Sénégal : le chanvre indien, une marée continue qui submerge tout le territoire

Plus de 14 tonnes de chanvre indien saisies entre janvier et septembre 2026, selon les seuls communiqués publiés sur cette période par la Gendarmerie nationale, la Police nationale et la Douane sénégalaise sur leurs pages Facebook et compte X officiels, consultés par i-Sahel.
Ce chiffre, déjà considérable, ne reflète qu'une partie de la réalité, il ne tient en compte que les opérations effectivement rendues publiques et annoncées comme relevant de l'année 2026, à l'exclusion de toute saisie non médiatisée, non chiffrée dans le communiqué, antérieure à 2026 ou encore en cours d'investigation.
Des plages de la Petite Côte aux forêts frontalières de Casamance, en passant par les champs salins de Kaolack et les eaux de Fimela, aucune région n'échappe au phénomène.
Un flux qui se compte en tonnes
Sur les neuf premiers mois de l'année, l'addition des seules saisies de la Gendarmerie et de la Police dont le poids a été précisément communiqué dépasse déjà 4 tonnes de chanvre indien.
Le 6 juillet, la Brigade Régionale des Stupéfiants de Thiès annonce avoir intercepté 259,55 kilogrammes à Mbour, transportés à bord de trois véhicules, deux Peugeot 307 et une Mercedes 190.
Début avril, un communiqué fait état d'un réseau démantelé entre Thiaroye, Kounoune et Guédiawaye ayant livré 254 kilogrammes, ainsi que plusieurs millions de francs CFA en numéraire chez les complices interpellés. Le 11 juillet, un nouveau communiqué signale une saisie de 244,8 kilogrammes sur la plage de Guéréo, abandonnés par des convoyeurs pris de vitesse.
Du côté de la Gendarmerie, les communiqués publiés en mars annoncent deux opérations parmi les plus importantes de l'année, 600 kilogrammes à Warang, près de Mbour, débarqués par pirogue en provenance de Casamance et acheminés par charrette et à cheval ; puis, quelques jours plus tard, 510 kilogrammes supplémentaires à Mbodiène, dans des circonstances quasi identiques.
La même localité de Mbodiène est de nouveau citée en septembre, avec 427 kilogrammes supplémentaires selon le communiqué d'une opération conjointe de trois brigades.
Les Douanes, en première ligne sur le littoral et les fleuves
Aux volumes annoncés par la Gendarmerie et la Police s'ajoute un tonnage significatif, révélé cette fois par la Douane sénégalaise sur X publiés au titre de 2026 et consultés par i-Sahel.
Selon ces publications, la Brigade fluviale des Douanes de Fimela déclare avoir intercepté 526 kilogrammes de chanvre indien en janvier, sur l'axe maritime Bassoul-Fimela-Dioffior : 207 kilogrammes lors de l'arraisonnement d'une pirogue motorisée au large de Dioffior, puis 319 kilogrammes supplémentaires le 29 janvier à hauteur de Diogane, pour une contrevaleur combinée estimée à plusieurs dizaines de millions de francs CFA.
D'autres communiqués douaniers de 2026 viennent gonfler ce total déclaratif. Le 2 mars, la Brigade maritime des Douanes de Mbour annonce 290 kilogrammes conditionnés en neuf ballots, saisis à bord d'une pirogue de pêche au large de Mbao, pour une contrevaleur de 29 millions de francs CFA.
C'est toutefois un communiqué de la Subdivision des Douanes de Ziguinchor, dans le sud du pays, qui donne la mesure la plus impressionnante du phénomène pour l'année en cours, plus de 10 tonnes de cannabis revendiquées saisies depuis le début de 2026, un chiffre qui, à lui seul et selon cette unique source, dépasse largement l'ensemble des saisies de Gendarmerie et de Police recensées sur la période.
La Casamance et la Gambie, points de passage privilégiés
La géographie des saisies rapportées raconte une histoire cohérente : une large partie du chanvre indien annoncé provient de Casamance, où la production reste importante selon ces mêmes sources, ou transite par la Gambie voisine.
Le 17 mars, un communiqué de la Brigade Régionale des Stupéfiants de Sédhiou décrit l'interception d'un convoi à vélo reliant le Nord-Sindian, au Sénégal, à Bafatá, en Guinée-Bissau : 179 kilogrammes de chanvre indien conditionnés en briques d'un kilogramme y sont saisis, le convoyeur interpellé reconnaissant avoir accepté de transporter la marchandise contre 150 000 francs CFA.
D'autres communiqués rapportent des schémas similaires à intervalles réguliers, à savoir 116 kilogrammes annoncés fin juillet à Yillimalo, sur les bords du fleuve Falémé, 114 kilogrammes à Sédhiou en mai, ou encore 91 kilogrammes le mois suivant, dissimulés dans la mangrove.
Des rémunérations dérisoires pour des risques considérables
Les interrogatoires menés après ces interpellations dessinent un système économique bien rodé, où les convoyeurs de terrain, souvent de jeunes hommes recrutés localement, ne perçoivent qu'une fraction infime de la valeur de la marchandise transportée.
Selon un communiqué du 29 janvier, deux hommes interpellés en pleine forêt avec 54 kilogrammes de chanvre indien avouent avoir été recrutés à Bakanding, en Gambie, pour 100 000 francs CFA. Un autre communiqué, daté du 4 mars, rapporte qu'un convoyeur arrêté à la frontière avec 49 kilogrammes a été payé 5 000 francs CFA par kilogramme transporté.
Une présence qui dépasse le simple trafic
Au-delà des volumes de transit, les communiqués font aussi état d'affaires plus inattendues où le chanvre indien apparaît en toile de fond.
Le 25 mars, à Grand-Yoff, quartier populaire de Dakar, huit individus sont interpellés après avoir séquestré et tenté de tuer l'un des leurs, accusé d'avoir détourné une partie d'une cargaison. Le 27 août, un communiqué rapporte l'arrestation d'un chef de gang à Keur Massar, dans la banlieue de Dakar, recherché pour vol à main armée, chez qui des résidus de chanvre indien sont retrouvés aux côtés de machettes.
A noter que chacun des totaux avancés dans ce panorama, les plus de 14 tonnes cumulées, les 4 tonnes de Gendarmerie et de Police, les 526 kilogrammes de la Douane de Fimela, les plus de 10 tonnes revendiquées à Ziguinchor, ne repose que sur les communiqués publiés au titre de 2026 par les trois corps sur les canaux consultés par i-Sahel.
i-Sahel





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