Défense : pourquoi le Nigeria se rapproche du Rwanda

Face à la persistance des violences jihadistes et à la nécessité de renforcer ses capacités militaires, le Nigeria cherche à diversifier ses partenariats. Une visite de cinq jours au Rwanda du chef d’état-major de l’armée de terre nigériane, le lieutenant-général Waidi Shaibu, a permis d’explorer plusieurs pistes de coopération, de la formation militaire à la production d’équipements de défense.
Reçu par le président rwandais Paul Kagame le 22 octobre, le responsable militaire nigérian a notamment plaidé pour le développement de capacités industrielles africaines. Selon trois communiqués de l’armée nigériane publiés les 21, 22 et 23 octobre, Abuja et Kigali veulent renforcer leurs échanges dans le renseignement, les technologies militaires et la fabrication d’équipements.
Réduire la dépendance aux équipements étrangers
Le développement de l’industrie de défense figure parmi les principaux axes de cette visite. Le 21 octobre, Waidi Shaibu s’est rendu à la Rwanda Engineering and Manufacturing Corporation (REMCO), une entreprise publique créée en 2018 et spécialisée dans l’ingénierie de précision, l’usinage, la fonderie et la fabrication de machines et de pièces détachées.
Le chef d’état-major nigérian a souligné l’importance de renforcer les capacités locales de production pour réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers. Il a notamment cité la Defence Industries Corporation of Nigeria (DICON), qui participe au développement de l’industrie de défense du pays.
Les discussions avec les responsables rwandais ont également porté sur les possibilités de recherche collaborative, de transfert de connaissances et de partenariats industriels. L’objectif affiché est de développer la production, la maintenance des équipements et les technologies de soutien sur le continent.
Renseignement, formation et nouvelles technologies
La coopération envisagée dépasse le domaine industriel. Lors des échanges avec les autorités militaires rwandaises, Waidi Shaibu a évoqué la formation spécialisée, les exercices conjoints, le partage du renseignement, la cybersécurité et l’aviation de l’armée.
Les deux pays souhaitent également explorer les possibilités offertes par les systèmes sans pilote, les moyens de surveillance avancée et l’intelligence artificielle. Ces technologies sont présentées par le responsable nigérian comme des leviers pour améliorer l’efficacité opérationnelle des forces africaines et limiter leur dépendance extérieure.
Lors du dîner organisé en clôture de la visite, le chef d’état-major a cité le terrorisme, l’extrémisme violent, le crime organisé transnational et la circulation illicite des armes parmi les menaces qui nécessitent une réponse coordonnée.
Il a mis en avant l’expérience du Nigeria dans la lutte antiterroriste et la contre-insurrection, ainsi que celle du Rwanda dans les opérations de soutien à la paix et la reconstruction postconflit. Son homologue rwandais, le général Vincent Nyakarundi, a exprimé l’espoir que cette visite débouche sur une coopération plus concrète et une meilleure interopérabilité entre les deux armées.
Le Nigeria confronté à plusieurs fronts sécuritaires
Ce rapprochement intervient alors que les forces nigérianes font face à une insurrection jihadiste persistante dans le nord-est du pays. Depuis 2009, Boko Haram et, depuis sa scission, l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) y mènent des attaques contre les forces de sécurité et les populations civiles.
D’autres régions sont confrontées à des violences armées, à des enlèvements et à des attaques contre les communautés et les infrastructures de sécurité. Cette situation pousse Abuja à rechercher des coopérations supplémentaires, aussi bien en Afrique qu’auprès de partenaires internationaux.
Début juillet, le ministre nigérian de la Défense, le général Christopher Musa, avait déclaré à l’AFP que son pays travaillait à renforcer sa coopération militaire avec le Bénin et le Niger. Il avait également évoqué la mise en place d’un secteur opérationnel le long de leur frontière commune pour coordonner les efforts des trois pays.
Selon le ministre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, cherchait à pénétrer au Nigeria depuis le Burkina Faso en passant par le Bénin. La coalition jihadiste y a d'ailleurs déjà revendiqué une attaque en octobre 2025 non loin de la frontière avec le Bénin. Depuis 2021, Ansaru, branche dissidente de Boko Haram a fait allégeance au JNIM.
Kigali, un partenaire aux expériences complémentaires
Pour Abuja, le Rwanda représente un partenaire potentiel dans plusieurs domaines, notamment la formation, l’organisation militaire, les opérations de soutien à la paix et le développement industriel. La visite a également permis au chef d’état-major nigérian de rencontrer Paul Kagame et plusieurs responsables de la défense rwandaise.
Les deux pays sont par ailleurs concernés par la menace jihadiste, dans des contextes géographiques différents. Le Nigeria combat l’ISWAP sur son territoire, tandis que le Rwanda doit tenir compte de l’instabilité dans la région des Grands Lacs, notamment des activités de groupes armés dans l’est de la République démocratique du Congo, où opère l’État islamique en Afrique centrale (ISCAP).
Cette convergence de préoccupations constitue un terrain possible pour des échanges d’expériences.
Une coopération encore à concrétiser
La visite de Waidi Shaibu s’inscrit dans la volonté affichée par Abuja et Kigali de renforcer leurs relations militaires et de promouvoir des capacités africaines de défense. Elle a permis d’identifier plusieurs domaines de coopération, de la production industrielle au partage du renseignement.
Sur le plan international, le Nigeria continue également de coopérer avec les États-Unis dans la lutte contre l’État islamique. Une opération américaine menée en mai a notamment entraîné la mort d’Abou-Bilal al-Minouki, présenté comme un haut responsable du groupe dans la région. Washington a ensuite réduit une partie de son déploiement militaire au Nigeria, tout en maintenant le partage de renseignements, selon une déclaration faite début juillet par le général Dagvin Anderson, chef du commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM).
Le rapprochement avec Kigali s’ajoute ainsi aux démarches entreprises par Abuja pour diversifier ses partenariats, renforcer son industrie de défense et améliorer les capacités de ses forces armées.
i-Sahel






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