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Niger : pourquoi Niamey se tourne vers les services de renseignement sud-africains




La visite à Niamey du directeur général de l'Agence de la sécurité d'État sud-africaine, Jeffrey Thokoane Kubyane, reçu mercredi par le ministre d'État, ministre de l'Intérieur, le général Mohamed Toumba, dépasse le simple cadre protocolaire. En annonçant avoir exploré les « voies et moyens d'élargir la coopération » entre les deux institutions, les autorités nigériennes laissent entrevoir un intérêt croissant pour les capacités des services de renseignement sud-africains.


Ce rapprochement intervient alors que le Niger est confronté à une menace jihadiste de plus en plus complexe, caractérisée par la coexistence de plusieurs groupes armés, l'intensification des attaques, l'évolution des modes opératoires et l'importance grandissante des réseaux de financement. Dans ce contexte, la question n'est plus seulement de savoir comment renforcer les capacités militaires, mais aussi comment améliorer le renseignement, anticiper les attaques et perturber les circuits logistiques et financiers des organisations terroristes.


Une menace qui se diversifie


Le 37ᵉ rapport de l'Équipe d'appui analytique et de surveillance des sanctions des Nations unies, remis au Conseil de sécurité en février 2026, dresse un constat préoccupant de la situation sécuritaire au Niger.


Le document identifie trois principaux acteurs jihadistes opérant sur le territoire.

Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, est implanté principalement dans les régions de Tillabéri et de Tahoua, où ses opérations sont dirigées par Abou Ghosmane. Selon les Nations unies, l'organisation cherche à sécuriser ses axes d'approvisionnement en armes, munitions et véhicules afin de soutenir son expansion régionale.

L'État islamique au Sahel, anciennement État islamique au Grand Sahara (EIGS), demeure particulièrement actif dans les régions de Tillabéri, Tahoua et Dosso, où il privilégie les attaques asymétriques contre les forces de sécurité et les populations civiles.


À l'est, dans la région de Diffa, la Province de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP) poursuit ses activités, tandis que Boko Haram reste présent autour du bassin du lac Tchad. Le rapport relève également une augmentation des enlèvements contre rançon, devenus une source essentielle de financement des groupes armés.


Les Nations unies soulignent par ailleurs que les affrontements entre le JNIM et l'État islamique au Sahel ont repris entre août et octobre 2025 autour de Tillabéri, mettant fin à une période de relative accalmie et contribuant à une dégradation de la situation dans l'ouest du Niger.


Une pression opérationnelle qui s'accentue


Cette photographie stratégique est confortée par le SITREP realisé par i-sahel et consacré aux activités revendiquées par le JNIM entre le 13 mars et le 23 mai 2026, qui met en évidence une nette montée en puissance des opérations du groupe dans la région de Tillabéri.


En un peu plus de deux mois, le document recense dix opérations revendiquées, combinant engins explosifs improvisés, embuscades terrestres et fluviales, tirs de mortier, prises de positions et attaques contre des garnisons militaires. Ces informations proviennent des communiqués du JNIM et n'ont pas été confirmées officiellement par les autorités nigériennes.

Le document met également en évidence une diversification des modes opératoires et une extension progressive des zones d'action du groupe, qui s'étendent de Samira et Saye vers Kourégou, Guermawa, Kirtachi et Godyé.


L'attaque de Kirtachi, revendiquée le 20 mai, apparaît comme la plus importante de cette campagne. Selon le JNIM, plusieurs dizaines de militaires nigériens auraient été tués, sept autres capturés et plusieurs véhicules militaires saisis ou détruits. Deux jours plus tard, le groupe diffusait une vidéo montrant les soldats capturés, dans un objectif de propagande. Ces affirmations n'ont toutefois pas été confirmées par les autorités nigériennes.


Des groupes capables de frapper jusqu'à Niamey


La menace ne se limite plus aux régions frontalières. En moins de six mois, les deux principales organisations jihadistes actives au Sahel ont revendiqué des attaques contre une même cible stratégique : l'aéroport international Diori Hamani de Niamey, qui accueille également des installations militaires.


