top of page

Nigeria : un ressortissant marocain lié à l'ISWAP arrêté après l'attaque déjouée de Cross Kauwa

15 juil.
4 min de lecture

L'arrestation d'un ressortissant marocain soupçonné de liens avec l'ISWAP vient confirmer les inquiétudes exprimées par l'ONU sur l'encadrement étranger du groupe jihadiste, dans un contexte de montée en puissance de ses capacités dans le bassin du lac Tchad.


Un ressortissant marocain soupçonné de liens avec l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) a été arrêté dans les jours qui ont suivi l'attaque déjouée du 11 au 12 juillet à Cross Kauwa, dans la zone de gouvernement local de Kukawa (État de Borno), dans le nord-est. Cette interpellation vient compléter un tableau que l'armée nigériane avait déjà commencé à esquisser au lendemain des combats : celui d'une infiltration échouée, mais révélatrice d'un encadrement étranger du groupe jihadiste.


Selon des sources militaires citées par le média nigérian The Radar News, des opérations menées dans la zone de gouvernement local d'Abadam, dans les îles du lac Tchad, ont permis d'interpeller un individu arabe en fuite, soupçonné d'être ce ressortissant marocain lié à l'État islamique. Le suspect aurait été identifié grâce à une exploitation médico-légale menée avec des partenaires internationaux, à partir d'un caméscope récupéré sur le champ de bataille lors de l'attaque de Cross Kauwa — un appareil qui aurait appartenu à un cameraman du groupe, neutralisé lors des combats, et dont les images auraient permis de remonter jusqu'à lui.



Cette piste recoupe celle évoquée quelques jours plus tôt par l'armée nigériane elle-même. Dans un communiqué signé du capitaine Mohammed Goni, officier intérimaire de l'information militaire de l'Opération Hadin Kai, l'armée avait fait état de l'attaque survenue vers 22h20 le 11 juillet, avant que les assaillants ne soient repoussés et ne se replient après avoir subi, selon l'armée, de lourdes pertes.


La neutralisation d'un cameraman de l'ISWAP avait alors permis la récupération du fameux caméscope, dont l'analyse préliminaire indiquait que l'opération avait été coordonnée par quatre commandants de haut rang de l'ISWAP et trois facilitateurs étrangers — parmi lesquels un ressortissant marocain surnommé Abu Thaiba, décrit comme médecin au sein du réseau. Une description qui recoupe celle du suspect désormais arrêté, sans que les deux sources n'établissent formellement ce lien.


Ce que dit le dernier rapport de l'ONU sur l'ISWAP


Cette arrestation intervient alors que le 37ᵉ rapport de l'Équipe d'appui analytique et de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies, publié en février 2026, dressait le portrait d'un ISWAP en pleine montée en puissance dans le bassin du lac Tchad.


Selon ce document auquel i-sahel.net a eu accès, le groupe avait profité de l'affaiblissement d'autres branches de l'État islamique au Moyen-Orient et en Somalie pour gagner en influence, tout en connaissant d'importants changements dans sa chaîne de commandement : Abu Bakr ibn Muhammad ibn Ali al-Mainuki, chef du bureau régional Al-Fourqan pour l'Afrique de l'Ouest, aurait intégré le noyau dirigeant mondial du groupe, tandis que Ba'a Shuwa (alias Abu Musa al-Mangawi) serait désormais à la tête de l'ISWAP — les États membres restant divisés sur le sort d'Abu Musab al-Barnawi, certains le disant mort depuis 2023, d'autres affirmant qu'il continuerait de superviser les opérations médiatiques du groupe.


Trois mois après la publication de ce rapport, en mai 2026, le Nigeria et les États-Unis ont annoncé avoir éliminé al-Mainuki le présentant comme le numero deux de l'EI— sans que le groupe n'ait, à ce jour, confirmé cette annonce. Cette absence de confirmation illustre la difficulté récurrente à établir avec certitude le sort réel des cadres de ces groupes, un enjeu déjà souligné par le rapport onusien lui-même à propos d'Abu Musab al-Barnawi, dont la mort annoncée en 2023 reste contestée par certains États membres.


Le rapport onusien faisait par ailleurs état d'une intensification notable de l'activité de l'ISWAP dans l'État de Borno et au-delà : plus de 500 attaques recensées entre janvier et octobre 2025, et sept attaques par drone sur cette période contre une seule en 2024 — un indicateur, selon les experts de l'ONU, d'une capacité opérationnelle en nette hausse. Pour consolider son emprise dans le nord-est du Nigeria, le groupe aurait renforcé en août ses bases de Gargash et de Sambisa, chacune recevant une centaine de combattants supplémentaires formés dans des camps dédiés, avant que sa Choura n'élève, en septembre, la base de Sambisa au rang de wilaya, dirigée par un wali.


Le rapport documente également l'effort de l'ISWAP pour étoffer son arsenal de drones, en s'approvisionnant en pièces détachées par des circuits commerciaux ouverts avant de les réassembler — une méthode qui aurait renforcé sa capacité à mener des attaques coordonnées et simultanées, à l'image de celle déjouée à Cross Kauwa. Les États membres cités par l'ONU évoquaient même, fin septembre 2025, l'attente par le groupe d'une livraison de 25 drones en provenance d'acteurs basés au Soudan, destinés à des missions de reconnaissance et d'offensive.


Le rapport relève par ailleurs que les principaux itinéraires de trafic d'armes alimentant l'ISWAP passent par les couloirs Tchad-Cameroun-Nigeria et Niger-Nigeria vers le bassin du lac Tchad, ainsi que par des routes logistiques empruntant les couloirs de migration du bétail — des dynamiques régionales qui éclairent le contexte dans lequel s'inscrit l'arrestation du ressortissant marocain à Abadam.


Sur le plan des réseaux de soutien extérieur, enfin, le rapport mentionne le démantèlement, en août 2025 par les autorités irakiennes, d'un réseau transnational facilitant le financement et le déplacement de combattants de l'État islamique vers l'Afrique de l'Ouest, avec des arrestations en Côte d'Ivoire, à Madagascar et au Togo — autant d'éléments qui confortent la thèse, avancée par l'armée nigériane après l'attaque de Cross Kauwa, d'un ISWAP structurellement dépendant de facilitateurs et de filières venus de l'étranger.


Selon The Radar News, le suspect arrêté à Abadam a été immédiatement évacué par hélicoptère vers un lieu sécurisé pour y être interrogé. Cette arrestation est présentée par les sources militaires comme une avancée significative dans les efforts visant à démanteler le réseau de soutien étranger de l'ISWAP.


i-sahel


Vous avez une remarque, une information ou une observation sur cet article ou sur le site I-Sahel ? Écrivez-nous à isahel.net@gmail.com



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

🌐 Read this article in English: on computer, right-click the page and choose "Translate to English".

On Android (Chrome), tap ⋮ → Translate. On iPhone (Safari), tap "aA" → "Translate".

  • Instagram
  • Facebook
  • Nous suivre sur Twitter
  • LinkedIn
  • YouTube
  • TikTok
bottom of page