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Niger : le président Tiani accuse la France d'avoir soutenu les attaques du 25 avril au Mali

26 juil.
4 min de lecture


À la veille du troisième anniversaire de son arrivée au pouvoir par un coup d'État contre Mohamed Bazoum, le président nigérien Abdourahamane Tiani, chef de la transition, a accordé, samedi 25 juillet, un entretien à la télévision publique Télé Sahel, dans lequel il a formulé de graves accusations contre la France et plusieurs pays voisins du Mali.


Les accusations de Tiani contre la France et la Côte d'Ivoire


Revenant sur les attaques du 25 avril au Mali, Abdourahamane Tiani a affirmé que l'offensive avait été menée « avec la complicité de pays africains voisins du Mali ». Selon lui, les assaillants auraient progressé selon trois axes : un premier parti du nord du Bénin, traversant le Gourma malien et le Burkina Faso pour converger vers Gao ou Sévaré ; un deuxième issu de Côte d'Ivoire ; un troisième venu de Mauritanie.


Il a affirmé que des instructeurs ukrainiens formaient des combattants dans une zone forestière ivoirienne, après être arrivés dans le pays munis de visas obtenus dans un État voisin de l'Ukraine qu'il n'a pas nommé. Il a évoqué un centre d'instruction situé, selon lui, près de Bingerville, dans la banlieue d'Abidjan — une zone où se trouvent effectivement plusieurs casernes, dont l'ancien camp d'Akouédo. Ces éléments n'ont pu être vérifiés de façon indépendante.


Le président nigérien a par ailleurs affirmé que des services de renseignement français seraient actifs dans les pays cités, évoquant notamment le camp du 43e Bataillon d'infanterie de marine (BIMA), base française rétrocédée à l'armée ivoirienne en février 2025 et rebaptisée camp militaire général de corps d'armée Ouattara Paul Thomas d'Aquin. Il a affirmé, sans fournir de preuve publique, que des formations à l'utilisation de drones y auraient encore été dispensées fin mars 2026.


« La France n'a pas d'amis, elle a des intérêts »


S'en prenant directement au président français Emmanuel Macron, qu'il a qualifié de « fou », Abdourahamane Tiani a repris la formule attribuée au général de Gaulle selon laquelle la France « n'a pas d'amis, elle a des intérêts ». Il a également affirmé disposer de preuves — réunions, budgets — impliquant les autorités ivoiriennes, sans les présenter publiquement, indiquant vouloir les confronter « au moment opportun ». Il a enfin dénoncé un soutien, selon lui conscient, de l'Union européenne à la politique française dans la région, avant d'appeler les populations nigériennes et, plus largement, celles de la Confédération des États du Sahel à ne pas se laisser « manipuler » dans un conflit qu'il a qualifié de « longue haleine ».


Aucune réaction officielle n'a pour l'heure été rapportée du côté français ou ivoirien.


Le 25 avril 2026, une série d'attaques coordonnées a visé plusieurs villes maliennes — à Kati, où se situe le camp Soundiata Keïta, la plus importante base militaire du pays, l'attaque a débuté à l'aube par un attentat kamikaze au véhicule piégé qui a détruit la maison et tué le ministre de la Défense, le colonel Sadio Camara ; vers 6 heures, des assaillants vêtus d'uniformes maliens sont entrés en ville avec des motos et quelques pick-up, tandis que le chef de la transition, Assimi Goïta, a été exfiltré. Des combats ont également eu lieu à Bamako, Mopti, Sévaré, Gao, Bourem et Kidal.


Environ 400 combattants russes ont été évacués sous escorte du FLA vers Tessalit, tandis que les soldats maliens restés sur place ont été faits prisonniers ; Kidal est ainsi passée entièrement sous le contrôle du FLA et du JNIM. Ces attaques, revendiquées conjointement par le JNIM et le FLA, ont été qualifiées de « violence inédite depuis 2012 » et ont révélé une alliance désormais assumée entre le groupe jihadiste et les rebelles indépendantistes touareg.


Réaction des autorités maliennes


Trois jours après les attaques, le chef de la transition Assimi Goïta s'est adressé à la Nation, saluant la réaction des forces armées et rendant hommage aux victimes, dont le ministre de la Défense Sadio Camara. La réaction rapide et coordonnée des Forces armées et de sécurité a permis de contenir l'offensive, infligeant de lourdes pertes aux assaillants, finalement contraints à la retraite.


Le 29 avril, Assimi Goïta a présidé un Conseil supérieur de la Défense nationale au cours duquel seize orientations stratégiques ont été définies pour consolider le dispositif national de défense et de sécurité.


Solidarité et frappes de l'AES


Au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, le président burkinabè Ibrahim Traoré, en tant que président en exercice, a exprimé la pleine, inconditionnelle et fraternelle solidarité de l'Alliance avec le peuple malien, le gouvernement et les forces armées maliennes, soulignant que les attaques avaient été coordonnées à l'avance et suggéraient un soutien extérieur. Le ministre burkinabè de la Défense, Célestin Simporé, a promis, au nom de l'AES, de « traquer » les responsables. Les gouvernements nigérien et burkinabè ont indiqué que la force unifiée de l'AES avait mené d'intenses campagnes aériennes dans les heures suivant les attaques du 25 avril à Gao, Ménaka et Kidal. Des sources proches de l'Alliance ont par ailleurs fait état de frappes aériennes du Burkina Faso et du Niger dans les zones de Gao et Sévaré dans les jours suivants, même si l'ampleur réelle de cet appui militaire concret a été diversement évaluée par la presse régionale.


Bamako met à prix plusieurs chefs jihadistes et rebelles


Début juin, le gouvernement malien de transition a annoncé une série de récompenses financières pour toute information permettant l'arrestation ou la neutralisation de responsables du JNIM et du FLA. La prime la plus élevée, 2 milliards de francs CFA, vise Iyad Ag Ghali, chef du JNIM ; deux récompenses de 1,5 milliard chacune concernent Amadou Kouffa, numéro deux du groupe, et Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo ; une prime d'un milliard vise Alghabass Ag Intalla, l'un des principaux négociateurs du FLA ; d'autres responsables recherchés, dont Bilal Ag Achérif, Sedane Ag Hita et Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi, font chacun l'objet d'une récompense de 500 millions de francs CFA. Cette mesure faisait suite à l'inscription du FLA et de deux personnalités civiles sur la liste nationale des sanctions financières ciblées, pour des liens présumés avec les groupes armés.


I-sahel

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