Mali : Washington envisagerait des frappes militaires contre le JNIM
Le quotidien américain rapporte que l'administration Trump étudie des options militaires visant le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) au Mali. Une telle décision ferait du pays le huitième théâtre où le président américain aura ordonné des frappes depuis le début de son second mandat.

Selon une enquête publiée par le Washington Post et signée John Hudson et Rachel Chason, l'administration du président Donald Trump examine actuellement une action militaire contre le JNIM, groupe affilié à Al-Qaïda actif au Mali et dans plusieurs pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. L'information s'appuie sur des propos de responsables américains, actuels et anciens, ayant requis l'anonymat en raison du caractère sensible des discussions.
Des divergences au sein de l'administration
Le journal rapporte des désaccords entre hauts responsables américains sur l'opportunité de frapper le groupe. Sebastian Gorka, directeur principal de la lutte contre le terrorisme au Conseil de sécurité nationale, plaiderait avec insistance en faveur du recours à la force, selon plusieurs sources internes citées par le Post. Ni Gorka, ni le gouvernement malien, ni le Pentagone n'ont répondu aux sollicitations du journal.
Un responsable de la Maison Blanche, interrogé, n'a pas confirmé d'intention de frappes mais a indiqué que Washington pousse les gouvernements d'Afrique du Nord et de l'Ouest à se tourner vers les équipements et services américains pour leurs efforts contre le terrorisme, qualifiant la menace au Sahel de « problème multinational ». Le même responsable a mis en cause l'inefficacité de la coopération sécuritaire russe avec le Mali plutôt que les autorités maliennes elles-mêmes.
Un bilan civil contesté
Le Washington Post cite Héni Nsaibia, analyste principal Afrique de l'Ouest au sein du projet ACLED, selon lequel l'armée malienne et ses partenaires russes auraient causé, l'an dernier, la mort d'un nombre de civils largement supérieur à celui attribué au JNIM et à l'EI Sahel réunis — 925 décès contre 232, toujours selon les chiffres d'ACLED rapportés par le journal. Nsaibia estime problématique qu'un partenaire occidental soutienne des régimes qu'il qualifie de fragiles et répressifs.
Le spectre d'une confrontation avec la Russie
L'article souligne qu'une intervention militaire américaine directe au Mali comporterait un risque de friction avec les forces russes présentes dans le pays, dans un scénario que le Post compare aux efforts de désescalade menés en Syrie. Le département d'État, sollicité sur la position du secrétaire d'État Marco Rubio, a répondu que Washington « condamne sans équivoque l'activité terroriste au Mali », sans se prononcer sur une éventuelle action militaire.
Un dialogue diplomatique déjà engagé avec Bamako
Cette perspective d'option militaire intervient alors que Bamako et Washington poursuivent, en parallèle, un dialogue politique régulier. Le 17 juillet 2026, le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a reçu une délégation américaine conduite par Frank Garcia, sous-secrétaire d'État adjoint aux Affaires africaines, selon un communiqué du Bureau de l'Information et de la Presse du ministère malien. Les échanges ont porté sur le renforcement de la coopération bilatérale, notamment économique et commerciale, ainsi que sur la situation sécuritaire et la lutte contre le terrorisme au Sahel, les deux parties rappelant à cette occasion le principe d'indivisibilité de la sécurité. Le ministère malien indique que Bamako et Washington se sont félicités de la régularité de leur dialogue politique et de leurs consultations de haut niveau.
Ce communiqué, qui ne fait pas mention d'options militaires américaines contre le JNIM, illustre le double registre dans lequel se déploie actuellement la relation entre les deux pays : un canal diplomatique officiel axé sur le partenariat économique, et des discussions internes à Washington, rapportées par le Washington Post, portant sur une possible intervention armée.
Un précédent au Nigeria
Les États-Unis sont déjà intervenus militairement dans la région contre des groupes armés terroristes, en particulier au Nigeria, où la coopération sécuritaire s'est nettement intensifiée l'année dernière. Cette coopération a notamment inclus des frappes aériennes américaines et une mission terrestre ayant permis d'éliminer l'un des principaux dirigeants de l'État islamique en Afrique.
i-sahel rappelle à ce titre l'opération ayant visé, en mai 2026, un complexe fortifié de l'ISWAP dans la zone de Metele, dans l'État de Borno : une frappe de l'Opération HADIN KAI avait alors permis, selon l'armée nigériane, d'éliminer Abu-Bilal al-Minuki, présenté comme le numéro deux mondial de l'organisation État islamique. Cet épisode est régulièrement cité par les autorités nigérianes comme la démonstration la plus aboutie, à ce jour dans la région, d'une coopération sécuritaire américano-africaine visant directement la chaîne de commandement d'un groupe jihadiste.
Renseignement et otage américain
Le Post rappelle que Washington a discrètement renforcé son partage de renseignement avec Bamako l'an dernier, dans le cadre d'un rapprochement entamé sous l'administration Trump, notamment utilisé lors de frappes de l'armée malienne. Le journal relie cet effort à la détention au Mali du missionnaire américain Kevin Rideout, enlevé par l'EI Sahel, et à la recherche de droits de survol américains dans le pays — un dossier dans lequel Gorka aurait également été impliqué, selon des responsables cités.
Une intervention militaire américaine viserait ainsi à s'ajouter à la liste des pays où Donald Trump a déjà ordonné des frappes depuis son retour au pouvoir : Yémen, Somalie, Syrie, Iran, Irak, Nigeria et Venezuela.
i-sahel






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