3 000 milliards de FCFA non rapatriés par la CNPC: Niamey hausse le ton face à ses partenaires chinois
Cinq mois après l'accord pétrolier Niger-Chine, Niamey dresse un bilan sévère des engagements non tenus, rapatriement des recettes, nigérisation, réserves non certifiées, et donne 45 jours à ses partenaires pour se conformer.

Le comité chargé de la négociation dans le domaine du pétrole, institué par le président Abdourahamane Tiani, pour défendre les intérêts du Niger dans son partenariat pétrolier, a dressé le bilan de la mise en œuvre du protocole signé le 18 mai 2026 avec les sociétés chinoises. Cinq mois après la signature de cet accord portant sur 45 engagements, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a détaillé, le 13 octobre à Niamey, les manquements constatés de part et d'autre, et notifié aux trois sociétés partenaires un délai de 45 jours pour s'y conformer.
Des blocages reconnus du côté nigérien
Le ministre a tenu à ouvrir son bilan par les manquements imputables à l'État du Niger, affirmant que celui-ci « n'entend pas se cacher derrière ses partenaires ». Sont cités : l'avancement des audits du coût pétrolier, de l'audit du pipeline d'exportation et de celui de la Soraz, l'apurement des créances entre la Sonidep et la Soraz, ainsi que la mise à jour de plusieurs conventions jugées dépassées, dont la convention de crédit signée en 2023, la convention d'approvisionnement, et la prise de participation de l'État dans WAPCO. Ces dossiers seraient « en cours de déblocage », avec promesse que les responsabilités soient situées.
Le rapatriement des recettes, principal point de friction
Le manquement le plus lourd, selon le comité, concerne le rapatriement des devises par la CNPC. Depuis le début de l'exportation du brut en avril 2024, plus de 3 000 milliards de FCFA de recettes n'auraient pas été rapatriés au Niger. Ce refus aurait coûté au Trésor public un manque à gagner de 17,4 milliards de FCFA, et privé les banques nigériennes d'autant de dépôts et de capacités de financement correspondantes.
Le ministre affirme que le Niger affiche un taux de rapatriement des recettes d'exportation d'environ 6 % par an, le plus bas de l'UEMOA, contre une moyenne supérieure à 70 % dans les autres pays de l'Union. En deux ans, seuls 105 milliards de FCFA auraient été rapatriés, un montant présenté comme le reliquat revenant à l'État après le remboursement intégral d'un prêt de près de 400 millions de dollars contracté en 2024, au titre duquel l'État avait affecté 80 % de ces recettes. Ce prêt a été intégralement remboursé, intérêts compris, au 30 mars 2026.
Les sociétés concernées invoqueraient, pour justifier leur position, des dérogations accordées par le Contrat de partage de production (CPP) d'Agadem signé en 2008 et par la convention de transport par pipeline de WAPCO signée en 2019, portant notamment sur la détention de comptes en devises à l'étranger (à Paris et à Hong Kong) et la liberté de règlement en devises. Le ministre a répliqué que ces stipulations contractuelles ne sauraient prévaloir sur les dispositions impératives du droit communautaire de l'UEMOA, qui s'imposent aux États membres comme aux opérateurs.
Une solution pérenne, associant la BCEAO, la CNPC, WAPCO et les banques résidentes au Niger, a été prévue par l'accord du 18 mai 2026 : le mécanisme déjà appliqué par les sociétés pétrolières au Sénégal et en Côte d'Ivoire, seuls autres pays producteurs et exportateurs de brut de l'UEMOA. En cas de refus constaté, des pénalités prévues par la BCEAO seront appliquées.
Sous-traitance locale, nigérisation, recrutement : des engagements au point mort
Sur la sous-traitance locale, des taux de contenu local avaient été fixés pour 2026 : 20 % pour la CNPC, 25 % pour WAPCO et 56 % pour la Soraz, avec des états d'exécution vérifiables, contrat par contrat. Au 31 juillet 2026, la CNPC et WAPCO ont déclaré respectivement 81 millions et 13 millions de dollars à ce titre, mais ces états, jugés difficilement exploitables (contrats pluriannuels non ventilés, doublons, montants peu précis), n'ont pas été validés par le comité. La Soraz, de son côté, n'a transmis aucun état. Le ministre a été catégorique : « Nous ne demandons pas de déclarations mais de preuves. »
Le plan de nigérisation sur quatre ans, que chaque société devait transmettre, n'a été remis par aucune des trois, cinq mois après la signature de l'accord. Le recrutement destiné à remplacer progressivement, sur quatre ans, les 558 expatriés présents sur les sites opérés par la CNPC, devait démarrer dès mai 2026 : « à ce jour, rien n'a commencé », selon le ministre. Les audits des ressources humaines que la Soraz et WAPCO devaient engager n'ont pas davantage été réalisés, un préalable jugé indispensable à toute nigérisation réelle des postes.
Réserves non certifiées et raffinerie sous capacité
Autre point soulevé : depuis 2008, les réserves du bloc d'Agadem n'ont jamais été certifiées par un cabinet indépendant, les chiffres communiqués à l'État provenant uniquement de la CNPC elle-même. Le comité entend désormais faire certifier ces réserves de façon indépendante, avec la collaboration attendue de la CNPC.
Sur le raffinage, la Soraz fonctionne actuellement à 15 000 barils par jour, contre une capacité nominale de 20 000 barils par jour, soit 75 % de ses capacités. Le ministre a établi un lien direct entre cette sous-production et les tensions d'approvisionnement que connaît le pays, tout en appelant à des réponses claires sur les causes de cette baisse et les mesures correctives envisagées.
Un ultimatum de 45 jours
Le comité a notifié aux trois sociétés des demandes précises, assorties d'un délai de 45 jours, portant sur : la transmission d'états rectifiés et vérifiables relatifs au contenu local, la remise du plan de nigérisation, le lancement des recrutements prévus, l'engagement des audits de ressources humaines, la coopération à la certification indépendante des réserves, et la mise en œuvre de la solution proposée par la BCEAO pour le rapatriement des recettes d'exportation.
À l'expiration de ce délai, l'État a prévenu qu'il « tirera toutes les conséquences » du respect ou du non-respect de ces demandes. Le ministre a conclu en rappelant l'ancienneté du partenariat avec la Chine, que l'État entend poursuivre, mais désormais, selon ses mots, « sur la base du respect des engagements pris, de la transparence et de la défense des intérêts du Niger ».
i-Sahel






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