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Guinée-Bissau : dix mois après le coup d'État, une Constitution taillée pour l'exécutif




La Commission nationale des élections (CNE) de Guinée-Bissau a proclamé, ce mardi 1er septembre 2026, les résultats du référendum constitutionnel organisé le 30 août. Le « oui » l'emporte avec 70 % des suffrages exprimés.


Un coup d'État à la veille d'une proclamation électorale


Cette proclamation intervient dans un pays encore marqué par la crise déclenchée dix mois plus tôt. Le 26 novembre 2025, à la veille de l'annonce des résultats de l'élection présidentielle et législative du 23 novembre, des militaires ont renversé le président sortant Umaro Sissoco Embaló, qui briguait un second mandat face au candidat de l'opposition Fernando Dias da Costa. Embaló a été arrêté puis démis de ses fonctions dès le lendemain, avant de trouver refuge au Sénégal, où les autorités ont affirmé avoir coordonné son évacuation.


Le coup d'État a été mené par le chef d'état-major de l'armée de terre, le général Horta N'Tam, à la tête d'un Haut commandement militaire pour la restauration de la sécurité nationale et de l'ordre public. Dès le 27 novembre, il a été investi « président de transition » pour une durée initialement annoncée d'un an. Les résultats de l'élection du 23 novembre 2025 n'ont, eux, jamais pu être proclamés : la Commission électorale a indiqué début décembre que les procès-verbaux et le matériel électoral avaient été détruits par des hommes armés le jour du putsch.


Ce coup d'État est intervenu alors que le scrutin de novembre 2025 était déjà contesté par des organisations de la société civile, le principal parti d'opposition, le PAIGC, ayant été empêché de présenter un candidat à la présidentielle.


De la transition militaire au référendum


C'est dans ce contexte que le Conseil national de transition, installé par le pouvoir, a adopté à l'unanimité, en janvier 2026, une révision de la Constitution instaurant un régime présidentiel renforcé.


Le référendum destiné à faire approuver ce texte par la population, fixé au 30 août 2026 après une médiation de la CEDEAO annoncée le 6 juillet, s'est donc tenu neuf mois après le coup d'État, dans un climat marqué par le boycott du PAIGC.


La cérémonie de proclamation

C'est la présidente de la CNE, la Dr Cármen Isaura Batista Alonso, qui a annoncé les résultats du référendum lors d'une cérémonie solennelle, deux jours seulement après le scrutin. Elle a salué « le haut niveau de civisme et le profond sens de responsabilité des citoyens », ainsi que le déroulement « ordonné et pacifique » du vote.


Les chiffres nationaux


Selon le procès-verbal d'apurement général, le référendum comptait 914 428 inscrits. 572 714 personnes se sont rendues aux urnes, soit une abstention de 341 716 électeurs. Sur 544 060 votes valides, 383 117 se sont prononcés pour le « oui » (70 %) et 160 904 pour le « non » (30 %).


Un rapport de force à nuancer une fois l'abstention prise en compte


Ramené au nombre total d'inscrits, le tableau change sensiblement. Les 383 117 voix en faveur du « oui » ne représentent que 41,9 % du corps électoral inscrit. En additionnant les 160 904 votes « non » et les 341 716 abstentionnistes, ce sont 502 620 électeurs, soit près de 55 % des inscrits, qui n'ont pas exprimé de soutien positif au texte constitutionnel, qu'ils s'y soient opposés ou qu'ils aient choisi de ne pas participer au scrutin.


Ce constat arithmétique est souvent avancé par les opposants à ce type de réforme pour contester la légitimité populaire d'un texte, même juridiquement adopté : moins de la moitié des inscrits a positivement validé la nouvelle Constitution.


Ce que dit la loi sur ce point


Sur le plan strictement juridique, ce rapport de force ne remet pas en cause la validité du résultat. L'article 88 de la loi sur le référendum dispose que la question soumise au vote est considérée comme approuvée dès lors qu'elle obtient la majorité des suffrages exprimés, et non la majorité des inscrits. Le résultat proclamé a, selon ce texte, une portée contraignante, indépendamment du taux de participation.


Les résultats région par région


Le « oui » l'a emporté dans neuf des dix régions du pays, avec des écarts significatifs : il atteint 95,7 % à Gabu et 85 % à Bafatá. La région de Bissau, la capitale, fait figure d'exception : le « non » y recueille 52,2 % des suffrages contre 47,8 % pour le « oui ». C'est aussi dans la capitale que l'abstention est la plus forte, avec près de 48 % des inscrits n'ayant pas voté.


Une Constitution taillée pour l'exécutif


Le texte approuvé accroît sensiblement les pouvoirs du président de la République. Il renforce notamment ses prérogatives dans la nomination du gouvernement et lui confère un droit de dissolution sur le Parlement, l'Assemblée nationale populaire, rebaptisée pour l'occasion Assemblée nationale. Ce basculement vers un régime présidentiel fort a été conçu et voté par une instance issue directement du putsch de novembre 2025, avant d'être soumis, dix mois plus tard, à l'approbation populaire.


La suite du calendrier


L'adoption de cette nouvelle Constitution intervient avant les élections générales prévues le 6 décembre 2026, censées marquer le retour à l'ordre constitutionnel en Guinée-Bissau.


Reste que ce déséquilibre entre le nombre de voix favorables et l'ensemble formé par les opposants et les abstentionnistes pourrait alimenter, dans les mois à venir, les contestations sur la légitimité populaire de ce nouveau cadre institutionnel, à l'approche d'un scrutin déterminant pour la sortie de crise du pays.


i-Sahel

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