Des pâtes, peu d’eau, un arbre : le récit des deux ex-Wagner libérés au Sahel

Arrivés à Moscou dimanche 13 septembre après leur libération, les deux anciens membres de Wagner, Vassili Nagalev et Alexandre Efremov, ont raconté leurs conditions de détention dans une vidéo de 2 minutes 19 publiée par le média pro-russe African Initiative. Ils évoquent notamment le manque d’eau, une alimentation limitée aux pâtes, de longues périodes d’immobilisation et leur transfert jusqu’à la frontière libyenne.
Dans la vidéo, les deux hommes sont debout côte à côte et s’expriment tour à tour. « Le brouillard ne s’est pas encore dissipé », explique l’un d’eux, indiquant qu’ils n’ont pas encore pleinement pris conscience de ce qu’ils ont vécu.
« Un litre et demi d’eau par jour pour deux »
Les deux ex-prisonniers décrivent des conditions de détention particulièrement difficiles.
« L’eau était mauvaise », raconte l’un d’eux. Au début de leur détention, ils auraient disposé d’environ un litre et demi d’eau par jour pour deux personnes. La quantité aurait ensuite augmenté, mais la qualité serait restée très mauvaise.
Pour leur alimentation, le régime était limité. « On mangeait des pâtes. Seulement des pâtes », racontent-ils.
Ils expliquent également avoir vécu de longues périodes sans pouvoir se déplacer. Selon leur témoignage, ils étaient attachés à un arbre et ne pouvaient en être détachés qu’une fois tous les deux ou trois mois, pendant environ quinze à vingt minutes, notamment pour laver leurs vêtements ou se laver.
Après ces périodes d’immobilisation, ils expliquent avoir eu des difficultés à marcher. « Les jambes ne répondent plus », raconte l’un des deux hommes, décrivant une démarche comparable à celle d’une personne ivre.
« Dans un rayon de 200 kilomètres, il n’y avait absolument rien »
L’environnement dans lequel ils étaient détenus rendait, selon eux, toute tentative de fuite pratiquement impossible.
« Dans un rayon de 200 kilomètres, il n’y avait absolument rien, juste le vide », racontent-ils.
Pour conserver une notion du temps, les deux hommes expliquent avoir utilisé les éléments naturels à leur disposition. Ils déterminaient l’heure grâce au soleil durant la journée et aux étoiles pendant la nuit.
Ils affirment avoir ainsi réussi à suivre la durée de leur détention et assurent ne pas s’être trompés « d’un seul jour ».
Un passage par la Libye
Les deux anciens membres de Wagner indiquent avoir été accompagnés par des combattants jusqu’à la frontière libyenne.
« Là, les forces spéciales libyennes nous ont accueillis », raconte l’un d’eux.
Ils remercient l’armée libyenne, le général Saddam Haftar, Africa Corps et la Direction générale du renseignement de l’état-major russe, ainsi que toutes les personnes impliquées dans leur libération.
Leur témoignage rejoint les informations recueillies par i-Sahel sur leur libération, qui avait impliqué des acteurs de l’est de la Libye et le général Saddam Khalifa Haftar.
Une série de libérations qui ramène à la Libye
Cette nouvelle libération intervient après plusieurs affaires dans lesquelles la Libye, et particulièrement les autorités de l’est du pays, sont apparues comme un point de passage ou comme un acteur des négociations concernant des personnes détenues au Sahel.
Le cas le plus récent avant celui des deux ex-Wagner est celui de l’Américain Kevin Rideout. Enlevé à Niamey, il avait finalement été libéré après un parcours passant par le nord du Mali et la Libye. Selon les informations recueillies par i-Sahel, Benghazi et l’entourage de Saddam Haftar avaient joué un rôle dans les dernières étapes de sa libération.
Les deux anciens membres de Wagner avaient ensuite été transférés à Benghazi après leur détention au Sahel. Leur libération avait également été associée à une intervention de Saddam Haftar.
Un autre dossier concerne l’Autrichienne Eva Gretzmacher et la Suissesse Claudia Abbt, enlevées à Agadez en 2025 et détenues par l’État islamique au Sahel. Les deux femmes ont été libérées récemment, selon plusieurs sources contactées par i-Sahel. Des éléments recueillis par la rédaction ont là encore fait apparaître le rôle de canaux liés à la Libye et à l’entourage de Saddam Haftar, même si les modalités précises de leur libération restent à établir.
Les circonstances financières de cette libération restent toutefois difficiles à établir.
Selon plusieurs sources d’i-Sahel proches du Front de libération de l’Azawad (FLA), la libération des deux anciens membres de Wagner aurait été négociée à hauteur de 3 à 4 millions d’euros.
Ce montant n’a pas pu être vérifié indépendamment par i-Sahel et n’a pas été confirmé publiquement par les différents acteurs impliqués.
Après leur transfert vers la Libye, les deux hommes ont finalement regagné la Russie et sont arrivés à Moscou dimanche 13 septembre.
À la fin de leur témoignage, ils indiquent prévoir de retourner prochainement dans la zone de « l’opération militaire spéciale », le terme utilisé par Moscou pour désigner la guerre en Ukraine.
« C’est simplement notre travail », déclare l’un des deux hommes.
i-Sahel





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