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Frappe d'Agadez : le Tchad met le Niger au défi de prouver ses accusations

il y a 2 heures
4 min de lecture

Le Tchad rejette « avec la plus grande fermeté » les accusations du Niger sur la frappe de drone du 24 octobre dans la région d'Agadez. Dans un communiqué en date du 27 octobre, le gouvernement tchadien demande à Niamey de présenter publiquement les éléments dont il dit disposer, afin que leur « nature, fiabilité et portée » puissent être examinées.




Un jour après les accusations de Niamey, N'Djaména répond par un défi. Dans un communiqué du gouvernement signé à N'Djaména le 27 octobre par le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Gassim Cherif Mahamat, le Tchad rejette les accusations du Niger sur la frappe de drone survenue le 24 octobre, vers 1h du matin, dans la zone d'Émiloulou, région d'Agadez.


Le gouvernement tchadien affirme n'avoir « aucunement ordonné, conduit ou soutenu » une opération militaire aérienne depuis son sol contre le Niger. Il dément aussi tout concours prêté à une autre puissance étrangère pour mener une action hostile contre ce pays, sans nommer la France, que Niamey avait citée. Il rejette l'affirmation selon laquelle son territoire servirait de « profondeur stratégique » à des mercenaires, des imputations qu'il juge « graves et répétitives » et sans « valeur probante ».


« Aucun État ne peut être désigné sur la seule foi d'affirmations unilatérales »


C'est sur ce point que N'Djaména attend Niamey. Le gouvernement tchadien estime qu'aucun État ne peut être publiquement désigné comme auteur d'une attaque armée « sur la seule foi d'affirmations unilatérales ». Les autorités nigériennes, qui disent détenir des « éléments matériels et techniques concordants », « doivent les démontrer publiquement », afin qu'en soient examinées la nature, la fiabilité et la portée.


Le Niger avait indiqué que ces éléments seraient mis à la disposition des instances internationales compétentes, sans les rendre publics à ce stade.


Le Tchad dit par ailleurs souscrire à une enquête internationale indépendante, que Niamey a elle aussi demandée. Il exige que cessent les mises en cause publiques « dépourvues de preuves », tout en se disant ouvert à un échange direct « sur des faits établis ».


Un message de fermeté après une retenue


N'Djaména explique que, depuis les premières accusations qui avaient suivi les événements de Niamey des 28 et 29 août, il avait choisi de ne pas alimenter une polémique publique, par volonté de préserver les relations fraternelles entre les deux pays. Cette retenue, précise-t-il, ne valait « ni acquiescement, ni faiblesse ». La gravité des nouvelles accusations rend, selon lui, une mise au point indispensable.


Le gouvernement tchadien refuse d'être « érigé en bouc émissaire » des difficultés sécuritaires internes du Niger. Il dénonce une logique de « suspicion, de stigmatisation et de confrontation » qui consisterait à désigner comme ennemi du Niger tout État entretenant des relations avec un partenaire que Niamey juge indésirable.


Il avertit qu'il ne tolérera pas des accusations portant atteinte à son honneur, à sa souveraineté ou à son intégrité territoriale, et qu'il défendra ses droits et ses intérêts par les moyens que lui reconnaît le droit international.


Des reproches en retour


Le communiqué ne se limite pas à la défense. Le Tchad affirme avoir signalé à plusieurs reprises, depuis quatre ans, aux autorités nigériennes la présence sur leur territoire de groupes rebelles tchadiens armés, sans recevoir de démenti formel.


Parmi les mouvements armés tchadiens que citent des sources extérieures figurent le FACT, à l'origine de l'offensive d'avril 2021 qui a coûté la vie au président Idriss Déby Itno, et le CCMSR, dont trois responsables avaient été arrêtés à Agadez en 2017 puis extradés vers le Tchad.


Le gouvernement tchadien dit aussi qu'un militaire ayant déserté l'armée tchadienne s'est rendu au Niger avec un véhicule et une importante quantité d'armes pour rejoindre ces groupes, et que ni les armes, ni le véhicule, ni le déserteur n'ont été remis à N'Djaména.


Rappelant que le Tchad est un « pays pivot » dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, dont les forces ont consenti « le sacrifice ultime » pour préserver la stabilité des pays frères, y compris le Niger, le gouvernement prend enfin acte de la convocation de son ambassadeur par les autorités nigériennes.


Cette crise oppose deux pays qui ont pourtant été partenaires dans plusieurs cadres de lutte contre le terrorisme. Le Tchad et le Niger faisaient partie du G5 Sahel, créé en 2014 avec le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie. Le Mali s’en est retiré en mai 2022, puis le Burkina Faso et le Niger en décembre 2023. Le 6 décembre 2023, le Tchad et la Mauritanie, ses deux derniers membres, ont annoncé la dissolution prochaine de l’organisation.


Le Tchad reste membre, avec le Cameroun, le Nigeria et le Bénin, de la Force multinationale mixte chargée de lutter contre les incursions de Boko Haram dans la région du lac Tchad. Le Niger, membre depuis l’origine de cette force, a annoncé son retrait fin mars 2025, en invoquant la sécurisation de ses sites pétroliers. L’escalade entre N’Djaména et Niamey intervient donc dans une zone où les cadres de coopération sécuritaire se sont progressivement délités.


Cette réponse intervient une semaine après l'audience accordée, le 20 octobre, à l'ambassadeur du Niger par le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, que i-Sahel avait relevée comme un possible signe de dégel.


i-Sahel

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