Niger-Libye : pourquoi Haftar retient de nouveau Mohamed Salah

Le chef du Front patriotique de libération (FPL) nigérien, Mahmoud Salah, opposé au régime du général Abdourahamane Tiani, auteur du coup d'Etat du 26 juillet 2023 contre Mohamed Bâ zoum, serait de nouveau cantonné sous surveillance des forces de Khalifa Haftar dans le sud-ouest de la Libye, avec plusieurs centaines de ses hommes, selon Africa Intelligence. Cette situation intervient alors que Niamey cherche à renforcer ses contacts avec les différents pôles de pouvoir libyens et qu’un possible dégel avec Benghazi serait en cours, avec l’implication supposée d’Alger.
Salah de nouveau cantonné
Selon Africa Intelligence, Mahmoud Salah -qui dit se battre pour le retour de l'ordre constitutionnel au Niger et dont le groupe a revendiqué plusieurs attaques contre les forces nigériennes ainsi que le sabotage de l’oléoduc Niger-Bénin-, et une partie de ses hommes sont actuellement retenus dans une base militaire du sud-ouest libyen et empêchés d’en sortir. Environ 400 combattants seraient concernés. Leur surveillance aurait été confiée à la 87e brigade d’intervention rapide, déjà impliquée dans l’arrestation de Salah en février 2025.
Salah avait été libéré en juin 2026 après environ seize mois de détention. Le FPL avait alors remercié Saddam Haftar pour son rôle dans sa libération.
La nouvelle mise sous surveillance de Salah intervient alors que les relations entre Niamey et le camp de Haftar ont connu plusieurs tensions.
Selon des informations recueillies ces dernières heures, des contacts auraient eu lieu entre des représentants de Niamey et des autorités de l’Est libyen afin de favoriser un dégel. L’Algérie aurait joué un rôle dans ces échanges.
Selon les mêmes informations, la question du FPL et de la présence de ses combattants dans le Sud libyen aurait figuré parmi les préoccupations abordées et la mise sous surveillance de Salah serait intervenue dans le sillage de ces contacts.
Niamey s’était rapproché de Tripoli
Cette évolution intervient après un rapprochement entre Niamey et le camp de Tripoli.
Le 2 septembre, le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine avait reçu à Niamey une délégation libyenne conduite par Salem Al-Zadma, vice-président du Conseil des ministres du Gouvernement d’unité nationale. La délégation avait exprimé son soutien au Niger et évoqué plusieurs dossiers d’intérêt commun.
La visite d’un responsable de Tripoli à Niamey était intervenue alors que les relations avec le camp de Haftar s’étaient tendues. Africa Intelligence avait ensuite fait état d’un rapprochement entre Tripoli et Niamey visant notamment à contrer le clan Haftar.
Dans ce sillage, le 26 septembre, Ali Mahamane Lamine Zeine a affirmé que des forces hostiles au Niger se trouvaient à ses frontières nord-est et se préparaient à attaquer des positions militaires et des installations pétrolières. Il a accusé la France d’être derrière ces forces, avec l’appui de l’Ukraine et de deux autres pays.
Zeine n’a pas cité Mahmoud Salah ni le FPL parmi les groupes qu’il évoquait. Mais ses déclarations replacent la présence de groupes armés dans le Sud libyen au cœur des préoccupations sécuritaires de Niamey.
La Libye au cœur de plusieurs libérations
Le dossier Salah intervient également après plusieurs affaires de libérations liées au Sahel dans lesquelles des acteurs libyens, notamment du camp de l’Est, sont apparus.
Le 14 août, l’Américain Kevin Rideout, enlevé à Niamey en octobre 2025, avait été libéré après environ dix mois de captivité. Des informations recueillies par i-Sahel avaient notamment fait apparaître un passage par le Sud libyen et Benghazi.
Deux anciens membres de Wagner capturés par le FLA à Tinzaouatène avaient également été libérés quelques jours plus tard, avec un passage par la Libye selon les informations recueillies par i-Sahel.
Une autre affaire concerne l’Autrichienne Eva Gretzmacher et la Suissesse Claudia Abbt, enlevées à Agadez en 2025 et détenues par l’État islamique au Sahel. Des acteurs liés à Benghazi et à Saddam Haftar étaient également apparus dans les informations recueillies par i-Sahel autour de leur libération. Depuis cette libération, leur dossier n’a toutefois pas connu d’évolution publique connue.
Ces différentes affaires ont placé à plusieurs reprises la Libye au cœur de dossiers de détenus et d’otages liés au Sahel.
Le cas de Mahmoud Salah ajoute désormais un nouvel épisode aux relations entre Niamey, Tripoli et Benghazi.
Il reste à établir si sa mise sous surveillance relève uniquement d’une décision du camp Haftar ou si elle constitue l’un des éléments d’un éventuel rapprochement entre Niamey et Benghazi, avec l’Algérie comme possible intermédiaire.
i-Sahel





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