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Mali : que révèle le rapport d'Anthropic sur la plateforme de surveillance de masse « Lakana 360 » ?

11 sept.
3 min de lecture

Dans son rapport de veille sur les menaces publié en septembre 2026, l'entreprise américaine Anthropic, éditrice du modèle d'intelligence artificielle Claude, révèle avoir identifié et démantelé un compte utilisé pour concevoir une plateforme nationale d'interception et de surveillance de masse destinée aux services de renseignement maliens. Le cas est répertorié sous la référence GTG-50027.


Un consultant, un système, vingt-cinq millions de numéros


Selon Anthropic, un utilisateur unique de Claude, probablement un consultant indépendant basé à Bamako et travaillant pour l'Agence nationale de sécurité d'État (ANSE), a utilisé l'IA comme principal outil d'ingénierie pour développer le système baptisé « Lakana 360 ». Cette plateforme contrôlerait environ 25 millions de cartes SIM réparties entre les trois opérateurs de téléphonie mobile du pays.


D'après l'enquête d'Anthropic, le système comporte une couche de collecte qui aspire les données des utilisateurs de télécommunications maliens : relevés d'appels, SMS, appels vocaux, avec une capture additionnelle du trafic vocal sur les réseaux mobiles.


Un module distinct permettrait de générer, à partir d'un numéro de téléphone quelconque, un dossier de renseignement rédigé par l'IA.


Le mandat judiciaire contourné, selon Anthropic


Le point le plus sensible du rapport concerne le cadre légal. La loi malienne exigerait normalement un mandat judiciaire pour la divulgation de certains enregistrements de surveillance. Or, toujours selon Anthropic, cette exigence aurait été retirée à la demande de l'opérateur du composant qui rédige les dossiers de renseignement, le pipeline ayant été reclassé comme un outil national avec un contrôle désactivé par défaut et une conservation des données à durée indéterminée.


Le rapport décrit également des fonctionnalités d'identification vocale des utilisateurs à travers plusieurs cartes SIM, de détection des usagers recourant au chiffrement ou à un VPN, de déduction de réunions clandestines, ainsi que des listes de surveillance géolocalisées croisées avec le registre civil biométrique national et d'autres registres d'État.


Anthropic dit avoir agi, sans pouvoir stopper le déploiement


Anthropic affirme avoir suspendu le compte de l'utilisateur et mis en place des mécanismes de détection pour prévenir toute utilisation future de ses modèles à des fins similaires. L'entreprise précise toutefois que la plateforme fonctionnait entièrement en local, sur un serveur d'IA installé sur place, ce qui signifie que la suspension du compte a perturbé le travail de conception de l'auteur identifié, mais n'a pas empêché le déploiement du système déjà construit.


Le rapport rappelle que le Département d'État américain et Human Rights Watch ont documenté des détentions et des enlèvements de figures de l'opposition, de journalistes et de membres de la société civile par les services de sécurité maliens.


À la date de publication de cet article, les autorités maliennes n'ont pas réagi publiquement aux conclusions du rapport d'Anthropic.


Le Mali, un cas parmi une trentaine recensés dans le monde


Le dossier malien ne figure que sous l'une des sept catégories d'abus détaillées par Anthropic dans son rapport, qui couvre la période de décembre 2025 à août 2026.


L'entreprise dit avoir aussi démantelé des cyberopérations d'espionnage attribuées à des groupes présumés liés à la Russie et à la Chine, ainsi qu'à des réseaux financiers affiliés à ShinyHunters.

Neuf opérations d'influence ont également été neutralisées, dont une menée depuis Bangui pour le compte de médias proches de la Russie et une autre ciblant la Malaisie en amont d'échéances électorales.


Plusieurs plateformes de surveillance et de répression transnationale opérées depuis la Chine et l'Iran ont par ailleurs été identifiées, visant notamment des communautés ouïghoures, tibétaines et de la diaspora iranienne.


Le rapport détaille aussi des programmes liés au développement d'armes conventionnelles, dont un tir d'essai de roquette guidée au Yémen et la conception d'un essaim de drones militaires en Russie, ainsi que des cas de recherche biologique à double usage, notamment sur le chikungunya et la grippe aviaire.


Anthropic évoque enfin un réseau d'applications de rencontre frauduleuses opéré depuis la Chine, ainsi que des campagnes de distillation illicite menées par plusieurs laboratoires d'IA chinois, dont Alibaba, DeepSeek et Moonshot, pour copier les capacités de Claude.


i-Sahel

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