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Mali-Algérie : un dégel facilité par les autres capitales de l'AES ?

Bamako et Alger ont annoncé, le 10 juillet 2026, le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture de leurs espaces aériens, mettant fin à quinze mois de rupture ouverte par la destruction d'un drone malien. Ce dénouement intervient alors que le Niger et le Burkina Faso, partenaires du Mali au sein de l'AES, n'ont eux jamais cessé d'approfondir leurs relations avec Alger — une position qui a pu en faire des interlocuteurs discrets dans la résolution de la crise.



Le 10 juillet 2026, Bamako et Alger ont mis fin à quinze mois de rupture diplomatique en annonçant, chacune de leur côté, le retour de leurs ambassadeurs respectifs et la réouverture de leurs espaces aériens. Un dénouement qui intervient au terme d'une crise particulièrement âpre, et qui interroge sur le rôle qu'ont pu jouer, en coulisses, le Niger et le Burkina Faso, partenaires du Mali au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES) mais restés, eux, en relations étroites avec Alger tout au long de la période.


Retour sur une crise ouverte par un drone abattu


La rupture trouve son origine dans la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d'un drone de reconnaissance malien immatriculé TZ-98D, à Tinzaouaten, dans la région de Kidal. Selon le communiqué n°073 du Gouvernement de la Transition, l'épave a été localisée à 9,5 km au sud de la frontière, sur le territoire malien, alors que le ministère algérien de la Défense revendiquait la destruction d'un appareil ayant, selon lui, violé l'espace aérien algérien sur deux kilomètres. Bamako a dénoncé un acte d'agression et, face à l'absence de réponse jugée satisfaisante des autorités algériennes, a fini par saisir la Cour internationale de Justice le 4 septembre 2025, d'après le communiqué n°079.


Cette crise s'inscrivait elle-même dans un climat déjà dégradé depuis la dénonciation, le 25 janvier 2024, de l'Accord d'Alger pour la paix et la réconciliation de 2015, dont l'Algérie était chef de file de la médiation. Le ton était encore monté d'un cran début 2025, avec un échange de communiqués acerbes entre les deux ministères des Affaires étrangères, puis lors de l'Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, où l'ambassadeur malien Issa Konfourou avait exercé un droit de réponse aux propos du chef de la diplomatie algérienne. Dans la foulée de l'incident du drone, le Collège des chefs d'État de l'AES avait par ailleurs décidé, le 6 avril 2025, de rappeler pour consultations l'ensemble des ambassadeurs des trois pays membres accrédités à Alger — une décision qui engageait donc également Niamey et Ouagadougou.


Niger et Burkina Faso : des relations avec Alger maintenues envers et contre la crise malienne



C'est là un élément notable de la période : alors que les relations entre Bamako et Alger se dégradaient jusqu'à la rupture, le Niger a, de son côté, continué et même intensifié ses échanges avec l'Algérie. Une visite officielle du président Abdourahamane Tiani à Alger les 15 et 16 février 2026 a ouvert un cycle particulièrement dense de rencontres bilatérales : réunion d'experts de la commission mixte à Niamey le 22 mars, tenue de la deuxième session de la Grande Commission mixte les 23 et 24 mars, signature de plusieurs accords de coopération, pose de la première pierre puis inauguration, le 3 juin, d'une centrale électrique de 40 mégawatts financée dans ce cadre, en présence du Premier ministre algérien Sifi Ghrieb. Le Niger a également témoigné sa solidarité à l'Algérie lors du décès de l'ancien président Liamine Zéroual, en avril 2026.


Le Burkina Faso a, pour sa part, accueilli dès février 2026 une délégation algérienne conduite par les ministres des Hydrocarbures et des Mines et de l'Énergie, débouchant sur la signature d'accords de coopération dans les domaines miniers, énergétiques et pétroliers, ainsi qu'un rapprochement entre les sociétés Sonatrach et Sonabhy.


Ce maintien, voire cet approfondissement, des liens entre Alger et deux des trois capitales de l'AES, alors même que le troisième membre de la Confédération — le Mali — était engagé dans un contentieux ouvert avec l'Algérie, place mécaniquement Niamey et Ouagadougou dans une position singulière : celle de partenaires capables de dialoguer avec les deux parties sans porter le poids direct du différend. Rien, dans les communiqués consultés, ne permet d'établir formellement une médiation active du Niger ou du Burkina Faso dans le dénouement du 10 juillet 2026 ; aucun des textes maliens ou algériens sur la reprise des relations ne mentionne un rôle de facilitation de leurs partenaires de l'AES. Mais la solidité de ces canaux bilatéraux, entretenus sans interruption pendant que Bamako et Alger se livraient à une bataille de communiqués et à une procédure devant la CIJ, a pu constituer un point d'appui discret pour renouer le dialogue — d'autant que l'AES a, tout au long de la crise, affirmé agir comme un bloc, notamment lors du rappel collectif de ses ambassadeurs en avril 2025.


Un dénouement resté longtemps entouré de prudence


La sensibilité du dossier transparaît d'ailleurs dans la gestion même de l'annonce côté malien : le ministère des Affaires étrangères avait dû, à un moment de la crise, démentir des rumeurs prématurées sur un retour de l'ambassadeur à Alger, qualifiées d'informations « totalement fausses » distillées par des acteurs mal intentionnés. Ce n'est que le 10 juillet 2026 que le retour effectif a été confirmé, de façon quasi simultanée, par un communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères annonçant le retour de l'ambassadeur Kamel Ratib à Bamako, et par le communiqué n°2026-003 du Gouvernement de la Transition malien annonçant le retour de son propre ambassadeur à Alger et la réouverture de l'espace aérien national.


Ces éléments, pris dans leur ensemble, dessinent une normalisation qui, si elle reste à ce stade non documentée dans son processus de négociation, s'est construite sur un paradoxe assumé : celui d'une Alliance des États du Sahel affichant son unité face à l'Algérie, tout en laissant deux de ses membres poursuivre, sans discontinuer, une coopération bilatérale que le troisième avait rompue.


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