De l’accord de défense à l’envoi d’unités : jusqu’où va la coopération entre Alger et Niamey ?

Le Conseil de la nation, chambre haute du Parlement algérien, a approuvé à l’unanimité, dimanche 25 octobre, la notification du président Abdelmadjid Tebboune concernant l’envoi d’unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger. Selon l’Agence de presse algérienne (APS), cette décision vise à protéger les intérêts énergétiques de l’Algérie et à mettre en œuvre l’accord bilatéral conclu avec Niamey.
Ce vote intervient quatre jours après la signature, à Alger, d’un protocole d’accord dans le domaine de la coopération militaire entre les deux pays. Il fait suite à la visite du ministre nigérien de la Défense nationale, le général d’armée Salifou Mody, reçu par son homologue algérien et par le président Abdelmadjid Tebboune.
Un vote unanime pour l’envoi d’unités
Réuni à huis clos sous la présidence d’Azouz Nasri, le Conseil de la nation a approuvé la notification présidentielle par 148 voix, dépassant ainsi le seuil des deux tiers requis par l’article 91 de la Constitution algérienne.
Le ministre d’État chargé des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, représentant le président de la République, a présenté les objectifs de la décision. Selon le communiqué du Conseil, les parlementaires ont notamment souligné la nécessité de protéger les intérêts énergétiques et d’assurer la mise en œuvre de l’accord bilatéral entre les deux pays.
Cette coopération énergétique s’est notamment concrétisée par un mémorandum d’entente signé le 24 mars 2026 dans le domaine des hydrocarbures, autour du développement du champ pétrolier de Kafra, dans le nord du Niger, par Sonatrach et sa filiale SIPEX, en partenariat avec la Société nigérienne du pétrole (SONIDEP). Le 2 juin, trois autres mémorandums ont été conclus entre des filiales de Sonatrach et la SONIDEP, portant notamment sur l’exploration pétrolière, les activités de forage et la distribution de produits pétroliers.
Salifou Mody à Alger : un protocole militaire signé le 21 octobre
Dans un compte rendu publié sur sa page Facebook, le ministère nigérien de la Défense nationale présente la visite du général Salifou Mody à Alger comme une nouvelle étape dans le renforcement des relations bilatérales. Selon ce texte, cette dynamique s’est notamment accélérée depuis la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani en Algérie, en février 2026, et concerne particulièrement les domaines de la défense et de la sécurité, auxquels elle donne « une dimension stratégique ».
Arrivé à Alger le mardi 20 octobre à la tête d’une délégation d’experts de son ministère, le général Mody a été reçu le lendemain au quartier général de l’ANP par son homologue algérien, le général d’armée Saïd Chanegriha, ministre délégué auprès du ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’ANP.
L’entretien, auquel ont participé les deux délégations, a été suivi de la signature d’un protocole d’accord dans le domaine de la coopération militaire.
Le général Chanegriha a présenté cette visite comme l’expression d’une volonté commune de renforcer les relations bilatérales et de faire face aux défis auxquels les deux pays sont confrontés. Évoquant « la vitalité des projets conjoints », il a estimé nécessaire de renforcer la coordination afin de protéger ces projets, d’assurer leur réalisation et de « mettre en échec toutes les actions subversives qui pourraient les viser ».
De son côté, Salifou Mody a salué une coopération couvrant la formation, l’équipement, la santé et le renforcement des capacités des forces nigériennes. Selon le compte rendu du ministère nigérien de la Défense, il a affirmé que cette coopération « a franchi un nouveau cap, s’élargissant ainsi au domaine opérationnel dans le cadre de la sécurisation des grands projets communs » initiés par les présidents Abdelmadjid Tebboune et Abdourahamane Tiani.
Dans l’après-midi du 21 octobre, le ministre nigérien a également été reçu par Abdelmadjid Tebboune. Il a transmis au président algérien les salutations et les remerciements du général Tiani ainsi que ceux du peuple nigérien. Les deux responsables ont abordé « plusieurs sujets d’intérêts communs », selon le compte rendu nigérien.
Des livraisons militaires aux projets énergétiques
Cette évolution fait suite à plusieurs opérations de soutien militaire algérien au Niger. Le 9 août 2026, l’Algérie a remis à l’armée nigérienne quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171, accompagnés de munitions, de pièces de rechange et d’équipements de soutien.
Le 30 août, quatre chasseurs algériens Su-30 sont arrivés à Niamey, avec un avion de transport Il-76 et un ravitailleur Il-78. Alger a présenté ce déploiement comme une mission de soutien à l’armée nigérienne après les événements survenus dans la nuit du 28 au 29 août sur la base aérienne 101.
Les autorités nigériennes avaient indiqué que Niamey avait sollicité cette assistance. Le président Abdourahamane Tiani avait ensuite remercié son homologue algérien pour ce soutien.
Les relations entre les deux pays couvrent également l’énergie et les télécommunications. Après la visite de Tiani en Algérie en février 2026, la Grande Commission mixte algéro-nigérienne s’est réunie en mars. En juin, une centrale électrique de 40 mégawatts, financée dans le cadre de la coopération bilatérale, a été inaugurée au Niger.
Le 8 septembre, plusieurs conventions ont été signées à Niamey dans le secteur des télécommunications, notamment entre Algérie Télécom et Niger Télécom. Elles prévoient un don de matériel de transmission et le développement de la liaison transsaharienne à fibre optique.
L’approbation de l’envoi d’unités de l’ANP par le Conseil de la nation vient ainsi s’ajouter aux livraisons d’équipements militaires et aux accords conclus dans les secteurs de l’énergie et des télécommunications.
i-Sahel






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