Niger-Russie : après la sécurité, Tiani et Moscou activent le dossier énergie et uranium
À la veille du Sommet Russie-Afrique de Moscou, le président Tiani a reçu le ministre russe de l'Énergie Sergueï Tsivilev, au lendemain d'une réunion sur les projets miniers avec les filiales de Rosatom Uranium One et TENEX.

Le président nigérien, Abdourahamane Tiani a reçu vendredi au Palais de la Présidence une délégation russe conduite par le ministre de l'Énergie Sergueï Tsivilev, à l'issue de la première Commission mixte intergouvernementale Niger-Russie tenue à Niamey.
Selon le CNSP, les travaux ont porté sur le transport, l'agriculture, l'énergie, la santé et la formation. Le président Tiani a instruit les deux parties d'accélérer la mise en œuvre des projets avant le Sommet Russie-Afrique prévu fin octobre à Moscou.
L'audience s'est tenue en présence du ministre des Mines Abarchi Ousmane, co-président nigérien de la Commission, du ministre-directeur de cabinet Soumana Boubacar, du ministre de l'Enseignement Farmo Moumouni, assurant l'intérim des Affaires étrangères, et du ministre de l'Énergie Seyni Alzouma.
La veille, le 1er octobre, M. Abarchi avait réuni les représentants des sociétés russes Uranium One et TENEX, filiales du groupe Rosatom, pour faire le point sur les projets miniers engagés depuis un accord de décembre 2025 entre la société nigérienne TNUC et Uranium One.
Le Niger avait par ailleurs annoncé, en septembre 2025 à Moscou, son intention de construire deux réacteurs nucléaires totalisant 2 000 mégawatts avec l'appui de Rosatom.
Une relance qui intervient après une crise ouverte sur l'uranium français
Ce rapprochement avec Rosatom s'inscrit dans le prolongement d'une crise plus ancienne autour de l'uranium nigérien, opposant Niamey au groupe français Orano. Le gouvernement nigérien a pris le contrôle opérationnel de la mine d'Arlit, exploitée par la Somaïr, filiale d'Orano détenue à 63,4 % par le groupe français, en décembre 2024, avant de nationaliser formellement la société en juin 2025.
Fin novembre 2025, un convoi d'au moins 1 000 tonnes de concentré d'uranium (yellowcake), évalué à environ 300 millions d'euros par Orano, avait quitté la mine pour se retrouver bloqué sur le tarmac de l'aéroport Diori-Hamani, à proximité de la base aérienne 101. Son transfert par voie terrestre vers le port de Lomé, prévu en vue d'une vente à une société russe, selon plusieurs sources, avait été suspendu sous la pression diplomatique française.
C'est dans ce contexte que l'aéroport de Niamey, où se trouvait toujours entreposée cette cargaison, a été la cible d'une attaque armée dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, repoussée avec l'appui d'Africa Corps. Orano affirme par ailleurs avoir obtenu, en septembre 2025, une décision du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) interdisant au Niger de vendre ou transférer ce stock, tandis que Niamey a de son côté engagé une procédure judiciaire contre le groupe français pour « désastre écologique ».
C'est dans ce contexte de blocage juridique et logistique autour du stock Orano que le partenariat noué avec Rosatom dès septembre 2025 prend tout son sens pour Niamey : en misant sur Uranium One et TENEX pour développer de nouveaux gisements et un programme nucléaire civil, le Niger cherche à se construire une filière uranium alternative, indépendante du contentieux qui l'oppose à Orano.
Une relation née dans l'urgence sécuritaire post-coup d'État
Le rapprochement russo-nigérien plus large remonte au coup d'État de juillet 2023. Dès décembre 2023, le vice-ministre russe de la Défense Younous-Bek Evkourov s'était rendu à Niamey pour y signer des documents destinés à renforcer la coopération militaire. C'est dans la foulée de cette visite que la structure Africa Corps créée pour remplacer Wagner en Afrique après la tentatice des dirigeants de cette société privée de marcher sur Moscou, a commencé à se déployer au Niger. Cette présence militaire russe s'est révélée décisive à plusieurs reprises, notamment lors de la mutinerie du 28-29 août 2026 à Niamey, où Africa Corps est intervenue pour permettre aux forces fidèles à Tiani, notamment la garde présidentielle, de reprendre le contrôle de la base aérienne 101.
i-Sahel





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