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Pascal Tigri, Niamey et Cotonou : les allégations d’un inspecteur de police nigérien

il y a 5 minutes
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La famille de l’inspecteur de police nigérien Habibou Oumarou Mamane, dit « Le Rebelle », l’avait signalé comme porté disparu depuis quelques jours avant la diffusion de son témoignage sur la télévision publique nigérienne (RTN), vendredi 23 octobre. Dans cette intervention, il affirme avoir été sollicité pour « localiser » le lieutenant-colonel béninois Pascal Tigri et organiser son « exfiltration ». Il évoque également des transferts d’argent, des contacts avec des interlocuteurs qu’il présente comme liés au Bénin et des échanges autour des événements survenus à Niamey les 28 et 29 août 2026.


Une opération présumée autour de Pascal Tigri


Selon Mamane, Amadou, dit Ange Barou Chekaraou, ancien directeur de cabinet adjoint de Mohamed Bazoum et membre du bureau politique du PNDS-Tarayya, l’aurait contacté le 27 février 2026 pour lui demander de « localiser Pascal Tigri » et d’organiser son « exfiltration ».

Le policier affirme que Chekaraou lui aurait expliqué que cette mission lui avait été confiée par un responsable des opérations de sécurité au Bénin. Il évoque une rémunération de « 50 millions de francs CFA », des passeports diplomatiques béninois et des affectations professionnelles.


D’après son récit, « cinq millions de francs CFA » auraient été remis à Chekaraou pour financer les recherches, dont deux millions seraient ensuite parvenus à Mamane. Il situe cette remise au 9 mars 2026, au Grand Marché de Niamey, par l’intermédiaire d’une autre personne.


Les autorités nigériennes avaient annoncé, le 17 septembre 2026, la déchéance provisoire de la nationalité nigérienne de Chekaraou.


Des transferts d’argent évoqués à Malanville


Mamane affirme avoir rencontré à Malanville, au Bénin, un homme prénommé David et un policier béninois. Selon lui, David aurait déclaré avoir transféré « cinq millions de francs CFA » à Chekaraou pour retrouver Pascal Tigri et ses hommes au Niger.


Le témoin dit ne pas savoir si David occupait réellement un poste important au sein des services béninois. Il affirme que cet homme lui aurait remis « 200 000 francs CFA » pour ses déplacements, dont la moitié aurait été destinée au policier qui l’accompagnait.


Mamane dit également avoir obtenu des renseignements auprès de personnes travaillant à la présidence nigérienne et d’un ancien agent du renseignement lié à un ancien conseiller à la sécurité de Mohamed Bazoum.


Des demandes de documents administratifs


Dans son témoignage, Mamane situe au 24 février 2026 une demande de Chekaraou portant sur la collecte de documents dans plusieurs services administratifs : la direction de la législation du ministère des Transports, le Secrétariat général du gouvernement et des secrétariats généraux ministériels. Il affirme ne pas avoir donné suite à cette demande.

Le 25 mars, Chekaraou lui aurait parlé d’un avocat qui cherchait à obtenir des documents concernant « l’affaire Bolloré ».


Le policier évoque également une rencontre, le 29 octobre 2025, avec une ressortissante française présentée comme la dirigeante d’une société spécialisée dans le renseignement et la sécurité. Mamane affirme avoir travaillé pour cette structure et indique que son seul client aurait été CFAO.


Un projet d’extraction de Mohamed Bazoum en juillet 2023


Mamane revient sur le 26 juillet 2023, jour du coup d’État contre Mohamed Bazoum menée par des militaires à la tête desquels se trouvait le général Abdourahamane Tiani, actuel président de la Refondation du Niger. Il affirme qu’il enseignait à l’école de police lorsqu’il a été appelé par le commandant du Groupe d’intervention de la police nationale (GIPN) pour se rendre au camp de la Garde nationale.


Selon lui, la réunion portait sur un projet d’« extraction » du président. Des responsables de la Garde nationale et des membres de l’équipe chargée de la protection rapprochée de Mohamed Bazoum auraient également été présents.


Le policier affirme qu’un colonel devait quitter Bosso pour prendre le contrôle de l’aéroport, tandis que des agents du renseignement présidentiel et des éléments de la garde rapprochée devaient fournir des informations sur la sécurité du président.


Des échanges autour des événements des 28 et 29 août 2026


Mamane affirme que, le 29 août 2026, jour de la mutinerie des forces spéciales du BSR-COS, la juriste et responsable politique nigérienne Safia Ekhya Amoumoune, qu’il dit connaître sous le nom de Khalel Kenza, lui a transmis le numéro de téléphone de Djibo Yaya, dit Dany Takoubakoye, ancien directeur de cabinet adjoint de Mohamed Bazoum.


Selon le policier, Takoubakoye cherchait à savoir « qui se trouvait derrière » les événements en cours. Il aurait estimé que la communauté internationale pourrait apporter son soutien si un premier contact était établi avec la personne à l’origine du mouvement.


Mamane affirme s’être rendu dans une base militaire de Niamey pour demander qui dirigeait les événements. Un officier lui aurait répondu qu’il ne le savait pas, mais que « la situation était sous contrôle ».


Le témoin dit également qu’une personne lui aurait proposé de rejoindre la rébellion du FSL de Mahmoud Salah, actuellement en Libye. Il affirme avoir accepté tout en transmettant des informations sans fondement, puis avoir intégré un groupe de discussion en ligne pour en suivre les publications.


Safia Ekhya Amoumoune et Djibo Yaya, dit Dany Takoubakoye, figurent, comme Chekaraou, parmi les personnes visées par des mesures de déchéance provisoire de la nationalité nigérienne annoncées par les autorités.


« On doit réussir la mission »


La RTN a diffusé un message vocal présenté comme provenant d’Ange Chekaraou et adressé à Mamane. La voix déclare notamment : « OK, Habibou, je compte sur toi. On doit réussir la mission. C’est fini, vous êtes sauvés. »


Le message évoque ensuite des personnes prêtes à financer l’opération, des sommes de « 20 millions de francs CFA par personne » et un montant de « 50 millions ». Il est également question de la possibilité de séjourner au Bénin ou de partir à l’étranger sous « protection diplomatique béninoise ».


Les déclarations de Mamane font suite à la diffusion par la RTN du témoignage du capitaine Roger Gabriel, consacré aux événements survenus à la base aérienne 101 les 28 et 29 août 2026 et à l’éventualité d’une intervention extérieure.


i-Sahel avait précédemment consacré un article aux accusations du capitaine dans le contexte des tensions entre le Niger et le Tchad : « Niger-Tchad : vers un conflit ouvert après les accusations du capitaine Roger Gabriel ? ».


Niamey et Cotonou entre tensions et rapprochement


Ces déclarations interviennent alors que les relations entre le Niger et le Bénin restent marquées par des tensions sécuritaires et des désaccords autour de la frontière, malgré des démarches diplomatiques visant à préserver les échanges.


Le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, a déclaré que « le Bénin n’est pas l’ennemi » du Niger.


i-Sahel


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