Bénin : 20 attaques revendiquées par le JNIM en dix-huit mois, ce que disent les chiffres
- Infos du Sahel

- il y a 20 heures
- 4 min de lecture
Depuis janvier 2025, le nord du Bénin est la cible régulière d'attaques revendiquées par la Jama'at Nusrat al-Islam wal Muslimeen (JNIM), branche sahélienne d'Al-Qaïda au Maghreb islamique. Vingt incidents distincts ont été recensés en dix-huit mois, avec un bilan cumulé revendiqué de plus de 150 militaires béninois tués. Fait notable : pour deux des attaques les plus meurtrières, il est désormais possible de confronter ces revendications aux bilans officiellement reconnus par les autorités béninoises, un exercice de recoupement rarement permis par ce type de source, et qui éclaire d'un jour nouveau la fiabilité de ces chiffres.
Une pression continue sur l'Alibori et l'Atacora
La quasi-totalité des incidents recensés se concentre dans deux départements frontaliers : l'Alibori, au nord-est, où les communes de Kandi, Kérémou et Malanville ont été visées à plusieurs reprises (casernes d'Oda, de Groungui, de Kofoun, points militaires d'Ouda et Koudo, de Madékali, de Koulo), et l'Atacora, au nord-ouest, avec des attaques répétées autour de Tanguiéta, Porga, "Aspaco" et l'arrondissement de Kouarfa, rattaché à la commune de Toucountouna. Le département du Borgou, à la frontière nigériane, apparaît comme un front plus récent et plus ponctuel, avec les incidents de Ouali, Basso et Kolodou.
Le mode opératoire dominant reste l'assaut direct contre des positions fixes, casernes et points militaires, souvent accompagné de la saisie revendiquée d'armes collectives (PKM, DShK, RPG, mortiers) et, pour les incidents les plus récents, de drones. Deux incidents se distinguent par un retrait des forces béninoises avant tout affrontement direct, à Mékrou et à Madécali, permettant selon les communiqués la récupération de matériel abandonné. Les attaques par engin explosif improvisé contre des véhicules, y compris blindés, complètent ce tableau, notamment près de Tanguiéta et dans le Borgou.
L'incident le plus lourd : 70 morts revendiqués à Kandi
Le raid le plus meurtrier de la période cible, le 17 avril 2025, deux points militaires des localités d'Ouda et Koudo, dans la commune de Kandi : le JNIM y revendique 70 morts et un volume de matériel saisi très supérieur à celui des autres incidents, un ordre de grandeur qui, à lui seul, invite à la prudence. Un autre épisode marquant, le 10 janvier 2025 à Oda (commune de Kérémou), fait état de plus de 30 morts.
Ce que révèle la comparaison avec les bilans officiels des FAB
C'est précisément sur ces deux incidents que la comparaison avec la communication officielle des Forces armées béninoises (FAB) devient éclairante. Le 8 janvier 2025, une attaque contre une position de l'opération Mirador au Point Triple, zone frontalière entre le Bénin, le Niger et le Burkina Faso, avait fait l'objet d'une reconnaissance officielle de 28 morts. Deux jours plus tard, le JNIM revendiquait l'assaut d'Oda, dans la commune voisine de Kérémou, avec un bilan de plus de 30 tués, un écart réduit, de l'ordre de 7 %.
De même, le gouvernement avait annoncé, le 23 avril 2025, la mort de 54 soldats lors d'attaques survenues le 17 avril, le bilan le plus lourd officiellement reconnu depuis le début de la menace terroriste dans le pays. Deux jours plus tard, le JNIM revendiquait son raid de Kandi avec un bilan de 70 morts, soit un écart d'environ 30 %, plus marqué que pour le premier cas mais nettement inférieur à ce qu'on observe pour d'autres incidents du corpus dépourvus de toute confirmation officielle.
Ces rapprochements, s'ils ne constituent pas une preuve formelle qu'il s'agit des mêmes événements, renforcent l'hypothèse d'une correspondance et suggèrent que, sur ces deux occasions au moins, la propagande du groupe, bien que supérieure aux chiffres officiels, ne s'écarte pas dans des proportions extrêmes.
Une communication officielle qui a évolué
Cette évolution du discours officiel n'est pas anodine. Depuis l'apparition des premières attaques en 2021, les autorités béninoises avaient privilégié une communication centrée sur le renforcement du dispositif Mirador plutôt que sur le détail des pertes subies. Le changement amorcé en 2025, avec la reconnaissance des bilans du Point Triple puis du 17 avril, marque une rupture par rapport à cette réserve historique, une évolution confirmée en 2026 par le chef d'état-major général des FAB, qui a qualifié 2025 d'année « particulièrement éprouvante ».
Le Bénin, théâtre parmi d'autres pour le JNIM
Un incident a également été recensé au Togo voisin, dans la région des Savanes, en juillet 2025, confirmant que la pression du groupe déborde du seul territoire béninois. Mais rapportée au bilan régional revendiqué par le JNIM pour l'ensemble de sa zone d'opération, plus de 4 259 tués sur l'année écoulée, au Sahel central comme dans les pays côtiers, l'activité recensée au Bénin ne représente qu'une fraction marginale, ce qui confirme la place encore secondaire, en volume, de ce front par rapport au cœur historique du groupe au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Une lecture qui reste à prendre avec prudence
L'ensemble de ces chiffres, à l'exception des bilans officiels des FAB cités en comparaison, provient exclusivement des communiqués du groupe armé et n'a fait l'objet d'aucune confirmation indépendante. Le recoupement partiel observé ici avec les bilans officiels, aussi instructif soit-il, ne dispense pas de la prudence méthodologique qui s'impose face à toute communication émanant d'une partie au conflit.
Rapport complet disponible sur demande auprès de i-sahel.net (isahel.net@gmail.com).




Commentaires