Mali : pourquoi le JNIM montre ses prisonniers de guerre
Des vidéos diffusées par Az-Zallaqa, l’organe médiatique du JNIM, montrent plusieurs prisonniers présentés comme des militaires et agents de l’État malien, dont le président du Conseil régional de Ségou, Siaka Dembélé. Dans l’une des séquences, enregistrée le 9 septembre 2026 selon les propos du responsable malien, les détenus évoquent des captures remontant à 2023, 2025 et 2026. Une publication qui remet au premier plan la question des prisonniers détenus par le groupe et celle d’éventuels échanges.

Une série de de vidéos diffusées vendredi 18 septembre par Az-Zallaqa, l’organe de propagande du JNIM, montre plusieurs hommes présentés comme des militaires et agents de l’État malien. L’une des vidéos, longue de plus de deux minutes, met notamment en scène Siaka Dembélé, président du Conseil régional de Ségou, entouré d’autres prisonniers issus des forces de sécurité maliennes, dont une majorité de militaires.
Dans cette séquence, Siaka Dembélé, s'exprimant en français affirme lui-même que l’enregistrement a été réalisé le 9 septembre 2026. Il indique avoir été enlevé le 3 octobre 2025 à Binguébougou, entre Ségou et Bamako, alors qu’il se rendait en mission dans la capitale malienne. Au-delà des captures elles-mêmes, la mise en scène semble destinée à adresser plusieurs messages aux autorités de Bamako.
Des captifs dont les détentions remontent à plusieurs années
Dans les deux vidéos, les captifs donnent leur grade, leur unité ainsi que la date et le lieu de leur capture.
Plusieurs déclarent avoir été capturés à Mopti le 25 avril 2026. Parmi eux figurent notamment un sous-officier de la gendarmerie et deux membres de la Garde nationale, dont l’un fait référence au camp de la Garde nationale à Mopti.
Cette date correspond aux attaques coordonnées menées le même jour contre plusieurs localités maliennes, notamment Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré. Le général Sadio Camara, ministre de la Défense, avait été tué à Kati par un véhicule piégé conduit par un kamikaze.
D’autres hommes présentés dans les vidéos déclarent avoir été capturés bien avant cette offensive. L’un évoque juin 2023, tandis qu’un autre affirme avoir été capturé en décembre 2023.
Plusieurs captures sont également attribuées au 19 août 2025 autour de Farabougou. Parmi les hommes présentés figurent un responsable du poste de l’escadron de gendarmerie 824, un militaire de première classe et un autre militaire présenté comme appartenant à la 213e unité.
La chronologie se poursuit en 2026 alors qu'un militaire affirme avoir été capturé le 4 juillet à Sévaré et Konna, dans la région de Mopti, un autre le 27 juillet toujours dans cette région du centre et un responsable du poste de Kouakourou le 31 juillet.
Siaka Dembélé évoque lui-même cette diversité de dates dans son intervention. Il explique que certains prisonniers sont détenus depuis plusieurs années, tandis que d'autres le sont depuis moins longtemps. Il demande aux autorités maliennes de faire tout leur possible pour obtenir leur libération.
Une mise en scène soigneusement orchestrée
Le choix de montrer ces hommes en tenue des FAMa ou des forces de sécurité, face caméra, n’est pas fortuit dans la construction des vidéos.
Le groupe ne se contente pas d’annoncer l’existence de prisonniers, il les expose, les fait parler et donne à voir leur état physique. Pour ceux dont la capture remonterait à 2023, cette présentation constitue notamment un moyen de montrer qu’ils sont toujours en vie et semblent en bonne santé malgré la durée de leur détention.
La présence de M. Dembélé donne également une dimension particulière à la séquence. Il ne s’agit pas uniquement de militaires ou de membres des forces de sécurité. Tous ceux qui représentent l'Etat sont dans le viseur du groupe jihadiste. Le président du Conseil régional de Ségou, enlevé alors qu’il se rendait à Bamako, apparaît lui aussi parmi les détenus.
Surtout, son intervention fournit un élément permettant de dater précisément l’enregistrement. « Aujourd'hui, 9 septembre 2026 », déclare-t-il au début de la vidéo.
Cette mise en scène peut ainsi être comprise comme une démonstration de la capacité du JNIM à capturer et à conserver des militaires et d'autres représentants de l'État sur une longue période.
Elle constitue également un message adressé au régime de Bamako. En rendant publiques les images de ces prisonniers, le groupe dispose d’un moyen de pression supplémentaire sur les autorités maliennes et remet la question de leur sort au centre de l’attention.
Un message autour des prisonniers de guerre
Le contenu de l’intervention du président du Conseil régional de Ségou, l'une des régions les plus attaquées au Mali, renforce directement cette dimension.
Entouré des autres prisonniers, il affirme que certains détenus ont dépassé deux ou trois ans de captivité et que certains « vont vers 4 ans ». Il demande aux autorités maliennes de ne pas les oublier et fait explicitement référence aux précédents échanges de prisonniers.
« On a parlé d'échanges, il paraît qu'il y a eu des échanges mais jusqu'à présent nous on n'a pas figuré parmi ces échanges », déclare-t-il.
Cette séquence intervient donc dans un contexte où des échanges de prisonniers ont déjà été observés.
Le JNIM a récemment pris part à une série de libérations au cours de laquelle plusieurs soldats maliens, nigériens et burkinabè ont été libérés, tandis que quatre membres du groupe ont été récupérés dans le cadre de la même transaction impliquant le Front de Libération de l'Azawad.
La vidéo peut donc être interprétée comme une invitation indirecte à remettre sur la table la question des prisonniers détenus de part et d’autre.
Elle permettrait au JNIM de rappeler qu’il détient encore des militaires maliens ainsi que d'autres représentants de l'État et qu’il dispose, à ce titre, d’un levier dans d’éventuels arrangements futurs.
Le message de Siaka Dembélé est, sur ce point, particulièrement direct : « Nous demandons à nos autorités de faire de leurs possibilités pour que nous soyons libérés. »
Il ajoute que les prisonniers n’ont, selon lui, pas été oubliés par les autorités, tout en demandant qu’elles continuent à agir pour leur libération.
Une charge pour le groupe lui-même
La détention prolongée de prisonniers représente par ailleurs une contrainte matérielle. Nourrir, loger et surveiller des militaires et d'autres captifs pendant plusieurs mois ou plusieurs années nécessite des ressources et une organisation.
Dans cette perspective, la publication des vidéos pourrait également servir à faire savoir que le JNIM détient toujours ces hommes, tout en ouvrant la possibilité d’un arrangement permettant au groupe de se décharger de cette prise en charge.
Siaka Dembélé affirme d’ailleurs que, depuis leur arrivée, les prisonniers n’ont pas eu de problème et qu’ils n’en ont pas au moment de l’enregistrement. Cette déclaration contribue également à la construction du message porté par la vidéo sur les conditions de détention.
De nouvelles libérations, des échanges ou une autre forme d’accord pourraient ainsi constituer, parmi d’autres hypothèses, une issue à cette situation.
C'est dire qu'à travers le choix des hommes montrés, leurs tenues, leurs déclarations, la diversité des dates de capture et, surtout, la présence d'une personnalité civile comme Siaka Dembélé, le groupe semble avoir voulu faire plus que diffuser une simple vidéo de propagande.
Reste à savoir si le message sera entendu à Bamako et s'il pourra déboucher sur de nouveaux échanges ou arrangements. Au moment de la publication de ces lignes, les autorités maliennes n'avaient pas encore réagi à ces vidéos.
i-Sahel





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