Au Sahel, tous les chemins mènent à Alger
- Infos du Sahel

- 27 août
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En l'espace de quelques jours, deux Premiers ministres sahéliens se sont succédé à Alger : le Malien Abdoulaye Maïga, reçu lundi 24 août par le président Abdelmadjid Tebboune, puis le Nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, arrivé mercredi soir à la tête d'une importante délégation ministérielle. Un même point de chute, deux trajectoires diplomatiques bien différentes, qui disent beaucoup de la place centrale qu'occupe désormais Alger dans la recomposition des équilibres sahéliens.
Mali : le prix d'un dégel, la promesse d'une non-ingérence
Pour Bamako, la visite d'Abdoulaye Maïga marquait avant tout la poursuite d'une normalisation entamée le 10 juillet, après quinze mois de rupture diplomatique consécutive à la destruction d'un drone malien à Tinzaouatene.
Reçu par le président Tebboune, le chef du gouvernement malien en a livré un compte rendu détaillé, retenant la formule d'un Mali et d'une Algérie « condamnés à cheminer ensemble ». Mais c'est un autre passage de sa déclaration qui mérite l'attention : la promesse, rapportée par Abdoulaye Maïga, que « l'Algérie ne s'ingérera jamais dans les affaires intérieures » des pays de la région, un engagement présenté comme le socle même du rapprochement, et dont la portée dépasserait, selon lui, le seul Mali, puisqu'il serait également partagé par le Niger et le Burkina Faso au sein de l'AES.
Cette clarification n'a rien d'anodin. Elle intervient après des années de défiance nourries par les accusations maliennes d'un soutien algérien présumé aux mouvements armés du nord, accusations qu'Alger a toujours démenties.
Mais elle laisse en suspens une question sensible que la visite de Maïga a remise en lumière : le sort de l'imam Mahmoud Dicko, toujours installé en Algérie depuis décembre 2023, aujourd'hui à la tête de la Coalition des Forces pour la République (CFR). Une figure dont le poids politique, hérité de son rôle dans la contestation qui avait précédé la chute d'Ibrahim Boubacar Keïta en 2020, rend le dossier bien plus sensible qu'un simple cas d'opposant exilé, et sur lequel la promesse de non-ingérence algérienne reste, à ce stade, muette.
📌 À lire par ailleurs — Dans une enquête publiée ce lundi, i-Sahel lève le voile sur les rivalités souterraines entre groupes jihadistes qui redessinent la carte du conflit sahélien : « JNIM-EIS : les secrets d'une guerre dans la guerre », à retrouver sur i-sahel.net.
Niger : une coopération jamais interrompue, en pleine accélération
Le contraste est net avec la visite du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine, accueilli à l'aéroport Houari-Boumediene par son homologue Sifi Ghrieb. Aucune rupture à surmonter ici : le Niger n'a jamais cessé d'approfondir ses relations avec Alger, y compris durant les quinze mois où le Mali était en froid avec l'Algérie.
Le président Abdourahamane Tiani s'était rendu à Alger dès février 2026, ouvrant la voie à la Grande Commission mixte de mars, puis à une coopération renforcée dans les secteurs de l'énergie et de la sécurité.
Cette dynamique s'est traduite, ces dernières semaines, par des gestes concrets : le 9 août, la remise à l'Armée nigérienne de quatre hélicoptères militaires, deux Mi-24V et deux Mi-171, accompagnés de munitions et de matériel de maintenance ; deux jours plus tôt, le transfert vers l'Algérie du ressortissant allemand Ulumaskan Sinan, libéré après sa détention au Niger.
Les deux opérations ont transité par la même base d'In Guezzam, dans le sud algérien, confirmant la place croissante de cette zone dans le dispositif sécuritaire algérien vers le Sahel, un dispositif qui s'articule étroitement avec les intérêts pétroliers de Sonatrach dans le Grand Sud et les zones frontalières nigériennes.
Une même destination pour des besoins différents
Interrogé par i-Sahel, le chercheur Yvan Guichaoua propose une clé de lecture pour l'ensemble de cette séquence : selon lui, l'Algérie chercherait avant tout à préserver sa profondeur stratégique au Sahel, à un moment où plusieurs puissances tentent d'y gagner du terrain, le Maroc, dont le rapprochement avec Bamako s'est traduit fin juillet par plusieurs accords de coopération, mais aussi les Émirats arabes unis, la Turquie ou la Libye. « Je pense que tout ce que fait l'Algérie en ce moment a des bases géopolitiques », résume-t-il.
Dans cette perspective, le Niger occupe une place particulière, celle de partenaire resté fidèle pendant toute la crise algéro-malienne, il permet à Alger de consolider une influence continue dans la région, tandis que le Mali représente, pour l'Algérie, un dossier plus délicat à reconquérir, nécessitant des gages politiques explicites, comme celui de la non-ingérence, sans pour autant que tous les contentieux, à commencer par celui de Dicko, ne soient réglés.
Au Sahel, la boussole diplomatique pointe vers Alger
Que ce soit pour solder une crise, comme au Mali, ou pour approfondir un partenariat déjà solide, comme au Niger, les capitales sahéliennes convergent, ces dernières semaines, vers un même point : Alger.
Reste à savoir si cette centralité retrouvée suffira à répondre aux questions laissées en suspens, à commencer par celle du sort de Mahmoud Dicko, dont la présence continue en Algérie continue de jeter une ombre discrète sur la promesse de non-ingérence formulée par le président Tebboune.
i-Sahel




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