Mali : après la reprise de Kidal, plusieurs fronts restent actifs

La reprise de Kidal par l’armée malienne et ses partenaires russes, le 7 octobre, modifie le rapport de force dans le Nord. Mais les revendications du FLA à Soumpi, les actions annoncées par le JNIM dans la région de Mopti et les difficultés de circulation dans l’Ouest illustrent la persistance de plusieurs foyers d’insécurité. Retour sur les principaux développements documentés par i-Sahel.
Kidal : un changement de contrôle après cinq mois
Le 7 octobre, les forces maliennes et leurs partenaires russes sont entrés à Kidal, cinq mois après la perte de la ville au profit du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM). Selon les informations recueillies par i-Sahel auprès de plusieurs sources, les forces loyalistes ont pris position dans la ville après le retrait annoncé du FLA.
Le mouvement indépendantiste dont les positions ont fait l'objet de plusieurs frappes de l'armée malienne, a présenté son départ comme un « repli stratégique et maîtrisé », affirmant qu’il s’était effectué sans combat direct avec les forces adverses. Cette reprise est intervenue après plusieurs mois d’affrontements dans la région, notamment autour d’Anéfis et de Tabrichat.
Dans les jours suivants, Africa Corps a diffusé des images de ses hommes à Kidal, mettant en avant leur participation aux opérations aux côtés de l’armée malienne. Le FLA et les acteurs loyalistes ont ainsi défendu des lectures différentes de l’issue des combats.
Nord : le FLA et le JNIM, une coordination documentée
L’offensive du 25 avril 2026 avait mis en évidence la coopération militaire entre le FLA et le JNIM. Les deux mouvements avaient revendiqué des opérations coordonnées, notamment lors de l’offensive qui avait conduit à la perte de Kidal par l’armée malienne.
Début juillet, les affrontements autour d’Anéfis ont donné lieu à des combats prolongés entre le FLA, les forces maliennes et Africa Corps. Le JNIM a ensuite confirmé sa participation aux opérations aux côtés du mouvement indépendantiste. Le 18 juillet, les deux groupes ont de nouveau fait état d’une coordination lors d’une attaque contre un convoi militaire dans le secteur de Tabrichat.
La reprise de Kidal constitue un revers territorial pour les deux mouvements. Elle ne permet toutefois pas de conclure à la fin de leur coordination ni à l’arrêt de leurs opérations dans les autres secteurs du Nord.
Centre : le JNIM poursuit ses actions dans la région de Mopti
La région de Mopti demeure un foyer récurrent d’incidents armés. Le 8 septembre, le JNIM avait revendiqué une embuscade contre une patrouille russo-malienne près de Kaka. Le même jour, des communications du groupe et d’Africa Corps avaient porté sur un incident à Aguelhoc, dans la région de Kidal.
Le 11 octobre, le JNIM a revendiqué deux nouvelles actions dans la région de Mopti, par l’intermédiaire d’Az-Zallaqa, son canal de communication. Dans un premier communiqué, le groupe affirme avoir ciblé au moyen d’un engin explosif improvisé une patrouille qu’il désigne comme appartenant au « corps russe », entre Konna et Kontza. Dans un second message, il revendique une embuscade contre une patrouille de miliciens pro-armée malienne aux abords de Somadougou.
L’activité du JNIM s’étend également à l’environnement de Bamako. i-Sahel a documenté plusieurs revendications près de la capitale et consacré un article aux éléments du rapport de l’ONU faisant état d’une extension de l’activité du groupe jusqu’à Bamako et Kati.
Ouest : les axes commerciaux restent exposés
Dans la région de Kayes, les enjeux sécuritaires concernent aussi les déplacements et le transport commercial. Un suivi publié par i-Sahel sur la période de janvier à juin 2026 documente les actions revendiquées par le JNIM contre des mouvements militaires et des convois.
Fin janvier, un incident sur l’axe Diboli-Kayes avait illustré les risques pesant sur le corridor commercial entre le Sénégal et le Mali. Selon nos informations, les Forces armées maliennes avaient renforcé la sécurisation des déplacements, notamment par l’escorte de convois civils à destination de Bamako.
Des transporteurs avaient également privilégié l’itinéraire passant par Kédougou, Moussala et Kita plutôt que celui de Kidira, jugé plus exposé. Ce déplacement du trafic avait contribué à l’engorgement du tronçon Kédougou-Saraya-Moussala.
Dans cette partie du pays, l’insécurité se traduit donc aussi par des contraintes sur la circulation des personnes et des marchandises, avec des conséquences pour les échanges entre les deux pays.
Africa Corps : une présence militaire et médiatique plus visible
Depuis les attaques du 25 avril, Africa Corps a accru la visibilité de ses activités au Mali. La structure russe, rattachée au ministère russe de la Défense, diffuse des contenus sur ses opérations, ses formations et ses activités auprès des populations.
Les affrontements d’Anéfis ont également donné lieu à des communications divergentes entre Africa Corps, l’état-major malien et le FLA, notamment sur les pertes, le contrôle des localités et l’issue des combats.
La reprise de Kidal a prolongé cette dynamique. Le 10 octobre, Africa Corps a publié une vidéo de plus de trois minutes intitulée « La route vers Kidal », mettant en avant ses hommes et leur participation aux opérations. Les images prolongent celles diffusées les jours précédents, notamment des séquences de ratissage, de distribution de vivres et du drapeau hissé sur le fort.
Ces publications permettent de documenter le récit que la structure russe donne de ses opérations.
À cela s’ajoutent de violents combats rapportés ces derniers jours entre le JNIM et l’État islamique au Sahel (EIS). Les affrontements mobiliseraient d’importants effectifs des deux groupes. Chacun revendique la victoire, mais les informations disponibles ne permettent pas, pour l’heure, d’établir clairement le bilan humain de part et d’autre.
Ces affrontements constituent un front distinct des opérations menées contre les forces maliennes. Ils illustrent les rivalités persistantes entre organisations armées et ajoutent une nouvelle dimension à une situation sécuritaire marquée par des rapports de force changeants selon les régions.
i-Sahel






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