Pourquoi N'Djamena se retire de la Cour pénale internationale
- Infos du Sahel

- il y a 3 jours
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Le Tchad a officiellement annoncé, lundi 27 juillet, son retrait du Statut de Rome, le traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI). Dans un communiqué du ministère des Affaires étrangères, les autorités présentent cette décision comme l'aboutissement d'une réflexion engagée depuis plusieurs années sur le fonctionnement de la juridiction internationale et sur la place qu'y occupent les États africains.
Pour N'Djamena, ce retrait ne traduit pas un rejet de la lutte contre l'impunité, mais une remise en cause du mode de fonctionnement actuel de la CPI, jugé déséquilibré et insuffisamment représentatif des réalités internationales.
Une critique ancienne de la focalisation sur l'Afrique
Le principal grief avancé par les autorités tchadiennes concerne la concentration des enquêtes et poursuites de la CPI sur le continent africain.
Le communiqué rappelle qu'au 11 mai 2026, la Cour comptait 125 États parties, dont 33 africains. Depuis cette date, deux nouveaux États ont adhéré au Statut de Rome, portant le total à 127. Les autorités tchadiennes soulignent que les premières situations ouvertes par la CPI concernaient essentiellement l'Ouganda, la République démocratique du Congo, le Darfour (Soudan), la République centrafricaine, le Kenya, la Libye, la Côte d'Ivoire, le Mali et le Burundi.
Selon N'Djamena, près de 90 % des enquêtes ouvertes par la Cour concernent des États africains, tandis que seules quatre situations sont examinées hors du continent. Le gouvernement relève également que le Bureau du Procureur ne mène plus qu'un seul examen préliminaire, portant sur le Nigeria, et que six des sept personnes alors détenues par la CPI sont poursuivies dans des affaires africaines.
Pour les autorités tchadiennes, ces chiffres alimentent la perception d'une justice internationale appliquée de manière sélective, principalement à l'encontre des États africains.
Dans le sillage des retraits de l'AES
La décision du Tchad intervient quelques semaines après celles du Burkina Faso, du Mali et du Niger, qui ont également engagé leur retrait du Statut de Rome. Les trois États de l'Alliance des États du Sahel (AES) avaient dénoncé une justice internationale qu'ils estimaient déséquilibrée et insuffisamment impartiale, reprochant à la CPI de concentrer une large part de ses enquêtes sur les conflits africains tout en accordant, selon eux, une attention moindre aux crises survenues dans d'autres régions du monde.
Ces retraits s'inscrivent dans une politique plus large de réaffirmation de la souveraineté portée par les pays de l'AES. Depuis leur rupture avec la CEDEAO et la création de leur Confédération, le Burkina Faso, le Mali et le Niger multiplient les initiatives visant à bâtir des mécanismes politiques, économiques, financiers et sécuritaires propres au continent, tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis des institutions internationales qu'ils jugent peu adaptées à leurs priorités.
Sans faire partie de l'AES, le Tchad rejoint ainsi un courant de contestation plus large qui traverse une partie du continent africain. Si N'Djamena n'établit aucun lien direct avec les décisions prises par les trois États sahéliens, les arguments avancés dans son communiqué — dénonciation d'une justice sélective, appel au renforcement des mécanismes judiciaires africains et mise en avant de la souveraineté des États — s'inscrivent dans une logique similaire.
Une volonté de renforcer les mécanismes judiciaires africains
Au-delà de la critique adressée à la CPI, le gouvernement tchadien présente son retrait comme une étape en faveur du développement d'une architecture judiciaire africaine.
Le communiqué appelle l'Union africaine et ses États membres à accélérer le renforcement et l'opérationnalisation des mécanismes judiciaires continentaux afin de bâtir une justice africaine « plus équitable, plus équilibrée, plus crédible et plus efficace », dans le respect des souverainetés nationales.
Cette position s'inscrit dans un débat ancien porté par plusieurs gouvernements africains, qui plaident depuis plus d'une décennie pour un renforcement des institutions judiciaires régionales, notamment à travers la future Cour africaine de justice et des droits de l'homme.
Une décision qui ne remet pas en cause la lutte contre l'impunité
Le gouvernement tchadien insiste sur le fait que son retrait du Statut de Rome ne constitue pas un abandon de la lutte contre les crimes internationaux.
N'Djamena réaffirme son attachement à la poursuite des auteurs des crimes les plus graves ainsi qu'au respect de ses engagements internationaux. Les autorités estiment toutefois que les juridictions nationales et les futurs mécanismes judiciaires africains disposent désormais de capacités croissantes pour assurer cette mission.
En annonçant son retrait de la CPI, le Tchad relance un débat récurrent sur la place de la justice pénale internationale en Afrique. Après les pays de l'AES, cette décision pourrait alimenter les discussions au sein de l'Union africaine sur l'avenir des relations entre les États africains et la Cour pénale internationale, ainsi que sur l'émergence d'une architecture judiciaire continentale davantage fondée sur les principes de souveraineté et de complémentarité.
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