Mali : quand l'armée nomme enfin ses « partenaires russes »
Depuis leur rapprochement avec Moscou, les autorités maliennes ont parlé d'« instructeurs » puis de « partenaires » pour désigner leurs alliés russes. Dans un communiqué daté du 6 octobre sur les opérations à Kidal, l'état-major cite pour la première fois, à notre connaissance, des « partenaires Russes » dans l'annonce d'opérations.

L'état-major général des armées maliennes a publié mardi 6 octobre, à Bamako, un communiqué annonçant que les Forces armées maliennes (FAMa) et « leurs partenaires Russes » ont « engagé des opérations aéroterrestres d'envergure dans la région de Kidal ». Ces opérations s'inscrivent, selon le texte, dans « la réadaptation du dispositif de l'opération Dougoukoloko ».
Ce que dit le communiqué
Le texte fixe trois objectifs : « traquer et neutraliser les groupes armés terroristes opérant dans toute la région », « détruire leurs sanctuaires et leurs réseaux d'approvisionnement » et « restaurer durablement la sécurité des populations et la libre circulation des personnes et des biens ».
L'état-major invite les populations de la région « au calme, à la vigilance » et à signaler « tout mouvement ou comportement suspect ». Il affirme que les FAMa et « leurs partenaires Russes restent déterminées à éradiquer le terrorisme sur l'ensemble du territoire », et précise que seuls les « communiqués officiels » font foi.
Des « instructeurs » aux « partenaires »
Depuis son rapprochement avec Moscou, après la dégradation de ses relations avec Paris à la suite de l'arrivée des militaires au pouvoir, Bamako a multiplié les formules pour évoquer ses alliés russes. Du temps de Wagner, les Russes étaient présentés comme des « instructeurs », une formule déjà relevée en 2022 par Arab News. Les autorités maliennes n'ont jamais reconnu officiellement la présence de Wagner, qui a pourtant communiqué à plusieurs reprises sur ses activités dans le pays.
Wagner a quitté le Mali en 2025, remplacé par Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense. Les autorités maliennes ont alors parlé de « partenaires », sans les désigner davantage dans la communication de l'armée.
Une expression déjà employée par des responsables
Cependant, l'expression « partenaires russes » n'est pas inédite dans la parole publique malienne. En mai, le ministre de l'Économie et des Finances, Alousseni Sanou, a déclaré à l'agence russe African Initiative, en marge de la commission intergouvernementale russo-malienne : « Nous savons que nous pouvons compter sur le soutien de nos partenaires russes, qui restent à nos côtés ». Mais il s'agissait d'une déclaration ministérielle, et non d'un communiqué de l'état-major annonçant des opérations.
C'est ce qui rend le texte du 6 octobre intéressant, c'est qu'à notre connaissance, c'est la première fois que l'état-major cite explicitement les Russes dans un communiqué annonçant des opérations.
Une communication russe devenue plus assumée
Ce changement intervient alors que la communication russe a évolué. Comme nous le rappelions dans notre analyse sur Africa Corps, la structure est passée d'une présence discrète à une communication assumée dans l'espace de l'Alliance des États du Sahel (AES). Après les attaques coordonnées du 25 avril, Africa Corps a revendiqué un « rôle central » dans l'échec de l'offensive au Mali, affirmant avoir empêché un « scénario syrien ».
Le 22 septembre dernier, jour de la célébration de la fête de l'indépendance du Mali, l'unité russe a par ailleurs publié des images de ses membres recevant des décorations de l'armée malienne.
Jusque-là, la présence russe était surtout montrée par des images de formation et de coopération. Côté malien, la communication de l'armée parlait seulement de « partenaires ».
Le communiqué intervient alors que plusieurs sources contactées par i-Sahel décrivaient la présence des FAMa et d'Africa Corps à Anéfis et un possible mouvement vers Kidal dans les prochaines heures. Kidal avait été reprise en novembre 2023 par l'armée, appuyée par Wagner, avant de passer sous le contrôle du Front de libération de l'Azawad (FLA) lors des attaques coordonnées du 25 avril 2026. Une source proche du FLA parlait d'un convoi « composé à 80 % de Russes ».
Que change ce mot ?
Aucune explication officielle n'a été donnée. Plusieurs lectures sont toutefois possibles.
La présence russe, visible dans une opération de cette ampleur, est déjà largement évoquée sur les réseaux sociaux et dans les communications du FLA et du JNIM. Nommer les Russes permet aussi à Bamako d'assumer publiquement l'appui de ses partenaires, dans un contexte de diversification de la coopération prônée par les autorités de la transition.
La nuance compte. Assumer la présence de Wagner, structure privée, semblait gênant pour les militaires au pouvoir, qui ne l'ont jamais reconnue officiellement. Avec Africa Corps, rattaché au ministère russe de la Défense, la question semble se poser moins nettement pour Bamako. Pour leurs adversaires, en revanche, la différence est mince. Le FLA et le JNIM ne font pas de distinction entre les deux structures, qu'ils accusent d'agissements similaires sur le terrain, dont des abus et des exactions contre des civils, des accusations que les autorités maliennes et russes contestent.
Ce changement de vocabulaire intervient aussi dans un contexte où la communication de l'Ukraine sur sa présence au Sahel s'est multipliée, comme i-Sahel l'a rapporté dans plusieurs textes : « Mali : la communication de Kiev agace-t-elle au sein du FLA ? », « FSG-A : enquête sur cette mystérieuse unité de drones suédoise qui affiche sa présence au Sahel » et « Sahel : quand Moscou et Kiev s'affrontent aussi sur le terrain de l'information ». Dans ce dernier, nous relevions que les images, déclarations et publications servent désormais à mettre en avant ses propres soutiens ou à contester la présence de l'adversaire.
i-Sahel






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