Gambie : plus de 90 000 pilules d'ecstasy saisies depuis janvier, une goutte d'eau mondiale mais un signal régional préoccupant
Ce décompte a été réalisé par i-Sahel sur la base des comptes rendus publiés par la Drug Law Enforcement Agency (DLEAG) sur ses réseaux sociaux entre janvier et fin septembre 2026.

Dans ce petit pays de 2,5 millions d'habitants coincé entre deux bras du fleuve Gambie, les communiqués de la Drug Law Enforcement Agency (DLEAG) se sont multipliés depuis janvier. Semaine après semaine, l'agence antidrogue gambienne annonce des interpellations, détaille des saisies, publie des photos de sachets de poudre et de pilules colorées. En les rassemblant, i-Sahel a établi un décompte qui dessine un tableau clair : celui d'un marché de la drogue qui change de visage, où l'ecstasy explose, où le cannabis reste roi en nombre d'opérations, et où apparaît, pour la première fois, l'ombre d'une production locale.
Une cargaison, une déferlante
Tout commence le 6 février, à Brusubi, une localité de la Côte Ouest. Ce jour-là, les agents de la DLEAG mettent la main sur 44 400 pilules d'ecstasy dissimulées dans une valise noire, à elle seule, près de la moitié de tout ce qui sera saisi sur les neuf premiers mois de l'année. D'autres cargaisons suivront, presque mensuellement, 9 020 pilules fin août, associées cette fois à la découverte d'un matériel suspecté de fabriquer la drogue ; 11 771 pilules le 28 septembre, interceptées à l'aéroport international de Banjul sur deux voyageuses étrangères.
Au total, en additionnant toutes les saisies rendues publiques par la DLEAG, i-Sahel a comptabilisé plus de 90 000 pilules d'ecstasy saisies depuis janvier. Un chiffre qui, à l'échelle du pays, pèse lourd.
Une goutte d'eau dans l'océan mondial
Et pourtant, mis en perspective, ce volume reste minuscule. Une pilule d'ecstasy pèse en moyenne 0,2 à 0,3 gramme ; 90 000 pilules représentent donc à peine une vingtaine de kilogrammes de MDMA. L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) estime que 12 à 22 tonnes de cette substance sont saisies chaque année dans le monde, essentiellement en Europe occidentale, berceau historique de sa production. La Gambie ne pèse donc, à ce niveau, presque rien.
Mais les chiffres bruts cachent parfois l'essentiel. Le dernier Rapport mondial sur les drogues de l'ONUDC pointe une évolution frappante. En 2024, les saisies d'ecstasy ont bondi de 61 % en Afrique, la plus forte progression de toutes les régions du monde, devant l'Europe, l'Océanie et les Amériques. L'Asie, elle, a reculé. Il y a encore quelques années, l'agence onusienne ne disposait même pas de données chiffrées sur l'ecstasy en Afrique de l'Ouest. Ce qui se joue en ce moment en Gambie n'est donc pas un accident isolé, mais la manifestation locale d'un phénomène continental naissant.
Le cannabis, toujours la base du trafic
Si l'ecstasy fait les gros titres, le cannabis reste la substance la plus fréquemment saisie, presque chaque semaine, sous ses différentes formes. Le 28 janvier, dans le village frontalier de Jonkell, deux opérations menées le même jour livrent à elles seules 284 ballots, l'équivalent de plusieurs centaines de kilogrammes, acheminés depuis le Sénégal voisin. D'autres arrivages suivent toute l'année, par petites quantités, sur les routes et les checkpoints du pays. En cumulant les plus grosses saisies recensées par i-Sahel, plus de 630 ballots de cannabis sativa ont été comptabilisés, sans compter les centaines de « wraps » plus modestes et les quelques plantations démantelées au fil des mois.
Le hashish et le skunk, deux autres dérivés du cannabis, complètent le tableau, précisément plus de 900 pièces de résine et près de 1 800 unités de skunk ont été saisies depuis janvier, souvent liées à des circuits transfrontaliers avec la Guinée-Bissau et la Casamance voisine.
Le Kush, la drogue des jeunes
C'est une autre tendance qui frappe à la lecture des communiqués. La montée en puissance du Kush, une drogue de synthèse vendue en petits sachets, qu'on retrouve dans la quasi-totalité des interpellations de l'année. Plus de 2 500 unités ont été recensées par i-Sahel, réparties sur une bonne centaine de saisies distinctes, souvent de petites quantités, dix, vingt, cinquante unités, trouvées sur des jeunes, parfois des mineurs. Un marché de rue, diffus, qui irrigue les quartiers de Kanifing et de la Côte Ouest bien plus qu'il ne transite par les grands axes.
Un salarié de l'aéroport pris la main dans le sac
La cocaïne, elle, reste à part. Moins citée dans les communiqués, elle s'illustre pourtant par une affaire qui a dû faire grincer des dents au sein même de l'aéroport de Banjul : le 16 janvier, un employé gambien d'une compagnie de fret est arrêté alors qu'il s'apprête à charger sa cargaison en zone aéroportuaire. Dans ses bagages, 37 blocs de cocaïne. Une saisie isolée, mais qui en dit long sur le niveau de sophistication que peuvent atteindre certains réseaux, capables d'infiltrer directement le personnel logistique d'un aéroport international.
Un laboratoire, une première inquiétante
Reste un épisode que la DLEAG elle-même qualifie d'inédit. Le 24 août, les enquêteurs arrêtent un ressortissant nigérian en possession de 9 020 pilules d'ecstasy, mais surtout d'une machine suspectée d'avoir servi à fabriquer et conditionner de la drogue. Jamais, selon l'agence, un tel équipement n'avait été découvert sur le sol gambien. De quoi nourrir une inquiétude nouvelle, celle de voir le pays, longtemps simple zone de transit entre producteurs et marchés européens, devenir à son tour un lieu de production.
Ce décompte, établi par i-Sahel, ne reflète que les saisies rendues publiques par la DLEAG sur ses réseaux sociaux, précisément sur Facebook, certaines opérations n'ont pas été chiffrées ou communiquées. Le volume réel du trafic pourrait donc différer sensiblement de cette compilation.
i-Sahel





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