Alger, Benghazi : la double ouverture de Niamey vers ses voisins du nord

Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, a achevé lundi 2 novembre une visite de deux jours à Benghazi, dans l'est de la Libye. Après la signature, dimanche, d'un protocole d'accord de coopération stratégique avec le gouvernement de l'est libyen, il a été reçu au siège du Commandement général des forces armées par le maréchal Khalifa Haftar, en présence du général de corps d'armée Saddam Haftar, vice-commandant général.
Selon M. Zeine, les échanges ont porté sur « plusieurs questions d'intérêt commun », les moyens de renforcer les relations bilatérales et les perspectives de coopération dans différents domaines. À son départ, il a été salué par le ministre des Affaires étrangères du gouvernement de l'est libyen, Abdulhadi Al-Huweij, dépêché par le président du Conseil des ministres, Oussama Hammad.
Avec Alger, une coopération militaire et énergétique renforcée
La coopération entre Alger et Niamey a connu plusieurs développements depuis août. Le 9 août, l'Algérie a remis à l'armée nigérienne quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171. Le 30 août, au lendemain des événements de la base aérienne 101, quatre chasseurs Su-30 algériens sont arrivés à Niamey. Le président Abdourahamane Tiani a ensuite remercié Alger pour cette assistance.
Le 21 octobre, les deux pays ont signé à Alger un protocole d'accord de coopération militaire, à l'occasion de la visite du ministre nigérien de la Défense, le général d'armée Salifou Mody. Selon le ministère nigérien, cette coopération s'est étendue « au domaine opérationnel dans le cadre de la sécurisation des grands projets communs ».
Le 25 octobre, le Conseil de la nation algérien a approuvé à l'unanimité, par 148 voix, la notification du président Abdelmadjid Tebboune concernant l'envoi d'unités de l'Armée nationale populaire (ANP) au Niger. Selon l'Agence de presse algérienne (APS), cette décision vise à protéger les intérêts énergétiques de l'Algérie et à mettre en œuvre l'accord bilatéral. Un premier convoi algérien est arrivé à Arlit avant de prendre la direction de Madama, près de la frontière libyenne, selon l'agence britannique.
L'énergie constitue également un volet important de cette relation, avec le partenariat entre Sonatrach et la Sonidep, notamment autour du bloc pétrolier de Kafra, ainsi que le projet de gazoduc transsaharien. Dimanche 1er novembre, l'Agence nigérienne de presse a rapporté la réception à Agadez de 53 camions-citernes de carburant algérien commandés par la Sonidep.
Le positionnement envisagé des unités algériennes à Madama présente un intérêt stratégique pour Niamey, compte tenu de la proximité de cette localité avec la Libye et des enjeux liés à la protection des installations et des activités économiques.
Benghazi, un interlocuteur pour la question des groupes rebelles
Avec l'est libyen, les relations ont été moins régulières. Selon Mondafrique, Saddam Haftar avait été reçu à Niamey le 23 mai 2025, avant que ce rapprochement ne perde de son élan. En juin 2026, un échange de libérations a notamment concerné Mahmoud Salah, chef du Front patriotique de libération (FPL), un mouvement rebelle nigérien.
Entre-temps, Niamey avait également développé des contacts avec Tripoli, où une délégation du Gouvernement d'unité nationale a été reçue le 2 septembre. Cette démarche témoignait de la volonté nigérienne de maintenir des relations avec les différentes autorités libyennes.
La question des groupes rebelles présents dans le sud libyen reste néanmoins une préoccupation pour Niamey. Le 26 septembre, Ali Mahamane Lamine Zeine avait affirmé que des forces hostiles au pays se trouvaient à ses frontières nord-est et préparaient des attaques contre des positions militaires et des installations pétrolières. Il n'avait pas désigné les groupes concernés.
Selon Africa Intelligence, environ 400 combattants du FPL seraient cantonnés sous la surveillance de forces relevant de Khalifa Haftar dans le sud-ouest libyen. Pour Niamey, l'enjeu est de limiter les possibilités d'action de ces mouvements depuis le territoire libyen.
Le rapprochement avec Benghazi pourrait faciliter les échanges sur cette question et permettre aux autorités nigériennes de rechercher une coopération avec les forces qui exercent une influence sur cette partie du pays, sans que cela implique nécessairement un soutien direct de leur part aux groupes rebelles.
Des intérêts qui peuvent rejoindre ceux du Mali
Cette évolution pourrait également présenter un intérêt pour le Mali, membre de l'Alliance des États du Sahel (AES) avec le Niger et le Burkina Faso. Bamako est confronté à des enjeux sécuritaires comparables dans ses régions septentrionales, où les mouvements armés entretiennent des relations et des circulations qui dépassent les frontières nationales. Ce, dans un contexte marqué par une volonté des autorités maliennes de reconquérir tout le nord du pays après la reprise de Kidal, début octobre.
Ces derniers temps, des informations ont fait état d'un déplacement de responsables du Front de libération de l'Azawad (FLA) à Benghazi. Ils s'y seraient rendus dans l'espoir d'obtenir un appui auprès des autorités de l'est libyen, sans parvenir aux résultats recherchés.
Si ces informations se confirment, elles illustreraient les enjeux que représente Benghazi pour les différents acteurs du Sahel. Le rapprochement entre Niamey et les autorités de l'est libyen pourrait être bénéfique au Mali, dans la mesure où une meilleure coopération avec ces dernières pourrait limiter les possibilités pour les mouvements rebelles maliens de rechercher des soutiens dans cette partie de la Libye.
La Russie, un partenaire commun
Un autre élément mérite d'être relevé. Malgré leurs différends et les relations de l'est libyen avec certains pays dont les rapports avec Alger sont difficiles, l'Algérie et les forces de Khalifa Haftar ont un partenaire commun, la Russie.
Moscou entretient des relations militaires et sécuritaires avec les autorités de l'est libyen. La Russie est également devenue un partenaire privilégié de Niamey depuis le coup d'État du 26 juillet 2023, avec un renforcement progressif de la coopération entre les deux pays. Les autorités nigériennes ont maitrisé la mutinerie de fin août, avec l'appui déterminant des forces russes d'Africa Corps.
Cette proximité avec Moscou ne signifie pas que l'Algérie et Benghazi partagent les mêmes positions sur les dossiers régionaux. Elle constitue néanmoins un élément de convergence susceptible de faciliter certains échanges, alors que Niamey développe ses relations avec les deux partenaires.
i-Sahel






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