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Bénin–Burkina Faso : Koalou, symbole du retour de la coopération militaire face à la menace du JNIM

Dernière mise à jour : 15 juil.

Alors que le Burkina Faso et le Bénin ont engagé une relance de leur coopération sécuritaire à la suite de la visite officielle du président béninois Romuald Wadagni à Ouagadougou, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrerait l'entrée d'une colonne des Forces armées burkinabè dans la zone de Koalou, territoire frontalier au cœur d'un ancien différend entre les deux États. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par la multiplication des attaques revendiquées par le JNIM le long de la frontière, renforçant les enjeux de coordination militaire face à une menace transfrontalière croissante.



Une vidéo filmée, semble-t-il, par un soldat béninois circule sur les réseaux sociaux, montrant ce mardi l'entrée d'une colonne militaire burkinabè à Koalou, zone frontalière disputée entre le Bénin et le Burkina Faso. Sur les images, on entend un militaire béninois lancer un « bonne arrivée » aux véhicules qui défilent — pick-up armés, véhicule blindé à roues, camions logistiques et matériel de génie transporté sur remorque.


Cette séquence, dont l'authenticité et le contexte exact n'ont pu être vérifiés de façon indépendante, interviendrait dans le cadre de la reprise de la coopération militaire entre les deux pays, engagée depuis l'investiture du nouveau président béninois, Romuald Wadagni, le 24 mai 2026, et concrétisée par une visite d'amitié et de travail effectuée à Ouagadougou le 2 juin 2026.


Selon le communiqué de presse conjoint lu par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, Romuald Wadagni avait été accueilli à son arrivée par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso, entouré de membres du gouvernement et des corps constitués. Les deux chefs d'État avaient procédé à un examen approfondi des relations bilatérales, réaffirmant leur volonté de bâtir un partenariat renouvelé fondé sur la confiance et le respect mutuel.


Concernant la situation sécuritaire régionale, ils avaient souligné l'impérieuse nécessité de renforcer la coopération et la concertation entre États voisins face au terrorisme, à la criminalité transfrontalière et aux formes d'extrémisme violent, tout en réaffirmant leur attachement au règlement pacifique des différends et à la diplomatie.



Le communiqué mentionnait également des avancées sur le plan économique — notamment autour du rôle stratégique du port autonome de Cotonou pour l'approvisionnement du Burkina Faso — ainsi que l'instruction donnée par les deux chefs d'État à leurs ministres des Affaires étrangères de convoquer dans les meilleurs délais la cinquième session de la Grande Commission mixte de coopération Burkina Faso-Bénin. Ibrahim Traoré avait par ailleurs accepté une invitation à effectuer une visite officielle au Bénin, dont les modalités restent à fixer par voie diplomatique.


Avec le Burkina Faso, les différends portaient notamment sur la coopération sécuritaire et sur le contentieux territorial de Kourou-Koalou, une zone neutre de 68 km² administrée conjointement depuis 2009 et actuellement soumise à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice. Le manque de sécurisation de cette zone, désertée par les forces des deux pays afin d'éviter tout incident diplomatique, en avait fait un foyer de trafics transfrontaliers et un point d'appui pour des groupes armés liés à Al-Qaïda.


Deux attaques du JNIM revendiquées dans cette même zone



Cette relance de la coopération sécuritaire intervient alors que la zone frontalière a été directement visée à deux reprises par le JNIM au cours des dernières semaines.

Dans un communiqué daté du 29 mai 2026, le groupe jihadiste a revendiqué une attaque contre deux casernes militaires à Koalou, affirmant avoir tué 12 soldats béninois et s'être emparé d'un véhicule militaire, de plusieurs armes, de munitions et d'autres équipements.


Dans un communiqué daté du 8 juin 2026, le JNIM a ensuite revendiqué une attaque contre un poste militaire à Boukli, également situé près de la frontière burkinabè, affirmant qu'un soldat béninois avait été tué et que des armes automatiques ainsi que divers équipements avaient été saisis.


Une menace régionale qui renforce l'intérêt d'une coopération transfrontalière


Le renforcement de la coopération militaire entre le Burkina Faso et le Bénin intervient dans un contexte marqué par une intensification des activités revendiquées du JNIM au Burkina Faso. Selon le Situation Report (SITREP) d'I-Sahel consacré à la période du 1er juin au 1er juillet 2026, le groupe a revendiqué plus de 14 opérations réparties dans six régions du pays, notamment dans l'Est, le Centre-Nord, le Nord, le Centre-Est, la Tapoa et la Boucle du Mouhoun.


L'analyse montre que ces opérations couvrent un espace allant de l'ouest du Burkina Faso jusqu'aux zones frontalières avec le Niger et le Bénin. Cette dispersion géographique est interprétée comme une stratégie d'usure, destinée à contraindre les forces de sécurité à disperser leurs moyens sur un front très étendu.


Le document relève également une évolution des modes opératoires du groupe, qui combine attaques contre des positions militaires, embuscades, saisies de matériels et recours accru aux engins explosifs improvisés (EEI). Une attaque revendiquée le 5 juin contre un véhicule blindé sur l'axe Bangani–Bourgo, dans la Tapoa, illustre cette diversification tactique à proximité immédiate des frontières béninoise et nigérienne.


Enfin, le SITREP souligne que les zones les plus actives se concentrent notamment dans le Centre-Nord, mais que les revendications s'étendent également vers l'Est du Burkina Faso, renforçant les préoccupations liées à la sécurité des espaces frontaliers avec le Bénin. Il rappelle toutefois que les revendications du JNIM, comme les bilans annoncés par les autorités burkinabè, n'ont pas pu être vérifiés de manière indépendante et doivent être interprétés avec prudence.


Ce que dit l'Indice mondial du terrorisme 2026 sur les deux pays


Le dernier rapport de l'Institute for Economics and Peace (IEP), publié en mars 2026 et portant sur l'année 2025, éclaire l'urgence de cette coopération.


Le Burkina Faso y occupe la deuxième place mondiale des pays les plus touchés par le terrorisme, avec un score de 8,324, en léger recul par rapport à 2024. Le rapport souligne toutefois que, malgré une baisse de 44,8 % du nombre de morts liées au terrorisme, les groupes armés ont accru leurs attaques contre des objectifs militaires.


Le Bénin apparaît pour sa part en 19ᵉ position mondiale avec un score de 5,434, en nette dégradation. L'IEP considère cette évolution comme le reflet de l'extension des violences depuis les États sahéliens vers les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest. Le rapport relève également le déploiement d'environ 3 000 soldats béninois le long des frontières nord afin de limiter les infiltrations de groupes armés, le JNIM étant identifié comme le principal acteur de cette expansion.


C'est dans ce contexte de menace régionale et de multiplication des attaques le long de la frontière que s'inscrit le rapprochement sécuritaire entre Ouagadougou et Cotonou. Si les images diffusées ce mardi à Koalou sont authentifiées, elles constitueraient l'une des premières manifestations concrètes de cette nouvelle dynamique de coopération militaire entre les deux États.


i-Sahel


Une note d'analyse approfondie sur ce dossier — chronologie détaillée, cartographie, lecture du matériel observé et mise en perspective régionale — est disponible sur demande à l'adresse isahel.net@gmail.com

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