Mali : la libération des 82 militaires a-t-elle changé quelque chose ?
- Infos du Sahel

- il y a 2 jours
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Le 13 août, l’annonce de la libération de 82 militaires maliens par le Front de libération de l’Azawad (FLA) avait pu apparaître comme une rare ouverture dans un conflit qui se prolonge depuis avril. Cinq jours plus tard, les faits dessinent une réalité différente. Aucune accalmie durable ne s’est installée.

Du nord au sud du Mali, la semaine écoulée a été marquée par la poursuite des opérations du JNIM, du FLA et des Forces armées maliennes (FAMa), tandis que Bamako donnait à la libération des militaires une dimension politique et institutionnelle avec leur réception au palais de Koulouba.
13-15 août : le JNIM poursuit ses opérations
Alors que le FLA achevait le processus de libération des 82 militaires, le JNIM continuait de communiquer sur ses opérations à travers son organe de propagande, Az-Zallaqa.
Le 13 août, le groupe a revendiqué l’attaque à l’engin explosif improvisé d’une patrouille de l’armée malienne entre Sandaré et Ségala, dans la région de Kayes, dans l'ouest.
Le 14 août, alors que le FLA finalisait la remise des militaires libérés aux autorités maliennes, le JNIM affirmait avoir pris le « contrôle total » d’un point militaire de l’armée malienne dans les environs de Koutiala, dans la région de Sikasso, dans le sud.
Le 15 août, le mouvement revendiquait enfin l’assassinat d’un membre des milices Donzo dans les environs de Somadougou, dans la région de Mopti, au centre.
Trois communications en trois jours, sur trois théâtres distincts : Kayes, Sikasso et Mopti. La séquence montre surtout que la libération des militaires détenus par le FLA n’a pas modifié le rythme opérationnel du JNIM.
16 août : six militaires blessés remis au CICR
Trois jours après la libération des 82 militaires, le FLA a annoncé une nouvelle opération.
Dans son communiqué, le mouvement affirme avoir remis, le 16 août, six militaires maliens blessés au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ces hommes avaient été faits prisonniers lors d’affrontements avec les FAMa.
Le FLA présente cette remise comme conforme aux « principes islamiques relatifs à la préservation de la dignité humaine » et au droit international humanitaire.
Le CICR a confirmé l’opération. L’organisation a indiqué avoir facilité le transfert médical des six militaires depuis le Centre de santé de référence de Kidal vers l’hôpital de Gao, par voie aérienne.
Nicolas Lambert, chef de la délégation du CICR au Mali, a rappelé le rôle d’intermédiaire neutre de l’organisation et précisé que l’opération avait été menée grâce aux garanties de sécurité obtenues de toutes les parties.
17 août : les 82 militaires reçus à Koulouba
Le lendemain, les 82 militaires libérés le 13 août ont été reçus par le président de la Transition, Assimi Goïta, au palais de Koulouba.
La cérémonie s’est déroulée en présence notamment du ministre délégué auprès du ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le général Oumar Diarra, du secrétaire général de la Présidence, du directeur de cabinet du chef de l’État et du chef d’État-Major général des Armées, Élisée Jean Dao.
Prenant la parole au nom des militaires libérés, le colonel Adama Bakayoko a remercié les autorités pour les efforts ayant conduit à leur libération. Il a également assuré de la disponibilité de ses compagnons à retourner au front, affirmant qu’« aucune portion du territoire national ne sera cédée ».
Du côté de l’armée, le chef d’État-Major général a insisté sur l’absence de négociations avec le JNIM ou les autres groupes armés. Selon lui, les conditions auraient plutôt été réunies pour rendre la détention des militaires « intenable pour leurs ravisseurs ».
Cette version contraste avec plusieurs pistes évoquées ces derniers jours par différentes sources contactées par i-Sahel, notamment celles faisant état d’un possible échange de prisonniers ou d’une médiation nigérienne.
Oumar Diarra a, pour sa part, évoqué « l’effort conjugué de l’ensemble des acteurs » et mis en avant l’« intense campagne aérienne » menée par l’État-Major contre les groupes armés.
Sur le terrain, les opérations ne ralentissent pas
Les événements militaires de la semaine donnent du poids à cette dernière lecture.
Dans le cadre de l’opération Dougoukoloko, l’État-Major général des Armées a communiqué presque quotidiennement sur des frappes aériennes contre des positions ou regroupements attribués aux groupes armés.
Le 15 août, des regroupements de combattants armés auraient été détectés puis traités au nord-est de Sandaré, dans l'ouest.
Le 16 août, l’armée annonçait des frappes contre des refuges situés dans la ville de Kidal (nord) et présentés comme abritant des membres de la coalition JNIM/FLA. Des points de concentration ont également été visés dans les secteurs de Tinzaouatène et Talhandak, toujours dans le nord.
Le 17 août, deux nouvelles opérations ont été annoncées, l’une contre un point de regroupement du JNIM dans le secteur d’Andéramboukane, dans la région de Ménaka, dans le nord-est, l’autre contre des éléments armés se déplaçant à moto et suivis jusqu’à Gathi-Loumo, dans la région de Mopti.
La dynamique observée est donc celle d’une pression militaire maintenue, malgré les gestes liés à la libération de prisonniers.
Le JNIM silencieux sur les libérations de civils
Selon plusieurs sources contactées par i-Sahel, le JNIM aurait également procédé à la libération de plusieurs civils détenus dans le cadre des embargos imposés par le mouvement à certaines localités maliennes.
À ce stade, aucune confirmation officielle n’a toutefois été publiée par le JNIM.
Cette absence de communication est à mettre en regard de l’activité soutenue d’Az-Zallaqa sur le volet militaire. Entre le 13 et le 15 août, le groupe a continué de revendiquer ses opérations, tout en restant silencieux sur d’éventuelles libérations de civils.
Autrement dit, le silence du JNIM ne signifie pas absence d’activité. Il semble plutôt traduire une sélection dans les sujets que le mouvement choisit de rendre publics.
Accident aérien à Tombouctou et montée en puissance de la communication russe
La semaine a également été marquée par un accident aérien à Tombouctou.
Le 17 août, un Beechcraft 1900C de l’Armée de l’air malienne a effectué un atterrissage forcé à la suite d’une avarie moteur. Les 19 personnes présentes à bord ont survécu et aucune victime au sol n’a été signalée.
Dans le même temps, Africa Corps, le dispositif militaire russe présent au Sahel, a multiplié les communications.
Les 16 et 17 août, il a notamment communiqué sur la formation de soldats burkinabè puis de parachutistes maliens, illustrant une présence russe qui continue de faire l’objet d’une communication régulière dans la région.
Ce que cette semaine dit du conflit
La libération des 82 militaires maliens constitue un événement important, mais elle n’a pas produit, à ce stade, d’effet visible sur le rythme des combats.
Le FLA a poursuivi ses gestes autour des prisonniers, avec la remise de six militaires blessés au CICR. Bamako a transformé la libération des 82 hommes en séquence politique, avec leur réception à Koulouba et un discours insistant sur l’absence de négociations.
Sur le terrain, en revanche, les opérations se sont poursuivies.
Les FAMa ont maintenu leurs frappes contre des positions attribuées au JNIM et au FLA. Le JNIM a continué à revendiquer des attaques sur plusieurs fronts, sans confirmer publiquement d’éventuelles libérations de civils.
C’est probablement le principal enseignement de cette semaine : les gestes humanitaires et les canaux de médiation peuvent évoluer parallèlement à une guerre qui, elle, ne connaît pas de pause.
i-sahel




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