Mali/Afrique : ce que révèle l'ONU sur le JNIM, l'EIS, le FLA et la menace jihadiste
- Infos du Sahel

- il y a 23 heures
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Le dernier rapport de l'Équipe de surveillance des sanctions des Nations unies, transmis le 10 août au Conseil de sécurité, dresse un état des lieux exhaustif de la menace jihadiste sur le continent africain. Coordination FLA-JNIM, financement par une rançon de 50 millions de dollars, rivalité avec l'État islamique au Sahel : plusieurs de ses constats viennent corroborer, depuis une source institutionnelle indépendante, les éléments documentés par i-sahel ces derniers mois sur le conflit malien.

Le trente-huitième rapport de l'Équipe de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies (S/2026/651), transmis le 10 août 2026 et couvrant la période du 16 décembre 2025 au 9 juin 2026, dresse un état des lieux détaillé de la menace jihadiste en Afrique. Plusieurs de ses constats recoupent directement, et parfois confirment avec un niveau de détail inédit, les éléments documentés par i-sahel ces derniers mois sur le conflit malien.
Afrique de l'Ouest : le JNIM, une force en expansion structurée
Le rapport évalue les effectifs du JNIM entre 7 000 et 8 000 combattants, dont environ la moitié concentrée au Mali. Il confirme que l'offensive lancée le 25 avril 2026 « a été planifiée et menée en coopération » avec le Front de libération de l'Azawad (FLA), précisant que si une coordination tactique entre les deux mouvements avait déjà été observée, ces opérations ont marqué « un approfondissement significatif de leur collaboration ».
Cette formulation vient corroborer, avec l'autorité d'une source onusienne indépendante, ce qu'i-sahel documentait dès le 19 juillet : le passage d'une proximité feutrée entre FLA et JNIM à une coordination ouvertement revendiquée dans des communiqués officiels, depuis la chute de Kidal jusqu'à l'embuscade de Tabrichat le 18 juillet.
Le rapport précise que l'objectif immédiat de cette offensive n'était pas de renverser le gouvernement malien ni de prendre Bamako, mais d'accroître la pression sur les autorités, d'unifier les forces d'opposition et de consolider l'influence du JNIM dans le nord et le centre du pays.
Il détaille également l'assaut mené par 200 combattants du JNIM sur la ville-garnison de Kati, où le ministre de la Défense, Sadio Camara a été tué par un attentat-suicide à la voiture piégée, ainsi que les pertes subies par le groupe dans cette séquence, notamment au sein de la Katiba Macina.
Une rançon émiratie de 50 millions de dollars au cœur du financement
Sur le plan financier, le rapport établit qu'une rançon d'environ 50 millions de dollars, perçue en 2025 pour la libération d'un otage, a été largement redistribuée entre les katibas du JNIM et a « joué un rôle clé » dans le financement de l'offensive du 25 avril, une partie des fonds ayant également été allouée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI).
Le rapport onusien ne nomme ni l'otage ni le payeur. Selon Reuters, citant plusieurs sources régionales, ce versement proviendrait des Émirats arabes unis, qui auraient payé cette somme pour obtenir la libération d'un dignitaire émirati, enlevé par le JNIM dans la banlieue de Bamako, ainsi que de deux autres otages capturés au même moment.
Le document détaille par ailleurs les capacités opérationnelles du JNIM : usage de drones commerciaux modifiés (notamment des DJI Mavic 3) pour larguer des munitions improvisées, et recours à des dizaines de terminaux de communication satellite commerciaux assurant une coordination en temps réel entre unités dispersées, des éléments qui viennent enrichir la description, déjà proposée par i-sahel, d'un mouvement de plus en plus structuré et coordonné avec le FLA.
Le rapport confirme également que la coopération JNIM-FLA, reconnue dans plusieurs déclarations du JNIM, a été condamnée par l'État islamique dans un éditorial d'Al-Naba publié le 30 avril, précisant ainsi la date de cette critique qu'i-sahel avait évoquée sans la dater précisément dans son enquête du 19 juillet.
Au-delà du Mali, le rapport signale une expansion du JNIM au Burkina Faso (plus de 130 attaques revendiquées en 2026, rapprochement de Ouagadougou), au Niger (au moins 17 attaques) et au Bénin (six attaques dans le nord, débuts de recrutement local), tandis que la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Sénégal demeurent principalement des zones de transit logistique.
Une rivalité croissante avec l'État islamique au Sahel
Le rapport documente une intensification de la rivalité entre le JNIM et l'État islamique au Sahel (EIS), qualifiée de confrontation directe la plus intense au monde entre une branche d'Al-Qaïda et une filiale de l'État islamique. L'EIS, doté d'environ 2 000 combattants et bénéficiant d'un soutien croissant de l'ISWAP (branche ouest-africaine de l'EI), a critiqué l'alliance du JNIM avec le FLA et revendiqué avoir tué près de 100 combattants du JNIM entre février et avril, au Niger et au Burkina Faso.
L'attaque de l'aéroport international de Niamey, le 29 janvier, menée par une quarantaine de combattants de l'EIS avec un appui logistique de l'ISWAP, illustre selon le rapport une capacité croissante à mener des opérations urbaines complexes.
Ce constat éclaire, en creux, les tensions au sein de la mouvance jihadiste que relevait déjà i-sahel : l'observateur interrogé par notre rédaction évoquait une « alliance de circonstance et temporaire » entre FLA et JNIM, minée par des rivalités internes, une lecture qui trouve un écho dans la rivalité active, documentée par l'ONU, entre le JNIM et l'EIGS lui-même.
Afrique centrale, australe et orientale
En République démocratique du Congo, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l'État islamique, comptent entre 1 500 et 2 000 membres et ont mené plus de 80 attaques entre janvier et mai, faisant plus de 400 morts, avec une expansion vers le nord jusqu'à la province du Haut-Uélé.
Au Mozambique, dans la province de Cabo Delgado, les effectifs d'Ahl al-Sunna wal-Jama'a (ASWJ) sont estimés à 400-500 combattants, en hausse malgré les opérations militaires multinationales en cours, avec un intérêt croissant pour des opérations maritimes.
En Somalie, Al-Shabaab semble avoir amorcé un recentrage vers des opérations plus ciblées et stratégiques, avec une baisse des attaques autour de Mogadiscio, tandis que l'État islamique en Somalie demeure sous forte pression sécuritaire, avec 150 à 250 combattants principalement concentrés dans les monts Cal Miskaat.
En Afrique du Nord, AQMI, bien que fragilisée, conserve 200 à 300 combattants dans la région ; son chef, Abu Ubaydah Yusuf al-Anabi, se déplacerait entre le nord du Mali et le nord du Burkina Faso, coordonnant avec Iyad Ag Ghali et participant aux réunions de direction du JNIM, confirmant le rôle de « colonne vertébrale idéologique et logistique » que le rapport attribue à AQIM vis-à-vis du JNIM.
Ce que cela change pour la lecture du dossier malien
Pris dans leur ensemble, ces éléments confirment, depuis une source institutionnelle indépendante, l'essentiel des constats déjà avancés par i-sahel : une coordination FLA-JNIM approfondie et non circonstancielle depuis le 25 avril, un financement extérieur (rançon émiratie présumée) ayant directement soutenu l'offensive, et des tensions internes à la mouvance jihadiste régionale, autant d'éléments qui viennent complexifier la ligne de dissociation adoptée par le FLA depuis la libération des 82 militaires le 13 août, dans le contexte des accusations de crimes de guerre à Tabrichat.
i-sahel




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