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Niger : que sait-on réellement du BSR-COS, l’unité de forces spéciales au cœur de la mutinerie de Niamey ?



La mutinerie des 28 et 29 août a mis en lumière une unité jusque-là peu documentée publiquement : le Bataillon spécial de reconnaissance du Commandement des opérations spéciales (BSR-COS). Son poste de commandement était situé à la base aérienne 101, où des affrontements ont opposé ses éléments à la Garde présidentielle.


La diffusion, mercredi soir, par la Radio-Télévision du Niger (RTN) d’images de son arsenal donne une idée de ses capacités. Mais derrière cette démonstration de force subsistent plusieurs inconnues sur son histoire, son organisation et les circonstances exactes de la mutinerie.


Une unité bien équipée



Selon l’inventaire présenté par Télé Sahel, le bataillon dispose notamment de 34 pick-up armés, deux véhicules blindés légers, plusieurs dizaines de motos, 382 AK-47, 36 RPG-7, 30 PKM, six mitrailleuses de 12,7 mm et quatre pièces de 14,5 mm. Quatre fusils Dragunov, un mortier de 82 mm et des équipements de communication complètent cet arsenal.


La RTN présente cette formation comme ayant été créée après le coup d’État du 26 juillet 2023 pour lutter contre le terrorisme et les trafics au Niger et dans l’espace de l’AES.

Cette version occulte toutefois une histoire plus ancienne.


Les forces spéciales existaient avant 2023


Dès 2018, le Niger cherchait à développer plusieurs unités d’intervention spécialisées. Le général Moussa Salaou Barmou, alors chargé des forces spéciales et aujourd’hui chef d’état-major des armées, avait joué un rôle central dans ce dispositif.


Des formations avaient alors été assurées avec plusieurs partenaires, notamment américains, français, belges, allemands, canadiens et italiens, ainsi qu’avec le Maroc.


Après le coup d’État, cette architecture a été largement bouleversée. La France a quitté le pays, tandis que Niamey s’est rapproché de Moscou qui a déployé depuis Africa Corps, la nouvelle unité qui a remplacé Wagner dans plusieurs pays africains apres le décès d'Evguéni Prigogine.


L’Italie demeure toutefois présente à travers la MISIN. Après les affrontements, le ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani a assuré que les militaires italiens étaient sains et saufs.


Une cible déjà frappée par l’État islamique et le JNIM


La zone a également été directement visée avant la mutinerie. Le 28 janvier 2026, l’État islamique au Sahel revendiquait une attaque contre l’aéroport et les installations militaires de Niamey. Le 18 juin, le JNIM revendiquait à son tour une attaque contre le complexe aéroportuaire.


Deux attaques revendiquées successivement par les deux organisations jihadistes rivales, qui illustrent l’importance stratégique du dispositif militaire installé dans cette partie de la capitale.


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Ce que raconte le capitaine Roger Gabriel


Le déroulement de la nuit peut notamment être éclairé par le témoignage du capitaine Roger Gabriel, officier du 1er bataillon parachutiste et extérieur au BSR-COS.


Selon son récit diffusé par la RTN, il a été réveillé par des tirs provenant de la zone de l’aéroport avant de recevoir l’ordre de sécuriser son unité et un pont de Niamey.


Il affirme avoir appris de membres de la Garde présidentielle que des combats opposaient les deux camps. Il dit également avoir été contacté par plusieurs officiers présentés comme appartenant aux forces spéciales, Kader, Nasser Naissa, Abdel Fattah et le commandant Mai Hatchi, pour obtenir un renfort, demande qu’il affirme avoir refusée.


Gabriel évoque par ailleurs plusieurs contacts extérieurs, impliquant notamment le Tchad, le Bénin, la France, la Belgique, Dubaï, la CEDEAO et l’entourage de Mohamed Bazoum. Ces éléments restent toutefois liés à son seul témoignage et nécessitent des corroborations indépendantes.


Les causes de la mutinerie restent à établir


Depuis le 1er septembre, un récit attribué à une source sécuritaire anonyme avance une autre explication.


Selon cette version, deux officiers, Nassirou et Moutari, auraient refusé le 26 août un ordre de déploiement vers Boulkessi et le parc national du W, en contestant notamment la répartition des rotations entre militaires. L’arrestation d’un autre officier aurait ensuite déclenché la mutinerie.

Cette version n’est pas non plus corroborée indépendamment.


Une chaîne de commandement encore inconnue


C’est l’une des principales zones d’ombre. Les informations publiques permettent d’identifier plusieurs officiers impliqués dans les événements, mais pas de reconstituer avec certitude l’organigramme de l’unité ni la chaîne des ordres ayant conduit à la mutinerie.


Il reste notamment à déterminer si le mouvement était limité à certains militaires ou s’il résultait d’une action préparée par une partie organisée des forces spéciales.


Au-delà de la crise d’août, l’affaire met en lumière les tensions auxquelles sont soumises les unités spécialisées nigériennes : forte pression opérationnelle, guerre contre les groupes jihadistes, réorganisation de l’armée et changement profond des partenariats militaires.


Trois ans après le coup d’État, le BSR-COS apparaît ainsi moins comme une création entièrement nouvelle que comme le produit d’une transformation plus large des forces spéciales nigériennes. Et les événements de Niamey montrent que cette recomposition reste loin d’être achevée.


i-Sahel

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