À la fin du mois de janvier 2026, l'État islamique au Sahel a revendiqué une attaque contre le complexe aéroportuaire, démontrant sa capacité à frapper un objectif hautement symbolique situé au cœur de la capitale.


En juin 2026, le JNIM revendiquait à son tour une attaque contre cette même infrastructure.


Le fait que deux organisations concurrentes aient successivement choisi de cibler le même objectif stratégique traduit une évolution de la menace. Les groupes jihadistes ne cherchent plus uniquement à contrôler les espaces ruraux ; ils démontrent également leur capacité à préparer des opérations complexes contre des infrastructures critiques de l'État.


Pourquoi l'Afrique du Sud ?


Face à cette évolution, le choix de se rapprocher des services sud-africains apparaît moins surprenant qu'il n'y paraît.


L'Afrique du Sud ne possède certes pas l'expérience d'une guerre contre-insurrectionnelle comparable à celle du Sahel. Son principal engagement militaire contre une insurrection jihadiste reste sa participation à la Mission de la SADC au Mozambique (SAMIM), déployée à Cabo Delgado entre 2021 et 2024.


En revanche, Pretoria a développé une expertise reconnue dans plusieurs domaines devenus essentiels pour la lutte antiterroriste moderne : le renseignement stratégique, le renseignement financier, la lutte contre le blanchiment de capitaux, le suivi des flux financiers illicites et la coopération entre services de sécurité.


Cette expertise est d'autant plus significative que l'Afrique du Sud est elle-même confrontée à la présence de réseaux de soutien de l'État islamique sur son territoire.


Une expertise reconnue contre le financement du terrorisme


Le Centre de ciblage du financement du terrorisme (Terrorist Financing Targeting Center – TFTC), qui rassemble les États-Unis et les pays du Conseil de coopération du Golfe, a récemment sanctionné trois facilitateurs de l'État islamique opérant en Afrique.


Parmi eux figure Zayd Gangat, basé en Afrique du Sud et présenté par le Trésor américain comme un formateur et facilitateur de l'organisation. Selon Washington, il aurait participé au financement des activités de l'État islamique grâce à des vols, des extorsions et des enlèvements contre rançon.


Les sanctions concernent également Hamidah Nabagala, active en République démocratique du Congo, et Abdiweli Mohamed Yusuf, chef de la branche somalienne de l'État islamique depuis 2019.


Ces dossiers montrent que les services sud-africains ont dû développer leurs capacités d'identification des réseaux financiers clandestins, des mécanismes de blanchiment et des circuits internationaux de financement du terrorisme.


Un partenariat davantage tourné vers le renseignement


La rencontre entre Jeffrey Thokoane Kubyane et le général Mohamed Toumba s'inscrit ainsi dans la stratégie plus large de diversification des partenariats sécuritaires engagée par le Niger depuis 2023.


Après le renforcement de ses relations avec la Russie, l'Africa Corps, la Turquie et l'Algérie, Niamey semble désormais vouloir tirer parti de l'expertise d'un autre acteur africain disposant de capacités reconnues dans le domaine du renseignement.


À ce stade, aucun accord opérationnel n'a été annoncé. Le communiqué officiel évoque uniquement l'exploration de nouvelles formes de coopération.


Toutefois, au regard de la dégradation de la situation sécuritaire documentée par les Nations unies et de la montée en puissance des opérations revendiquées par le JNIM dans le Tillabéri, ce rapprochement pourrait répondre à un besoin de plus en plus pressant : renforcer les capacités de renseignement, mieux identifier les réseaux de financement, anticiper les attaques complexes et améliorer le partage d'informations entre services de sécurité.


Dans une lutte où les groupes jihadistes combinent désormais opérations militaires, propagande, criminalité organisée et financements transnationaux, ces capacités pourraient constituer l'un des principaux apports de la coopération entre Niamey et Pretoria.


i-sahel

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