Carburant : un convoi venu d’Algérie ravitaille Agadez, nouveau jalon d’une coopération qui s’accélère

Un convoi de 53 camions-citernes transportant 1 650 000 litres de carburant est arrivé au dépôt de la SONIDEP d’Agadez, a annoncé dimanche le gouvernorat de la région. Les citernes ont parcouru environ 2 000 kilomètres depuis la raffinerie d’Adrar, en Algérie. Cette livraison s’ajoute à une série de rapprochements entre Niamey et Alger, devenus très visibles ces dernières semaines.
Le carburant a été acquis par le Niger au profit de la SONIDEP SA, dans le cadre du partenariat entre la République du Niger et la République algérienne démocratique et populaire, précise le Service Communication du gouvernorat d’Agadez.
Le dimanche 1er novembre 2026, le ministre du Pétrole, Hamadou Tinni, a visité les camions avec le gouverneur de la région d’Agadez, le général Ibra Boulama Issa, l’ambassadeur d’Algérie au Niger, Saadi Ahmed, et la directrice générale de la SONIDEP SA. Ils ont suivi les opérations de déchargement et salué les chauffeurs algériens mobilisés pour l’opération.
Selon le gouvernorat, le ministre et le gouverneur ont remercié les autorités algériennes pour les facilités accordées au Niger dans cette opération. Le gouverneur a souligné l’importance de cet appui pour la région d’Agadez, « confrontée depuis plusieurs mois à des difficultés d’approvisionnement », plaidant pour une disponibilité régulière des hydrocarbures, afin de répondre aux besoins des populations et des activités économiques.
Un approvisionnement national sous tension
Cette livraison intervient alors que le Niger fait face depuis plusieurs mois à des tensions sur l’approvisionnement en produits pétroliers. Le 13 octobre, le ministre des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, indiquait que la Société de raffinage de Zinder (SORAZ) fonctionnait à 15 000 barils par jour, soit 75 % de sa capacité nominale de 20 000 barils. Il comptait cette baisse de production parmi les causes des tensions que connaît le pays.
Le 12 octobre, le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine avait installé un Comité technique de gestion des crises des produits pétroliers et de structuration de la dette croisée. Ce comité est chargé notamment de garantir un approvisionnement régulier sur l’ensemble du territoire. Dans le même temps, le président Abdourahamane Tiani a demandé qu’aucune hausse ne soit appliquée à la pompe : le litre de super reste à 499 FCFA et celui de gasoil à 618 FCFA.
Alger, partenaire de plus en plus présent
Le convoi d’Adrar s’inscrit dans une coopération algéro-nigérienne qui s’est nettement accélérée depuis la fin de l’été, sur le terrain sécuritaire comme sur le terrain énergétique.
Le premier signal fort est venu après la tentative de mutinerie de la nuit du 28 au 29 août à Niamey. Le 30 août, le ministère algérien de la Défense annonçait l’arrivée à l’aéroport de Niamey d’avions de combat Su-30, à la demande du Niger, en soutien à l’armée nigérienne. Début octobre, le président Abdelmadjid Tebboune a présenté cet envoi comme une réponse à une « tentative de coup d’État ». Le Premier ministre nigérien venait alors de séjourner en Algérie, les 26 et 27 août.
Le 21 octobre, à Alger, la coopération militaire a pris une forme écrite. Un protocole a été signé lors de la visite du ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, reçu par le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), Saïd Chanegriha.
Quatre jours plus tard, le 25 octobre, les deux chambres du Parlement algérien ont approuvé l’envoi d’unités de l’ANP au Niger : le Conseil de la nation à l’unanimité, l’Assemblée populaire nationale à la majorité absolue. Selon les présidents des deux chambres, cette décision vise notamment à « protéger les intérêts énergétiques » et à appliquer un accord bilatéral. Le groupe Sonatrach investit au Niger, en particulier dans le nord du pays. i-Sahel a consacré à cette séquence une édition spéciale, « Niamey, tête de pont d’Alger au Sahel ».
D’autres volets complètent ce tableau. Après l’éruption du puits Goumeri W-8, dans le bloc d’Agadem, le gouvernement nigérien a annoncé une enquête indépendante menée avec le concours d’experts algériens. Le Conseil des ministres du 9 octobre a aussi évoqué un programme de formation de 500 jeunes Nigériens en Algérie.
Agadez, porte d’entrée nord
La région d’Agadez se trouve loin de la raffinerie de Zinder, d’où sortent les produits raffinés au Niger. Elle est en revanche la première région nigérienne sur la route de l’Algérie. Le convoi venu d’Adrar montre qu’elle peut servir de porte d’entrée nord pour un approvisionnement complémentaire, au moment où la production nationale ne suffit pas à couvrir les besoins.
i-Sahel






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