Zeine reçu à Benghazi : un pas vers un rapprochement entre Niamey et l’est libyen ?
Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a été reçu dimanche 1er novembre à Benghazi par le chef du gouvernement de l’est libyen, Oussama Hammad, selon des messages des deux gouvernements. Accompagné du chef d’état-major général des armées, il a salué un accueil chaleureux et la « profondeur des liens fraternels » entre les deux pays. Cette visite peut se lire comme une tentative de rapprochement, dans un contexte de recomposition, après des relations en dents de scie entre Niamey et l’est libyen.

Le Premier ministre du Niger, Ali Mahamane Lamine Zeine, a été reçu dimanche 1er novembre à Benghazi par le président du Conseil des ministres du gouvernement de l’est libyen, Oussama Hammad, accompagné de plusieurs membres de son gouvernement. Le chef du gouvernement nigérien était accompagné du chef d’état-major général des forces armées nigériennes, le général Mamane Sani Kiaou, de plusieurs chefs d’état-major des différentes composantes des forces armées et d’autres personnalités.
La visite a été annoncée dans deux messages. Dans le sien, M. Zeine a dit avoir exprimé sa « reconnaissance pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité » reçus, et estimé que cette visite « témoigne de la profondeur des liens fraternels qui unissent nos deux pays ». Dans une publication du gouvernement de l’est libyen, M. Hammad a souhaité la bienvenue à la délégation et souligné l’importance de la visite pour renforcer la coopération et la coordination.
En outre, le Premier ministre nigérien a exprimé sa volonté de développer les relations avec la Libye.
Des relations en dents de scie avec l’est libyen
Cette visite intervient après une séquence contrastée entre Niamey et l’est libyen. Selon Mondafrique, le fils du maréchal Haftar, Saddam Haftar, avait été reçu à Niamey par le général Abdourahamane Tiani le 23 mai 2025. Plusieurs ministres nigériens s’étaient aussi rendus à Benghazi. Ce réchauffement s’est ensuite estompé, selon le même média, qui évoque des rivalités et des turbulences locales et internationales.
En juin 2026, un échange de libérations a rappelé la fragilité de ces relations. Niamey a libéré un ancien officier libyen et 18 compagnons arrêtés en juillet 2025 dans la région de Zinder, qu’un avion affrété par le gouvernement de Tripoli a ramenés en Libye. Le camp Haftar a ensuite libéré Mahmoud Salah, chef du Front patriotique de libération (FPL), un mouvement rebelle nigérien détenu depuis février 2025. Mondafrique parle d’une « riposte » de Benghazi au rapprochement de Niamey avec Tripoli. Africa Presse y voit un revers diplomatique pour le général Tiani, tout en soulignant que le camp Haftar n’a donné aucune confirmation officielle. Le Premier ministre nigérien s’était rendu à Tripoli quelques jours auparavant, selon Africa Presse.
Niamey s’était ensuite rapproché de Tripoli. Le 2 septembre, M. Zeine avait reçu à Niamey une délégation du Gouvernement d’unité nationale, conduite par son vice-président, Salem Al-Zadma, après la mutinerie du 29 août. Africa Intelligence avait fait état d’un rapprochement visant notamment à contrer le clan Haftar.
Le cas de Mahmoud Salah est resté une question sensible. Selon Africa Intelligence, il serait de nouveau cantonné sous surveillance de forces de Khalifa Haftar dans le sud-ouest de la Libye, avec environ 400 combattants. L’information intervenait alors que des contacts auraient eu lieu pour favoriser un dégel entre Niamey et l’est libyen, et que des informations faisaient état d’un déplacement de responsables libyens à Niamey le 29 septembre. i-Sahel s’était demandé si ce dossier pouvait être la « monnaie d’un possible rapprochement entre Niamey et Benghazi ».
Le 8 octobre, le FPL a réagi dans un communiqué. Il dénonce la « confusion » née de la publication d’Africa Intelligence, évoque un contexte de « désinformation » et de « tentatives d’intoxication ». Le mouvement voit dans cette confusion une volonté d’affaiblir sa « dynamique mobilisatrice » et de décourager les recrues, réaffirmant sa détermination à poursuivre la lutte contre le régime de Niamey.
La Libye au cœur de plusieurs libérations
Le dossier Salah n’est pas le seul où l’est libyen apparaît. Plusieurs libérations liées au Sahel ont, ces derniers mois, fait ressortir un passage par la Libye et des acteurs proches de Benghazi.
L’Américain Kevin Rideout, enlevé à Niamey en octobre 2025, a été libéré le 14 août, après environ dix mois de captivité. Des informations recueillies à l’époque par i-Sahel font état d’un passage par le Sud libyen et Benghazi. Quelques jours plus tard, deux anciens membres de Wagner capturés par le Front de libération de l’Azawad (FLA) à Tinzaouatène ont également été libérés, avec un passage par la Libye selon ces mêmes informations.
L’Autrichienne Eva Gretzmacher et la Suissesse Claudia Abbt, enlevées à Agadez en 2025 et détenues par l’État islamique au Sahel, sont arrivées à Benghazi le 21 octobre, alors qu’elles étaient annoncées libres dès septembre. Des acteurs liés à Benghazi et à Saddam Haftar apparaissent dans les informations recueillies autour de cette libération.
Ces dossiers placent l’est libyen en interlocuteur incontournable pour plusieurs libérations liées au Sahel, ce qui peut aider à comprendre l’intérêt de Niamey pour un dialogue avec Benghazi.
C’est dans ce contexte que le déplacement à Benghazi peut être perçu comme une initiative visant à rapprocher Niamey et les autorités de l’est, après avoir dialogué avec celles de l’ouest. Cette visite pourrait fragiliser, par ricochet, la position de Mahmoud Salah.
Alger en toile de fond
Cette dynamique s’inscrit dans une recomposition plus large autour du Niger, dont l’axe algérien est l’une des composantes. i-Sahel a relevé l’envoi de quatre Su-30 algériens à Niamey le 30 août, après la mutinerie, puis la signature d’un protocole militaire le 21 octobre pendant la visite du ministre nigérien de la Défense. Le 25 octobre, le Parlement algérien a approuvé à l’unanimité le déploiement d’unités de l’armée nationale populaire (ANP) au Niger, selon Reuters. Ce serait le premier déploiement algérien à l’étranger depuis 1973.
Un premier convoi de l’armée algérienne est arrivé à Arlit, dans le nord du Niger, avant de gagner Madama, destination fixée par le Parlement algérien, selon Reuters. Madama se situe dans le nord du pays, près de la frontière libyenne, sur un ancien site français de l’opération Barkhane. i-Sahel avait détaillé cette évolution dans son édition spéciale « Niamey, tête de pont d’Alger au Sahel ». Il reste maintenant à savoir ce qui sortira de la visite de Zeine dans l'est libyen.
i-Sahel






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