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Niger : à Goumeri, un incident sans lien terroriste mais révélateur des enjeux de sécurité pétrolière

il y a 18 heures
4 min de lecture

crédit image ANP
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L’éruption du puits Goumeri W-8, survenue le 25 septembre dans le bloc d’Agadem, n’était toujours pas totalement maîtrisée au 12 octobre, selon le ministère nigérien du Pétrole. L’événement remet en lumière les enjeux liés à la sécurité des installations pétrolières au Niger.


Une éruption toujours pas totalement maîtrisée


Le 25 septembre 2026, une importante éruption de pétrole brut et de gaz s’est produite sur le puits Goumeri W-8, exploité par CNPC Niger Petroleum SA dans le bloc d’Agadem, dans l'est du pays. Selon le ministère nigérien du Pétrole, les hydrocarbures ont été projetés à plus de dix mètres de hauteur.


Dans un communiqué lu à la télévision nationale lundi 12 octobre, le ministère a indiqué que l’incident était partiellement contenu, mais pas encore totalement maîtrisé. La plateforme partagée avec les puits Goumeri W-3 et W-4 a subi d’importants dégâts, tandis que l’intégrité des installations voisines a été compromise.


Les causes précises de l’incident restent à déterminer. Selon les premières constatations communiquées par le ministère, les pistes criminelle et terroriste sont écartées à ce stade.


Aucun décès n’a été signalé. Deux employés exposés lors de la première journée de l’incident ont toutefois été hospitalisés.


Dans un article publié le 13 octobre, Le Monde a décrit une éruption pétrolière d’une « gravité exceptionnelle », soulignant la dimension environnementale de l’incident.


L’Agence France-Presse (AFP), dans un article repris par Connaissance des Énergies, rapporte que l’éruption n’était toujours pas totalement maîtrisée au moment de la communication des autorités. L’agence évoque également des images diffusées par la télévision nationale montrant du pétrole brut s’écoulant sur plusieurs centaines de mètres à partir du site.


L’AFP souligne que les autorités n’ont pas encore communiqué de chiffres sur le volume de pétrole déversé ni sur la superficie exacte de la zone touchée. Le Groupe de réflexion et d’action pour le Niger (GREN) a, de son côté, alerté sur les risques de contamination des sols, des eaux et des pâturages, ainsi que sur les conséquences possibles pour les troupeaux.


Ces éléments laissent ouvertes plusieurs questions sur l’étendue des dommages environnementaux et les mesures qui seront nécessaires pour y répondre.


Le pétrole, un secteur stratégique pour le Niger


L’incident intervient alors que le pétrole occupe une place croissante dans l’économie nigérienne. Le développement de la production et l’exportation par le pipeline Niger-Bénin ont renforcé le rôle des hydrocarbures dans les perspectives économiques du pays.


Dans notre article du 11 août 2026, De l’exportation brute à la transformation locale : l’AES pose les jalons d’une nouvelle gouvernance minière et énergétique, nous revenions sur la progression de la production pétrolière nigérienne, passée, d’environ 20 000 à près de 110 000 barils par jour. L’article abordait également les enjeux de gouvernance et la place des ressources énergétiques dans les stratégies économiques des pays de l’Alliance des États du Sahel.


Le 16 août, i-Sahel s’intéressait au projet de transformation locale avec Niger-ZIMAR : le pari d’une raffinerie de 100 000 barils/jour à Dosso. Ce projet illustre l’ambition des autorités de développer les capacités nationales de raffinage et de transformation des hydrocarbures.


La protection des installations pétrolières figure déjà parmi les priorités sécuritaires des autorités. Le 4 juin 2024, le ministère de la Défense a annoncé la création du Commandement des forces de protection et de développement (CFPD). Cette force est chargée de sécuriser les sites jugés stratégiques : les mines d’uranium du nord, les puits pétroliers du nord-est et l’oléoduc Niger-Bénin, long de près de 2 000 km. Sa mission annoncée était de prévenir les actes de sabotage, les attaques terroristes et les autres menaces visant ces sites. Le recrutement de 10 000 jeunes, prévu pour 2024, devait notamment fournir ses effectifs.


En janvier 2025, après plusieurs attaques contre l’oléoduc, l’armée a aussi signé avec la société chinoise Wapco (West African Oil Pipeline Company) des accords sur la sécurisation des opérations et des installations pétrolières. À Goumeri, où les autorités écartent pour l’heure toute piste criminelle ou terroriste, l’enjeu se déplace cependant vers la sûreté industrielle : la prévention des accidents d’exploitation, distincte de la protection contre les attaques.


L’éruption de Goumeri W-8 rappelle que le développement de cette filière implique également la prévention des accidents industriels, la protection des installations et la gestion des risques environnementaux liés à l’extraction.


Une enquête indépendante annoncée


Le ministère du Pétrole affirme avoir déployé une mission permanente sur le site. Le gouvernement a annoncé des mesures de précaution et de contrôle, ainsi que l’ouverture d’une enquête indépendante avec le concours d’experts algériens.


L’enquête doit établir les circonstances de l’incident et les responsabilités éventuelles. Le ministère précise que les questions relatives aux responsabilités et aux dommages seront traitées conformément à la législation en vigueur.


Des opérations de confinement en cours


Selon le communiqué officiel, les équipes interviennent jour et nuit pour contenir le pétrole brut. Des digues, des tranchées et des bassins ont été aménagés afin de récupérer les hydrocarbures et de les acheminer vers la station de traitement de Goumeri.


Les autorités ont également instauré des restrictions d’accès au site, renforcé la surveillance des concentrations de gaz et pris des mesures de prévention contre les incendies.


Le volume total de pétrole déversé et l’étendue des éventuels dommages environnementaux restent à déterminer. Leur évaluation figure parmi les enjeux de l’enquête annoncée par les autorités.


Un secteur pétrolier sous surveillance renforcée, à tous les maillons de la chaîne


L’épisode de Goumeri survient alors que le gouvernement nigérien multiplie les initiatives autour de la filière pétrolière. Le Premier ministre Ali Mahamane Lamine Zeine a ainsi annoncé, mardi 13 octobre, la mise en place d’un nouveau dispositif. « J’ai présidé, le lundi 12 octobre 2026, à mon cabinet, la cérémonie de mise en place du Comité technique de gestion des crises des produits pétroliers et de structuration de la dette croisée », a-t-il déclaré. Ce comité, dont la mission porte sur l’approvisionnement national en produits pétroliers, le renforcement des capacités de production de la SORAZ et l’apurement des dettes croisées entre acteurs du secteur, intervient sur le segment aval de la filière, raffinage et distribution, distinct du site amont de production de Goumeri, opéré par CNPC Niger Petroleum SA dans le bloc d’Agadem.


Ces deux dossiers, bien que distincts, dessinent une même réalité : un secteur pétrolier nigérien en expansion, où les autorités doivent simultanément gérer les risques industriels liés à l’extraction et les tensions structurelles pesant sur l’approvisionnement intérieur en carburant.


i-Sahel

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