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Niger : avions de chasse algériens à Niamey, don ou mission de soutien ?


Quatre Soukhoï Su-30 sont arrivés dimanche à Niamey. Alger et Niamey n'emploient pourtant pas le même mot pour décrire ce geste.


L’arrivée, ce dimanche 30 août, de quatre avions de chasse Soukhoï Su-30 à l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey soulève une question : ces appareils ont-ils été livrés au Niger ou sont-ils déployés temporairement par l’Algérie pour soutenir l’armée nigérienne ?


Depuis leur arrivée, deux interprétations circulent. Pour certains observateurs, il pourrait s’agir d’un nouveau don militaire algérien, dans la continuité des quatre hélicoptères livrés le 9 août. Pour d’autres, les Soukhoï seraient plutôt engagés dans une mission de soutien opérationnel.


La comparaison des communications officielles des deux pays sur les deux épisodes fait apparaître une différence de vocabulaire qui entretient le doute.


Le 9 août, Alger parlait clairement de « don »


Pour les quatre hélicoptères arrivés au Niger le 9 août, le communiqué du ministère algérien de la Défense ne laissait guère de place à l’interprétation. Publié le lendemain, il était intitulé « Réception d'un don offert par l'Armée Nationale Populaire à l'Armée Nigérienne ».


Le ministère algérien précisait que le don comprenait quatre hélicoptères, deux Mi-24V et deux Mi-171, avec leurs équipements et accessoires. Les appareils avaient été acheminés depuis la base de déploiement secondaire d’In Guezzam et remis aux autorités militaires nigériennes. Le terme « don » était utilisé à plusieurs reprises. Dans les termes employés par Alger, il s’agissait donc clairement d’une livraison d’équipements à l’armée nigérienne.


Le contexte est différent pour les Soukhoï. Le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, a annoncé dimanche leur arrivée sur sa page Facebook. Il indique avoir participé à la cérémonie organisée à l’aéroport Diori-Hamani pour l’arrivée de quatre Soukhoï Su-30, accompagnés d’un Iliouchine Il-76 de transport militaire et d’un Iliouchine Il-78 ravitailleur.



Dans son message, le chef du gouvernement présente cette arrivée comme une nouvelle étape de la coopération militaire entre les deux pays. Il rappelle également la réception des quatre hélicoptères du 9 août.


Il écrit que cette opération « témoigne du renforcement de la coopération stratégique entre le Niger et l’Algérie », ainsi que du soutien apporté par les forces armées algériennes aux forces armées nigériennes pour développer leurs capacités opérationnelles.


La dépêche publiée le même jour par l’Agence nigérienne de presse reprend cette présentation. Elle parle de la « réception » des quatre avions et d’un important lot de matériel militaire remis par l’Algérie dans le cadre du « soutien stratégique » aux forces armées nigériennes. Côté nigérien, le vocabulaire utilisé pour les deux opérations reste donc relativement proche : réception, soutien et approfondissement de la coopération.


Du « don » à la « mission de soutien »


C’est du côté algérien que la formulation change nettement. Dans son communiqué consacré à l’arrivée des Soukhoï, le ministère algérien de la Défense indique que le général d’armée Saïd Chanegriha a « ordonné l’envoi de deux patrouilles d'avions de chasse de type Sukhoi Su-30 », soit quatre appareils, « en mission de soutien à l'armée nigérienne pour faire face à cette tentative de déstabilisation du pays frère du Niger ».


Le terme « don », utilisé sans ambiguïté pour les hélicoptères du 9 août, n’apparaît donc plus. Le communiqué parle cette fois de « patrouilles », d’« envoi » et de « mission de soutien ». Ces termes renvoient davantage à un déploiement opérationnel qu’à une cession définitive d’équipements.

La comparaison des deux épisodes fait ainsi apparaître une différence nette. Le 9 août, Alger parle d’un « don » à l’armée nigérienne. Le 30 août, le même ministère parle de l’« envoi » de patrouilles de Su-30 en « mission de soutien ».


Cette différence ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure que les Soukhoï ne seront pas intégrés à terme aux moyens de l’armée nigérienne.


Elle peut simplement s’expliquer par le contexte. Contrairement au 9 août, leur arrivée intervient au lendemain d’une grave crise au sein de la base aérienne 101 de Niamey.


Une présence algérienne dans un contexte de crise


Une question reste donc ouverte : les Soukhoï Su-30, ainsi que les Iliouchine arrivés dimanche, sont-ils destinés à rester au Niger ou s’agit-il d’un déploiement temporaire de moyens et d’équipages algériens ? Ni Alger ni Niamey ne l’ont, à ce stade, précisé publiquement.


Il est important de rappeler que l’arrivée de ces appareils intervient au lendemain de la mutinerie déclenchée dans la nuit du 28 au 29 août au sein de la base aérienne 101 de Niamey. La situation a finalement été maîtrisée samedi, après une intervention de la garde présidentielle appuyée par des éléments du Corps africain russe.


L’épisode a été marqué par des informations contradictoires, plusieurs rumeurs non confirmées et des démentis officiels, notamment de la Garde nationale nigérienne. La Confédération des États du Sahel (AES) a pour sa part dénoncé une « tentative de déstabilisation ».


Dans ce contexte, le déploiement de chasseurs algériens prend une dimension particulière. Il ne s’agit plus seulement d’un renforcement des équipements militaires nigériens, mais potentiellement d’un soutien opérationnel direct dans une période de tension.


Cette arrivée intervient également dans une séquence diplomatique plus large. Après avoir reçu, fin août, les Premiers ministres malien puis nigérien, Alger semble renforcer ses relations avec les pays de l’Alliance des États du Sahel.


Pour le chercheur Yvan Guichaoua, interrogé par i-Sahel, cette dynamique traduit la volonté de l’Algérie de préserver sa « profondeur stratégique » dans une région où d’autres puissances, notamment le Maroc, les Émirats arabes unis et la Turquie, cherchent également à accroître leur influence.


Entre coopération militaire, livraison d’équipements et soutien opérationnel, l’arrivée des Soukhoï marque ainsi une nouvelle étape dans le rapprochement entre Alger et Niamey.


i-Sahel

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