Agadez : le drone qui fait voler en éclats le dégel Tchad-Niger
Dernière mise à jour : il y a 14 heures
Une frappe de drone partie du territoire tchadien, avec l'appui de la France. C'est l'accusation du gouvernement nigérien pour l'attaque qui a tué deux civils dans la région d'Agadez le 24 octobre. Niamey annonce une protestation solennelle, la saisine du Conseil de sécurité de l'ONU et de l'Union africaine, et demande une enquête internationale. Ces accusations interviennent quatre jours après la réception de l'ambassadeur nigérien par le ministre tchadien des Affaires étrangères.

Ceux qui s'attendaient à un dégel entre le Tchad et le Niger après la rencontre entre le ministre tchadien des Affaires étrangères et l'ambassadeur nigérien devront encore patienter. Et pour cause, une nouvelle accusation de Niamey contre N'Djamena, cette fois portée officiellement par le gouvernement nigérien.
Le gouvernement nigérien affirme que le territoire national a été la cible, le 24 octobre vers 1h du matin, d'une frappe aérienne par drone « menée depuis le territoire du Tchad » dans la zone d'Emi Lulu, dans la région d'Agadez, « avec l'appui d'une puissance étrangère, la France ». Selon un communiqué lu lundi soir à la Radio-Télévision du Niger (RTN), cette frappe a causé la mort de deux civils, fait des blessés et endommagé des véhicules.
Le gouvernement indique que les investigations menées par les forces de défense et de sécurité et par les autorités judiciaires ont permis d'établir l'origine de la frappe, « sur la base d'éléments matériels et techniques concordants ». Ces éléments seront, selon lui, mis à la disposition des instances internationales compétentes. Ils n'ont pas été rendus publics à ce stade.
Niamey qualifie la frappe d'acte d'agression et de « violation flagrante de la souveraineté nationale », contraire à l'article 2, paragraphe 4, de la Charte des Nations unies et aux principes de l'Union africaine.
Il accuse le Tchad de s'être « inscrit depuis plusieurs mois dans une démarche hostile » et d'offrir une « profondeur stratégique » à des mercenaires qui s'attaquent aux populations et aux infrastructures stratégiques et énergétiques du Niger.
Il affirme aussi que cette entreprise de déstabilisation bénéficie du soutien de certaines puissances étrangères, et attend des États concernés des clarifications publiques.
Le gouvernement nigérien dit avoir décidé de convoquer l'ambassadeur du Tchad pour lui notifier une protestation solennelle, de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, et de demander l'ouverture d'une enquête internationale indépendante, à laquelle il dit apporter son plein concours.
Il annonce aussi qu'il informera ses partenaires et alliés en les appelant à la solidarité, et qu'il renforcera la surveillance et la protection de l'espace aérien et des zones frontalières.
Il tient le Tchad pour entièrement responsable, exige la cessation immédiate de toute action hostile et la réparation des préjudices subis. Le gouvernement nigérien dit toutefois ne pas chercher l'affrontement. Il distingue le peuple tchadien, « frère » auquel il reste attaché, des choix de ses dirigeants.
Il rappelle qu'il se réserve, en vertu de l'article 51 de la Charte de l'ONU, le droit de prendre les mesures nécessaires pour défendre sa population, son territoire et ses intérêts vitaux.
Cette rapide évolution peut faire réfléchir car mardi 20 octobre, l'ambassadeur du Niger au Tchad, Anacko Mohamed, avait été reçu en audience par le ministre d'État, ministre des Affaires étrangères tchadien, Ahmat Kogri, dans le cadre d'une visite de courtoisie. Selon la diplomatie tchadienne, les échanges avaient porté sur le renforcement des relations bilatérales. i-Sahel y voyait un signal qui pouvait être considéré, par les deux pays, comme allant vers un dégel.
Cette audience intervenait pourtant après plusieurs semaines de méfiance. Comme l'avait rapporté i-Sahel, le capitaine Roger Gabriel avait évoqué, dans un témoignage diffusé par la RTN, des contacts avec des officiers tchadiens et une possible intervention venue du Tchad lors de la mutinerie du 28-29 août à la base aérienne 101 de Niamey. Ses affirmations, qui associaient aussi les forces spéciales françaises, n'avaient pas été étayées par des preuves formelles. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno avait seulement publié un verset coranique sur sa page Facebook, sans citer le Niger. Le 21 septembre, le général Ahmat Kogri avait remplacé Abdoulaye Sabre Fadoul à la tête de la diplomatie tchadienne. Selon des sources d'i-Sahel, l'éviction de ce dernier serait à mettre en lien avec la crise avec le Niger.
i-Sahel






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