Kidal change de mains, le vocabulaire reste
L'armée malienne, ses partenaires russes, mais aussi des membres du MSA et du GATIA, des Touaregs qui soutiennent Bamako, ont pris position à Kidal, selon des sources solides. Dans les communiqués, chaque camp choisit ses mots, comme en avril : « repli stratégique » pour le FLA, « consolidation » pour Bamako, et personne ne parle de perte. Le JNIM et Africa Corps, qui avaient pris la parole après le 25 avril, n'ont pas encore communiqué.

Six mois après, Kidal a, une nouvelle fois, changé de maitre. Les rebelles du Front de Libération de l’Azawad (FLA) qui l’avaient reprise le 25 avril dernier, en compagnie de leurs « partenaires », les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ont cédé la place à l’armée malienne.
Des sources contactées par i-Sahel affirment que l'armée malienne et ses partenaires russes ont pris position dans la ville. Ils ne sont pas seuls. Des membres du Mouvement pour le salut de l'Azawad (MSA) et du Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA), des Touaregs qui soutiennent Bamako, y sont également présents.
Selon des sources au sein du GATIA, qui fait partie du convoi des forces loyales dirigé vers Kidal, ces forces sont réellement entrées dans la ville ce mercredi 7 octobre. Elles ne l'ont fait qu'après que le génie militaire et les unités de déminage se sont assuré que les rebelles, qui avaient annoncé leur retrait mardi, n'avaient pas laissé de mauvaise surprise sur place.
Mardi, des vidéos que i-Sahel a authentifiées montrent des combattants du GATIA, la section fidèle au général El Hadj Ag Gamou, gouverneur de Kidal, hisser leur drapeau dans un endroit non spécifié de la ville nordiste. Mais dans cette reconquête, les mots ont valsé, d’un camp comme de l’autre.
Le FLA : un « repli stratégique et maîtrisé »
Dans son communiqué daté de Kidal le mardi 6 octobre, le FLA qui perd encore la ville, indique que son commandement militaire « décide de procéder à un repli stratégique et maîtrisé de ses forces de la localité ».
Il invoque « les risques croissants pesant sur les rares populations civiles encore présentes » face à « l'utilisation disproportionnée de vecteurs aériens ».
Il parle d'« une mesure opérationnelle temporaire », menée « sans qu'aucun combat direct n'ait encore opposé ses forces à l'ennemi », et promet que sa lutte « se poursuivra ».
Bamako : une « consolidation »
Le gouvernement de la Transition emploie un vocabulaire différent. Dans son communiqué publié le même jour, signé du général Issa Ousmane Coulibaly, ministre de l'Administration territoriale et porte-parole, il indique que les FAMa, « appuyées par leurs partenaires russes, poursuivent le renforcement et la consolidation de leur présence dans la Région de Kidal », et que les unités ont « consolidé leur dispositif » dans la ville le 6 octobre.
Il affirme qu'après les attaques coordonnées du 25 avril, les FAMa avaient procédé à une « réarticulation de leur dispositif opérationnel », notamment autour d'Anéfis et d'Aguel-hoc, « tout en maintenant leur présence et leurs capacités d'action dans la Région de Kidal ».
L'état-major parle, dans ses deux communiqués, de la « réadaptation du dispositif de l'opération Dougoukoloko » et d'une « offensive d'envergure ». Il évoque plusieurs terroristes « neutralisés » et des véhicules et dépôts logistiques détruits, sans bilan chiffré.
En avril, des mots déjà choisis
Ces choix de mots ne sont pas nouveaux. Après les attaques du 25 avril, chaque acteur avait déjà trouvé sa formule.
L'armée avait parlé de « repositionnement ». Le 26 avril au soir,, le général Oumar Diarra, alors chef d'état-major général des armées annonçait à la télévision nationale un « repositionnement des forces » de Kidal vers Anéfis. Il évoquait une « réadaptation du dispositif », destinée selon lui à accroître la « souplesse » et l'« adaptabilité » du déploiement. « Nous restons dans la région de Kidal », ajoutait-il. Dans cette communication, il n'était question ni de perte de la ville ni de retrait pour l’armée.
Africa Corps, dans une déclaration publiée le 27 avril, avait utilisé une autre formule. Selon la traduction dont nous disposons, « conformément à la décision conjointe des dirigeants de la République du Mali, les unités du Corps africain qui se trouvaient et combattaient à Kidal ont quitté la localité avec les soldats de l'armée malienne ».
La structure russe indiquait que les blessés et le matériel lourd avaient été évacués en premier, et que son personnel « continue de remplir la mission de combat ». La veille, dans un premier message, elle affirmait qu'un « scénario syrien » avait été empêché au Mali grâce au « courage et à l'héroïsme » de ses militaires. Elle avançait que ses forces avaient empêché les attaques de 1 000 terroristes, dont 200 à Kidal, et accusait des « mercenaires ukrainiens et européens » d'avoir participé aux attaques à Gao et à Kidal.
Le JNIM, par son média Az-Zallaqa, avait publié le 30 avril deux textes. Le premier parlait d'une « opération victorieuse de libération de la ville de Kidal », menée par les forces du JNIM « en étroite et fructueuse collaboration avec nos frères et partenaires du Front de libération de l'Azawad », et attribuait au seul JNIM les attaques de Gao, Sévaré, Kati et des abords de l'aéroport de Bamako. Il appelait à un « front commun » contre la junte.
Dans sa « déclaration générale » publiée en français pour atteindre un large public, le groupe affirmait que les opérations du 25 avril avaient été couronnées d'« un succès éclatant et décisif », et faisait état de « lourdes pertes » subies par les forces de la junte, sans chiffres.
Cinq mois plus tard, les mêmes réflexes
En octobre, le FLA parle de « repli stratégique » et Bamako de « consolidation » et de « réarticulation du dispositif ». Dans les deux camps, un mouvement de troupes est présenté comme un choix, jamais comme une perte.
Le vocabulaire utilisé pour désigner l'autre camp se répond lui aussi. Pour Bamako, les Russes sont des « partenaires » et les adversaires des « groupes armés terroristes ».
Pour le FLA, les mêmes Russes sont des « mercenaires » et l'armée relève des « forces terroristes de la junte militaire de Bamako ».
Africa Corps désignaient en avril, les assaillants comme des « groupes terroristes » soutenus par des « mercenaires ukrainiens et européens ». Pour le JNIM, le pouvoir est une « junte terroriste ».
Deux silences notables
Au moment de la rédaction, ni le JNIM ni Africa Corps n'avaient communiqué sur Kidal, alors que tous deux l'avaient fait quelques jours après le 25 avril.
Le communiqué du FLA ne mentionne pas le JNIM, pourtant présenté en avril comme son partenaire dans « l'opération de libération » de la ville.
Les raisons de ces silences ne sont pas connues.
i-Sahel






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