Ouagadougou demande à l’ONU de « dire ce qui est juste et vrai »
La rencontre de jeudi entre le chef de la diplomatie burkinabè Karamoko Jean Marie Traoré et l’envoyée spéciale du secrétaire général de l’ONU, Sahle-Work Zewde, intervient à un moment charnière pour la coopération entre Ouagadougou et les Nations unies. Alors qu’un nouveau coordonnateur résident vient de prendre ses fonctions, le Burkina Faso demande à l’organisation de mieux comprendre ses réalités, de respecter ses choix souverains et surtout de « dire ce qui est juste et vrai ».

Le ton était cordial, mais le message ferme. Reçu jeudi 20 août par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, l’envoyée spéciale du secrétaire général des Nations unies, Sahle-Work Zewde, est venue à Ouagadougou dans le cadre d’une mission d’évaluation du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).
Cette rencontre intervient alors que le Système des Nations unies vient d’accueillir un nouveau Coordonnateur résident et Coordonnateur humanitaire au Burkina Faso, le diplomate camerounais Njoya Tikum. Arrivé du Sénégal, où il a dirigé pendant plus de six ans le bureau régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, celui-ci entame son mandat dans un contexte particulièrement sensible.
Ouagadougou veut « un véritable instrument de proximité »
Sahle-Work Zewde, ancienne cheffe d’État éthiopienne, a expliqué que sa mission vise notamment à recueillir les appréciations des autorités burkinabè sur les interventions des agences onusiennes et à déterminer comment le mandat de l’UNOWAS peut mieux correspondre aux réalités de la sous-région.
« Il s’agit de voir comment les objectifs et le mandat de ce bureau sont en adéquation avec ce qui se passe dans la sous-région », a-t-elle indiqué.
Pour Karamoko Jean Marie Traoré, cette démarche constitue une opportunité de revoir en profondeur le rapport entre les Nations unies et les États sahéliens.
Le ministre a appelé l’UNOWAS à devenir « un véritable instrument de proximité et de diplomatie préventive », capable de faire remonter au siège de l’ONU des informations provenant directement du terrain.
Il a surtout dénoncé les conséquences de ce qu’il considère comme une mauvaise lecture des réalités africaines.
« Nos organisations, se fondant sur des principes, font des mauvais diagnostics et se nourrissent de faux rapports et cela ne peut qu’aboutir à des mauvaises solutions et à des échecs », a-t-il déclaré.
« Dites au moins ce qui est juste et vrai »
Le cœur du message burkinabè porte sur la manière dont les évolutions du pays et de l’AES sont présentées par ses partenaires internationaux.
Karamoko Jean Marie Traoré estime que les avancées enregistrées dans une dynamique qu’il qualifie d’endogène sont insuffisamment reconnues.
« On peut ne pas nous féliciter, mais dites au moins ce qui est juste et vrai dans nos pays », a-t-il lancé.
Pour le ministre, la question dépasse le seul cas du Burkina Faso : la crédibilité des organisations internationales dépend également de leur capacité à produire des analyses fondées sur les réalités locales, plutôt que sur des rapports jugés incomplets ou biaisés.
Un nouveau coordonnateur dans un contexte tendu
La déclaration intervient quelques jours après l’entrée en fonction de Njoya Tikum, appelé à assurer la coordination du Système des Nations unies au Burkina Faso.
Son mandat succède à deux expériences particulièrement difficiles pour les représentants résidents de l’ONU.
En décembre 2022, Barbara Manzi avait été déclarée persona non grata par Ouagadougou. En août 2025, sa successeure, Carol Flore-Smereczniak, avait connu le même sort après la publication d’un rapport vivement contesté par le gouvernement burkinabè.
Depuis, la relation avec plusieurs partenaires occidentaux s’est également fortement dégradée. Le Burkina Faso a déclaré persona non grata deux agents de la délégation de l’Union européenne le 14 juillet 2026 et annoncé, le 26 juin, la rupture de ses relations diplomatiques avec la France.
Dans ce contexte, Njoya Tikum a choisi de placer son mandat sous le signe de « l’humilité et du respect mutuel », affirmant vouloir capitaliser sur les acquis en tenant compte des orientations et priorités nationales.
L’enjeu : éviter un nouveau cycle de tensions
La rencontre de jeudi apparaît ainsi comme un signal important. Ouagadougou ne remet pas en cause la coopération avec les Nations unies. Le gouvernement burkinabè entend toutefois que celle-ci repose désormais sur une meilleure connaissance du terrain et sur l’égalité entre États.
Le Système des Nations unies conserve par ailleurs un poids important dans le pays. En 2025, il a mobilisé environ 299,8 millions de dollars, soit plus de 170 milliards de FCFA, pour ses opérations au Burkina Faso, couvrant près de 80 % des besoins exprimés.
Pour le nouveau représentant résident comme pour l’UNOWAS, l’enjeu sera donc de transformer les déclarations de jeudi en nouvelle méthode de travail.
À Ouagadougou, le message est désormais explicite : le Burkina Faso n’attend pas nécessairement des félicitations de ses partenaires. Il leur demande d’abord de « dire ce qui est juste et vrai » sur ce qui se passe dans le pays.
i-sahel






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