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Mali : après les libérations, le front nord se réactive autour d’Aguelhoc

Quelques jours après une série d’échanges de prisonniers impliquant notamment les autorités maliennes, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le JNIM, le nord du Mali retrouve une activité militaire soutenue.




Le secteur d’Aguelhoc, dans la région de Kidal, se trouve au cœur de cette nouvelle séquence. Le 31 août, le FLA affirme avoir frappé, avec des drones kamikazes et des obus, un camp abritant des éléments des Forces armées maliennes (FAMa) et du Corps africain russe. Le même jour, le JNIM revendique une attaque au mortier contre un camp situé au sud d’Aguelhoc.


Ces annonces interviennent alors que l’État-Major général des Armées maliennes affirme avoir mené des opérations à l’ouest d’Aguelhoc les 30 et 31 août.


Une séquence de libérations aux logiques différentes


Les opérations militaires reprennent après plusieurs jours marqués par des libérations de détenus.


Avant l’échange du 28 août, au cours duquel 62 militaires maliens ont été libérés en échange notamment du cadre du FLA Inkinane Ag Attaher, le mouvement avait déjà procédé à la libération de 88 militaires maliens et de deux anciens combattants de Wagner.


Ces libérations ne relevaient toutefois pas du même processus.


Les 88 militaires maliens avaient été libérés par le FLA pour des raisons humanitaires, selon la communication du mouvement. Les deux anciens combattants de Wagner avaient, eux, été libérés à la suite d’une intervention du général Saddam Haftar, chef des forces terrestres de l’Armée nationale libyenne (ANL). Pour ce dernier cas, des informations font état du paiement d'une rançon de plusieurs millions d'euros, mais restent à ce jour non confirmées par les differentes parties impliquées.


Cette succession de libérations avait donné l’image d’une ouverture du FLA sur la question des détenus, parallèlement aux initiatives diplomatiques engagées dans la région.


Mais plusieurs sources contactées par i-Sahel invitent à distinguer cette séquence humanitaire et diplomatique de la conduite des opérations militaires.


Selon elles, les négociations concernaient les prisonniers, « mais pas la guerre ». Les échanges ne constitueraient donc pas une trêve ni un accord de cessation des hostilités.


Une source qui suit de près l’insurrection estime même que, derrière cette séquence facilitée par Alger, des préparatifs militaires se poursuivent en vue de la fin de l’hivernage :


« Derrière cette histoire d’échange de prisonniers facilitée par Alger, des préparations des opérations militaires pour la fin de l’hivernage, sont en cours. »

La reprise d’opérations autour d’Aguelhoc quelques jours après les libérations s’inscrit dans cette lecture.


Aguelhoc, nouveau point de convergence


Le secteur fait l’objet depuis plusieurs jours d’une activité militaire soutenue.


Le 29 août, l’État-Major malien avait annoncé avoir détecté et traité plusieurs points de regroupement de groupes armés à la périphérie de Tessalit. Le 31 août, il a également fait état de frappes à l’ouest d’Aguelhoc.


Le Corps africain russe avait, de son côté, affirmé le 26 août qu’une reconnaissance aérienne menée avec les FAMa avait permis de repérer puis de frapper un camp présenté comme appartenant à une « coalition JNIM et FLA ».


D’autres opérations sont signalées dans le sud et le centre du pays, notamment à l’ouest de Koutiala, à l’ouest de Kignan et au nord-ouest de Niono.


Aucun bilan indépendant ne permet toutefois de confirmer les pertes et destructions revendiquées par les différents acteurs.


FLA-JNIM : un partenariat toujours visible


La simultanéité des revendications du FLA et du JNIM à Aguelhoc intervient alors que les deux mouvements ont officiellement reconnu leur « partenariat » à partir des attaques coordonnées du 25 avril contre plusieurs cibles au Mali.


La relation a toutefois fait l’objet d’une évolution dans la communication du FLA après l’opération de Tabrichat, le 18 juillet, dans la région de Gao.


Amnesty International a documenté l’exécution sommaire d’au moins 19 soldats maliens après leur reddition ou leur capture et appelé à une enquête sur des faits susceptibles de constituer des crimes de guerre. L’organisation a également relevé des éléments reliant les assaillants au JNIM.


Après cette opération, le FLA a cherché dans sa communication à se démarquer du groupe jihadiste, notamment en insistant ensuite sur le caractère « strictement humanitaire » de la libération de militaires maliens.


Cette prise de distance sur le plan politique et communicationnel ne semble toutefois pas avoir fait disparaître les convergences militaires.


Le 31 août, FLA et JNIM revendiquent ainsi, le même jour et dans le même secteur d’Aguelhoc, des attaques visant les forces maliennes et leurs partenaires russes. Cette simultanéité ne suffit pas à établir qu’il s’agissait d’une opération commune, mais elle constitue un nouvel élément en faveur de la poursuite d’une coordination contre un même adversaire.


Le JNIM poursuit ses attaques au Mali et au Niger


Au Mali, le JNIM revendique également une embuscade contre un convoi conjoint des forces maliennes et du Corps africain russe près d’Al-Antiguift, à l’est de Ber, dans la région de Tombouctou.


Le groupe affirme avoir détruit cinq véhicules militaires. Son bilan humain est toutefois contradictoire : deux versions du même bulletin font état, selon les cas, de sept ou de 26 soldats tués, avec 17 blessés.


Au Niger, le JNIM affirme avoir attaqué le 24 août un poste militaire à Baghami, dans la région de Tillabéri, et revendique la saisie d’armes, de véhicules et d’équipements.


Une reprise militaire après la séquence diplomatique


La séquence d’Aguelhoc montre ainsi que les échanges de prisonniers n’ont pas interrompu la dynamique militaire au nord du Mali.


Les négociations ont permis des libérations, mais les opérations des FAMa et du Corps africain russe se poursuivent, tandis que le FLA et le JNIM revendiquent de nouvelles actions contre le même adversaire.


Reste à déterminer si cette reprise annonce une intensification durable des combats à l’approche de la fin de l’hivernage.


Pour l’heure, les revendications disponibles permettent surtout de constater la persistance du conflit et, dans le cas du FLA et du JNIM, la réapparition de convergences opérationnelles après une période durant laquelle le mouvement indépendantiste avait cherché à mettre en avant son autonomie et son ouverture au dialogue.


i-Sahel

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