaires étrangères hostiles, les entrepreneurs mandataires et les VEO régionaux affiliés dans les zones de sanctuaires frontalières ».


Un outil de simulation baptisé « Lisa 26 »


Un autre lien rattaché au compte Instagram de FSG-A a mené i-Sahel vers une page distincte du site, présentant un outil intitulé « Lisa 26 — Brigade Command Sandbox ». Décrit comme relevant du « commandement de brigade » et situé dans une « savane ouest-africaine », l'outil se présente comme une maquette conceptuelle représentative de la zone d'opération africaine de FSG-A, et non comme un lieu réellement nommé.



Le site présente Lisa 26 comme une interface unique de visualisation partagée, conçue comme l'équivalent en source ouverte du système ukrainien Delta, combinant drones, imagerie satellite et renseignement humain sur une carte unique à symboles OTAN. L'outil affiche une carte annotée de symboles militaires (ligne de contact, positions de brigade et de compagnie, drones suspectés, relais de guerre électronique), ainsi qu'un décompte de tablettes et équipements associés à différents échelons (état-major de brigade, bataillon, compagnie, peloton).



Le document précise toutefois lui-même que cet outil correspond à un niveau de maturité technologique 3 (TRL-3), le qualifiant de simple « sandbox » de conception plutôt que d'un système opérationnel utilisant des données de terrain réelles.


Un site qui revendique une transparence partielle


Le site de l'unité insiste à plusieurs reprises sur le caractère volontairement limité des informations qu'il diffuse. Une section « Organisation » précise que « les missions spécifiques, les dispositions, l'identité des clients et les effectifs ne sont pas, et ne seront jamais, divulgués sur ce site ouvert », le contenu public se limitant à des « plans de référence » techniques (drones, guerre électronique, opérations arctiques) diffusés sous licence libre CC BY-SA 4.0.


Le document précise également que l'entité qui publie le site, Fischer Ventures EOOD, immatriculée à Varna, en Bulgarie, se limite à un rôle purement administratif (nom de domaine, hébergement, contact légal), sans lien commercial direct avec les activités opérationnelles de l'unité.


Des profils issus du champ de bataille ukrainien


Une page consacrée à l'auteur principal du wiki, présenté sous le pseudonyme « Tiny », détaille un parcours d'ingénieur informatique formé en Suède (Högskolan Väst), certifié en secourisme tactique de combat (TCCC), opérateur de drones (VOS 225) et de guerre électronique (VOS 216) au sein des forces armées ukrainiennes, ainsi que certifié Dronarium en pilotage FPV et UAV. Il indique avoir « servi en Ukraine entre 2023 et 2026, au sein de plusieurs unités, dans des rôles liés aux drones et à l'infanterie », sans divulguer d'affectations précises « pour des raisons de sécurité opérationnelle ».


Une autre section, consacrée aux « pertes de personnel », indique que « seize personnes liées au fondateur de ce wiki ont été tuées pendant la guerre en Ukraine », occupant des rôles de fantassins, secouristes, logisticiens ou opérateurs de drones.


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Le site consacre également une section à la cohésion du groupe, qu'il rattache en partie aux origines familiales de certains membres à Gammalsvenskby (Zmiivka), un village d'origine suédoise situé dans l'oblast de Kherson, en Ukraine. Le texte évoque également le rôle des « Ultras », le milieu des groupes de supporters de football suédois, dans le recrutement initial de certains membres, ces derniers ayant d'abord soutenu des groupes d'Ultras ukrainiens mobilisés dès les premiers jours de l'invasion russe, avant de rejoindre eux-mêmes le combat.


Une nouvelle étape dans la guerre par procuration russo-ukrainienne au Sahel ?


L'existence de FSG-A semble s'inscrire dans une dynamique plus large, documentée à plusieurs reprises par i-Sahel, celle d'une confrontation par procuration entre la Russie et l'Ukraine, qui se joue désormais aussi sur le théâtre sahélien, chacune des deux puissances soutenant des camps opposés.


Du côté ukrainien, i-Sahel avait déjà rapporté, dans son enquête du 7 septembre puis dans ses articles suivants, la présence documentée de photographies diffusées par Kyrylo Budanov, ancien chef du renseignement militaire ukrainien, montrant des instructeurs ukrainiens aux côtés de combattants du FLA dans le nord du Mali. CNN évoquait de son côté, le 12 septembre, la présence d'une quinzaine de spécialistes ukrainiens assurant formation, soutien opérationnel et appui aux drones auprès du FLA, avec une implication rapportée lors de la prise de Kidal en avril dernier.


La Russie a renforcé son soutien militaire aux régimes de l'Alliance des États du Sahel (AES) via l'Africa Corps, structure ayant officiellement remplacé Wagner à partir de 2025. Comme le rapportait i-Sahel dans son enquête du 6 septembre, la communication de l'Africa Corps est devenue nettement plus offensive depuis les attaques coordonnées du 25 avril 2026, le groupe revendiquant désormais ouvertement un rôle combattant de premier plan aux côtés des forces maliennes, burkinabè et nigériennes, tout en accusant sans preuve le FLA et AQMI de bénéficier d'un soutien ukrainien et occidental, une accusation que la présence rapportée de sociétés comme FSG-A, ou les photographies diffusées par Budanov, tendent, sans en apporter la preuve formelle, à alimenter.


Cette polarisation se retrouve jusque dans le langage employé sur le terrain, comme le relevait i-Sahel après l'accrochage de Diabaly, le JNIM et les rebelles du FLA continuent de désigner sous le nom de « Wagner » l'ensemble des forces russes présentes au Mali, quelle que soit leur appartenance réelle à l'Africa Corps, signe que, pour les groupes armés eux-mêmes, la ligne de fracture entre les deux camps reste avant tout perçue comme une confrontation entre puissances étrangères, russe d'un côté, occidentale et ukrainienne de l'autre.


i-Sahel a contacté l'administrateur du compte Instagram de FSG-A pour obtenir des précisions, en vain. Ni les autorités ghanéennes ni burkinabè n'ont par ailleurs commenté l'existence de cette offre de recrutement ou la présence éventuelle de cette unité dans la zone frontalière visée.


i-Sahel

 
 
 

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