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Face au JNIM et à l’EI, Ouagadougou se tourne vers Le Caire



Le Burkina Faso entend renforcer sa coopération sécuritaire avec l’Égypte, notamment en matière de lutte contre le terrorisme.


En visite au Caire depuis le 31 août, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a évoqué avec son homologue égyptien Badr Abdelatty les moyens de renforcer cette coopération.


Le Caire a notamment proposé son expertise en matière de formation et de renforcement des capacités.


L’expérience égyptienne contre l’EI


L’intérêt de Ouagadougou pour l’expérience égyptienne tient notamment au recul marqué de la menace liée à l’État islamique dans la péninsule du Sinaï.


Depuis plusieurs années, les forces égyptiennes ont mené des opérations combinant renseignement, contrôle territorial, surveillance des frontières et lutte contre les réseaux logistiques des groupes jihadistes.


Cette expérience pourrait intéresser les autorités burkinabè alors que le pays cherche à renforcer ses capacités face aux groupes armés qui opèrent sur son territoire.


Le JNIM, principale menace à prendre en compte


Ouagadougou n’est en effet pas confronté à la seule menace de l’État islamique au Sahel (EIS). Le JNIM, affilié à Al-Qaida, mène régulièrement des attaques sur le territoire burkinabè et constitue une menace majeure.


Le 38e rapport de l’Équipe de surveillance des sanctions de l’ONU, couvrant la période du 16 décembre 2025 au 9 juin 2026, fait état de plus de 130 attaques revendiquées par le JNIM au Burkina Faso en 2026 et relève que le groupe s’est rapproché de Ouagadougou. À titre de comparaison, le JNIM avait revendiqué au moins 17 attaques au Niger sur la même période.


Ces données rejoignent les constats d’i-Sahel. Dans son rapport sur les activités du JNIM au Burkina Faso, notre rédaction avait recensé au moins 14 opérations revendiquées entre le 1er et le 25 juin, dans six régions. Le Centre-Nord concentrait cinq de ces opérations. Le groupe avait également utilisé un engin explosif improvisé dans la Tapoa, illustrant la diversification de ses modes opératoires.


Le 30 juin, des attaques coordonnées avaient en outre été signalées à Gayéri, Solhan et Sebba. L’état-major général des armées burkinabè avait annoncé avoir neutralisé plus de 400 « adversaires », un bilan qui n’avait pas pu être vérifié indépendamment par i-Sahel.


Un réseau régional doté de capacités croissantes


Le rapport de l’ONU estime par ailleurs les effectifs globaux du JNIM à 7 000 à 8 000 membres dans l’ensemble du Sahel, dont environ la moitié au Mali. Il souligne également que le groupe dispose des capacités en drones les plus avancées parmi les organisations affiliées à Al-Qaida et à l’État islamique dans la région, avec notamment des drones commerciaux modifiés et des appareils capturés aux forces gouvernementales.


Le JNIM conserve également une forte capacité financière. Selon le même rapport, une grande partie d’une rançon d’environ 50 millions de dollars perçue en 2025 a été redistribuée au sein de ses katibas et a contribué au financement de son offensive au Mali. Le document ne précise toutefois pas la part directement affectée au théâtre burkinabè.


Le caractère transfrontalier du groupe constitue un autre enjeu. Le chef d’AQMI, Abou Oubaydah Youssef al-Anabi, aurait circulé entre le nord du Mali et le nord du Burkina Faso, en coordination avec Iyad Ag Ghali et en participant à des réunions de la direction du JNIM.


Dans le même temps, l’EIS demeure actif et affronte directement le JNIM. Le rapport de l’ONU indique que l’EIS a revendiqué avoir tué près de 100 membres du JNIM lors d’affrontements au Niger et au Burkina Faso entre février et avril 2026. Ce constat rejoint les éléments documentés par i-Sahel sur la rivalité croissante entre les deux organisations.


Une expertise à adapter au contexte sahélien


La coopération avec l’Égypte pourrait ainsi porter sur plusieurs domaines : renseignement, formation des forces, détection des engins explosifs, sécurisation des frontières et lutte contre les réseaux de soutien aux groupes armés.


Le Burkina Faso dispose déjà d’une expérience de coopération militaire avec Le Caire : plus de 300 militaires et personnels de sécurité burkinabè avaient été formés en Égypte entre 2018 et 2021, notamment dans la lutte antiterroriste et le déminage.


Pour Ouagadougou, l’enjeu sera toutefois d’adapter l’expérience égyptienne au contexte sahélien. Contrairement au Sinaï, le Burkina Faso fait face à plusieurs groupes jihadistes, dont le JNIM et l’EIS, qui combattent à la fois les forces étatiques et, de plus en plus, entre eux.


i-Sahel








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