Niger-Bénin : la mutinerie menace-t-elle le fragile rapprochement ?
- Infos du Sahel

- il y a 22 heures
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La mutinerie survenue dans la nuit du 28 au 29 août à la base aérienne 101 de Niamey pourrait avoir des conséquences au-delà de la crise interne aux forces armées nigériennes. Mardi, le capitaine Roger Gabriel, qui s'est présenté comme commandant de compagnie au 1er bataillon parachutiste, est apparu sur la télévision nationale (RTN) pour livrer sa version des événements. Un récit qui remet notamment le Bénin et la CEDEAO au centre des accusations portées autour de cette crise.
En tenue militaire, l’officier a expliqué ne pas avoir participé à la mutinerie. Il affirme qu’il se trouvait à son domicile lorsque les premiers tirs ont éclaté et qu’il a ensuite reçu de sa hiérarchie la mission de sécuriser le camp Bagaji, puis le deuxième pont de Niamey.
Mais c’est surtout son récit des heures qui ont suivi qui attire l’attention. Le capitaine affirme avoir reçu plusieurs appels et messages faisant état d’une possible intervention extérieure en soutien aux militaires retranchés à la base 101.
Le Bénin de nouveau au cœur des accusations
Parmi les éléments avancés par le capitaine Gabriel figurent des contacts qu’il présente comme liés à l’entourage de l’ancien président Mohamed Bazoum. Selon son récit, certaines personnes auraient évoqué une possible intervention du président béninois, en coordination avec la Côte d’Ivoire et des forces spéciales françaises.
L’officier affirme également qu’un prétendu feu vert aurait été obtenu au niveau de la CEDEAO. Il évoque par ailleurs un contact avec un colonel tchadien qui aurait parlé d’une intervention depuis le Tchad, avec la participation des autorités tchadiennes et de forces spéciales françaises.
Il mentionne encore des appels provenant de France, de Dubaï et de Belgique, ainsi que des messages WhatsApp faisant état d’une éventuelle intervention de partenaires français. Le capitaine affirme avoir transmis l’ensemble de ces informations à sa hiérarchie.
Ces accusations sont particulièrement sensibles dans le cas du Bénin. Elles réintroduisent dans le débat l’hypothèse d’une implication extérieure alors que les relations entre Niamey et Cotonou commençaient à montrer quelques signes d’apaisement.
Un dégel encore fragile entre Niamey et Cotonou
Depuis la levée des sanctions régionales contre le Niger, le Bénin a rouvert sa portion de la frontière commune. Le président béninois Romuald Wadagni s’est également rendu à Niamey parmi ses premiers déplacements après son investiture.
Mais le rapprochement reste bloqué sur la question de la frontière. Fin juillet, le général Abdourahamane Tiani avait évoqué des « préalables » à sa réouverture, sans annoncer de calendrier. Il avait notamment déclaré vouloir une frontière « des peuples et non une frontière d'un individu ».
Début août, le porte-parole du gouvernement béninois, Wilfried Léandre Houngbédji, affirmait de son côté que Cotonou avait « fait tout ce qu'il pouvait objectivement faire », tout en reconnaissant ne pas comprendre ce qui bloquait encore la situation.
C’est dans ce contexte de dégel prudent que survient le témoignage du capitaine Gabriel. En évoquant une possible intervention béninoise aux côtés des mutins de la base 101, avec un soutien français et un prétendu feu vert de la CEDEAO, il remet en circulation un narratif particulièrement sensible pour les relations entre les deux pays.
La CEDEAO à nouveau associée au récit de la crise
La référence à la CEDEAO est elle aussi lourde de conséquences. Le Niger, avec le Mali et le Burkina Faso, a quitté l’organisation régionale après la crise provoquée par le coup d’État de juillet 2023 et les sanctions qui ont suivi.
Depuis, les autorités de Niamey ont régulièrement dénoncé ce qu’elles considèrent comme des tentatives de déstabilisation liées à des acteurs extérieurs. Le récit du capitaine Gabriel s’inscrit dans cette lecture en évoquant un possible feu vert de la CEDEAO à une intervention destinée à soutenir les mutins.
Ces éléments restent toutefois à établir. Aucun des pays cités dans son récit, Bénin, Tchad, France ou Côte d’Ivoire, n’a, à notre connaissance, confirmé publiquement les faits qui lui sont attribués.
L’enjeu dépasse néanmoins le seul contenu de ce témoignage. En remettant le Bénin et la CEDEAO dans le récit de la mutinerie, il risque de raviver une méfiance que les premiers signes de rapprochement entre Niamey et Cotonou n’avaient pas encore permis de dissiper.
Pour le Niger, la question est désormais de savoir si cette séquence restera cantonnée au récit de la crise du 28-29 août ou si elle pèsera sur le dossier, déjà fragile, de la réouverture de la frontière avec le Bénin.
i-Sahel




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