Sénégal-Mali : les exportations bondissent à 211 milliards de FCFA en août, portées par la stabilisation du corridor
Les exportations sénégalaises vers le Mali ont presque triplé en août, à 211 milliards de FCFA. Le rebond suit le report du trafic vers l’axe de Moussala et précède l’annulation, par le port de Dakar, des frais sur les marchandises maliennes bloquées.

Les exportations du Sénégal vers le Mali ont atteint 211,2 milliards de FCFA en août 2026, selon le Bulletin mensuel du Commerce Extérieur de l’ANSD. C’est près de trois fois le niveau de juillet (78,5 milliards de FCFA), soit une hausse de 168,9 % en un mois, et 229,0 % de plus qu’en août 2025. Cette envolée prolonge, en l’amplifiant fortement, la reprise que i-Sahel documentait depuis le début de l’été.
Du creux de mai à l’envolée d’août
En mai 2026, les exportations sénégalaises vers le Mali étaient tombées à 40,8 milliards de FCFA, un mois au cours duquel les transporteurs sénégalais avaient temporairement suspendu leurs rotations vers le Mali en raison des attaques contre les convois. Comme le rapportait i-Sahel début août, elles avaient rebondi de 73 % en juin pour atteindre 70,8 milliards de FCFA, portant la part du Mali à 13,5 % des exportations totales du Sénégal.
Le mouvement s’est poursuivi en juillet (78,5 milliards de FCFA), avant le bond d’août.
La part du Mali dans les ventes sénégalaises à l’étranger atteint désormais 29,7 %, contre 11,75 % en juillet. Le Mali reste ainsi, et de loin, le premier client du Sénégal, devant les Pays-Bas (20,4 %) et la Suisse (15,9 %).
Sur les huit premiers mois de l’année, les exportations cumulées vers le Mali s’élèvent à 658,1 milliards de FCFA, contre 577,6 milliards sur la même période en 2025, soit une progression de 13,9 %.
Un excédent commercial record sur l’année
Les importations sénégalaises en provenance du Mali demeurent marginales : 167 millions de FCFA en août, soit 0,03 % des importations totales du pays. Sur huit mois, elles atteignent 7,3 milliards de FCFA.
L’excédent commercial du Sénégal vis-à-vis du Mali s’établit ainsi à 211,0 milliards de FCFA en août, contre 78,2 milliards en juillet. Sur huit mois, il atteint 650,8 milliards de FCFA, contre 576,2 milliards un an plus tôt. Ce solde dépasse à lui seul l’excédent commercial global du Sénégal, qui s’établit à 93,0 milliards de FCFA à fin août 2026, contre un déficit de 1 045,0 milliards de FCFA sur la même période en 2025.
Le corridor au cœur de la visite de Diomaye Faye à Bamako
La sécurisation du corridor Dakar-Bamako figurait au centre de la visite de travail effectuée le 28 juillet 2026 à Bamako par le président Bassirou Diomaye Faye, reçu par le général Assimi Goïta. Il s’agissait de son premier déplacement au Mali depuis qu’il assure la présidence en exercice de la CEDEAO, même si les autorités des deux pays ont présenté la rencontre comme relevant des relations bilatérales.
Les deux chefs d’État ont examiné des mesures destinées à faciliter le commerce transfrontalier, alors que les attaques répétées sur l’axe Kayes-Bamako perturbaient fortement les échanges. Le président sénégalais avait condamné ces attaques « avec la plus grande fermeté ». Pour le Mali, pays enclavé, le port de Dakar demeure l’une des principales portes d’approvisionnement ; pour le Sénégal, la sécurité du corridor conditionne une part importante de son activité économique.
Le report vers Moussala, clé du rebond
Le rebond d’août peut s’expliquer par la stabilisation du corridor Dakar-Bamako, après un été marqué par de fortes perturbations. Début août, le Conseil malien des Chargeurs (CMC) exigeait encore le retour des conteneurs vides avant le 31 août, dans un contexte de raréfaction du matériel aux ports de transit, comme l’avait relevé i-Sahel.
Après plusieurs attaques du JNIM sur l’axe Kidira-Bamako, dont une contre un convoi entre Diboli et Kayes, les chauffeurs ont fait le choix de privilégier l’axe Kédougou-Moussala-Kita-Bamako pour limiter les risques, selon des sources d’i-Sahel.
Ce report a d’abord provoqué un engorgement. Mi-août, la mission d’évaluation du Conseil Sénégalais des Chargeurs (COSEC) constatait sur le tronçon Kédougou-Saraya-Moussala des files d’attente pouvant atteindre 15 kilomètres, tandis qu’à Kidira, le trafic avait chuté de façon drastique. Mais la réorganisation des flux autour de Moussala a permis de maintenir, puis d’accélérer, l’acheminement des marchandises vers le Mali.
Au port de Dakar, des marchandises encore en souffrance
La reprise des flux n’a toutefois pas suffi à résorber l’ensemble des stocks accumulés. Dans un communiqué daté du 13 octobre 2026, le président du Conseil malien des Chargeurs, Kissima dit Bakissima Sylla, annonce que le Port autonome de Dakar a accordé, « à titre exceptionnel », une « annulation totale des frais de magasinage, de surestaries et de détention » pour les marchandises maliennes en souffrance.
Cette mesure, prévue par une note du Port autonome de Dakar du 9 octobre 2026, fait suite à des négociations entre les acteurs portuaires sénégalais et les chambres consulaires maliennes, à travers une mission conduite par le CMC. Elle s’applique pour une durée de trois mois, à compter du 9 octobre, et exclut les conteneurs frigorifiques ainsi que les marchandises dont le chargement doit s’effectuer sous-palan. La franchise de détention est par ailleurs portée à 60 jours pour tous les conteneurs livrés pendant cette période.
Le CMC invite les opérateurs économiques et les transitaires à procéder à l’enlèvement des conteneurs concernés, tout en veillant à l’évacuation des nouvelles marchandises, « afin d’éviter la reconstitution du stock en souffrance ».
Dakar consolide sa place, Abidjan se rapproche de Bamako
En allégeant les coûts supportés par les chargeurs maliens, la décision du Port autonome de Dakar devrait contribuer à rendre plus fluide la relation commerciale avec Bamako, après des mois de perturbations sur le corridor. Elle intervient à un moment où la concurrence entre ports côtiers pour le trafic malien reste vive.
La Côte d’Ivoire, dont le port d’Abidjan constitue l’autre grande porte d’accès du Mali à la mer, tente elle aussi de se rapprocher de Bamako. Le chef du renseignement ivoirien, Vassiriki Traoré, était attendu à Bamako le 15 octobre pour rencontrer son homologue malien, Modibo Koné, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité d’État. Les échanges devaient porter principalement sur la lutte contre le terrorisme et la sécurité le long de la frontière commune. Ce déplacement intervient après le report, en avril, d’une visite à Bamako du ministre ivoirien délégué à l’Intégration africaine, Adama Dosso, qui n’a pas été reprogrammée publiquement.
Entre l’envolée des exportations d’août, les mesures portuaires de Dakar et les signaux d’ouverture venus d’Abidjan, le Mali apparaît plus que jamais comme un partenaire que ses voisins côtiers cherchent à conserver, malgré les tensions politiques et sécuritaires qui pèsent sur la région.
i-Sahel






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