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Bénin : Talon a-t-il vraiment quitté le pouvoir ?

Le Sénat béninois a élu ce jeudi son premier Bureau. Patrice Talon, ancien président de la République, en prend la présidence avec 24 voix sur 25, deux mois seulement après avoir quitté la magistrature suprême.




Réunis ce jeudi 6 août 2026 au siège de l'Assemblée nationale à Porto-Novo, les membres du Sénat béninois ont procédé à l'élection du Bureau de la nouvelle chambre haute du Parlement.


La séance, ouverte à 13h et close à 16h, a été dirigée par le Bureau d'âge, composé de la doyenne en second, Élisabeth Pognon, présidente de séance, assistée d'Adidjatou Mathys et de Charles Toko comme assesseurs. Tous les sénateurs étaient présents ou représentés, à l'exception de Nicéphore Dieudonné Soglo et d'Adrien Mbédi, excusés, qui avaient donné procuration respectivement aux sénateurs Théodore Solo et Louis Vlavonou.


Le vote s'est déroulé à bulletin secret pour chacun des quatre postes du Bureau, avec 25 votants. Patrice Talon a été élu président du Sénat avec 24 voix, contre 1 bulletin blanc et aucun vote contre. Louis Vlavonou a été élu vice-président avec 22 voix, 1 bulletin blanc et 2 votes contre. Alassane Seidou a été élu rapporteur avec 24 voix, 1 bulletin blanc et aucun vote contre.

Adidjatou Mathys a enfin été élue rapporteure suppléante, également avec 24 voix, 1 bulletin blanc et aucun vote contre. Le Bureau d'âge a proclamé ces résultats à l'issue du dépouillement, avant d'installer le nouveau Bureau conformément à l'article 102 du règlement intérieur du Sénat.


Prenant la parole après son élection, Patrice Talon a remercié ses collègues sénateurs pour « l'honneur et la confiance » placés en lui pour diriger l'institution durant les cinq prochaines années. Il a salué l'esprit de consensus ayant présidé à l'adoption du règlement intérieur et à la désignation du Bureau, évoquant une « ambiance extraordinaire qui a gommé, effacé nos divergences ».


Il s'est dit engagé à œuvrer pour le renforcement de l'unité nationale, de la stabilité politique, de la paix et de la démocratie, appelant ses pairs à le rappeler à l'ordre en cas de manquement.


Cette élection s'inscrit dans une nouvelle carrière institutionnelle pour l'ancien chef de l'État. Romuald Wadagni, ancien ministre de l'Économie et des Finances sous Patrice Talon, a été élu président de la République avec 94,05 % des voix lors du scrutin du 12 avril 2026, et a pris ses fonctions le 24 mai 2026, succédant à Patrice Talon au terme de ses deux mandats constitutionnels. Conformément à l'article 113-3 de la Constitution, les anciens présidents de la République élus siègent de droit au Sénat. Patrice Talon a intégré l'institution le 30 juillet dernier à ce titre, aux côtés de Nicéphore Soglo et de Thomas Boni Yayi.


Fait déterminant pour comprendre cette élection : ni Patrice Talon ni Thomas Boni Yayi ne pourront un jour retourner à la magistrature suprême. L'article 44 de la Constitution, tel que modifié par la loi n°2025-20 du 17 décembre 2025, dispose qu'aucune personne « ayant été élue deux fois président de la République et ayant exercé comme tel deux mandats » ne peut être candidate à la présidence. Boni Yayi a dirigé le pays de 2006 à 2016, Talon de 2016 à 2026. Tous deux ayant effectué deux mandats complets, cette disposition les écarte définitivement de toute nouvelle candidature présidentielle.


Pour l'ancien chef de l'État, la présidence du Sénat représentait ainsi la plus haute fonction institutionnelle encore accessible, un rôle qui lui confère, selon la Constitution, la direction d'une chambre dotée de pouvoirs de régulation de la vie politique et d'un droit de regard sur les lois électorales et constitutionnelles.


Au-delà du symbole, la question qui se pose est celle de l'influence réelle que conservera Patrice Talon depuis ce nouveau poste. Le Sénat n'est pas une simple chambre d'enregistrement : il dispose d'un droit de regard obligatoire sur les lois constitutionnelles, électorales et relatives aux partis politiques, qui ne peuvent être promulguées sans son avis de non-objection. Il peut également, selon l'article 113-1 de la Constitution, prononcer des sanctions de suspension ou de retrait des droits politiques ou civiques à l'encontre de certains acteurs politiques.


Avec l'élection de son Bureau, le Sénat dispose désormais des organes nécessaires pour lancer ses activités législatives et consultatives aux côtés de l'Assemblée nationale. Le Bénin rejoint ainsi le groupe des États africains dotés d'un Parlement bicaméral, une innovation majeure introduite par la révision constitutionnelle de novembre 2025.


i-sahel

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